Lions de l'Atlas : les Champions d'Afrique entament leur premier stage avec Ouahbi    Des ONG sahraouies alertent sur les discriminations raciales commises par le Polisario    Après l'annonce des Etats-Unis, une mission de l'ONU à Laayoune pour un réexamen stratégique de la MINURSO    As of Now... No Senegalese Appeal Confirms Morocco as Africa's Champion    Produits avicoles : Disponibilité soutenue et marché maitrisé pendant le Ramadan    Tourisme : La SMIT à la conquête des opportunités d'investissement à Berlin    IDE : Un média italien classe le Maroc parmi les pays les plus attractifs de la Méditerranée    Pays-Bas : Le parquet fait appel de l'acquittement d'un agent accusé d'espionnage pour le Maroc    MINURSO : une mission onusienne d'évaluation attendue à Laâyoune    Wydad de Casablanca : Patrice Carteron en passe de succéder à Benhachem    Lions de l'Atlas : Noussair Mazraoui rétablit : bataille intense à gauche ?    Reconstitution du cheptel: Lancement de l'opération de contrôle et versement de la 2e tranche de l'aide directe    Justice : plus de 1.300 peines alternatives prononcées en six mois    Festival Jidar : Première édition d'un grand prix qui met les fresques à l'honneur    Espagne : Les Marocains représentent 25% des titulaires de titres de séjour    Le Sénégal hésiterait à saisir le TAS : un dossier marocain jugé solide    Sahara: Le président mauritanien tourne le dos du polisario dans ses messages de l'Aïd    Hôtellerie de luxe : Virgin prépare une nouvelle adresse exclusive près de Marrakech    A Moroccan holds the world record with 1,656 online certifications in 12 months?    España: Los marroquíes representan el 25% de los titulares de permisos de residencia    Voici les hauteurs de pluies enregistrées ces dernières 24H    Trump annonce des échanges "constructifs" avec l'Iran et suspend des frappes    La Fondation Hassan II fête les 10 ans de l'Espace Rivages avec les artistes MRE    Foot: Rayane Bounida choisit de jouer pour le Maroc    Coupe de la CAF: Safi surprend le Wydad et s'invite dans le dernier carré    France : Aux municipales, Rachida Dati perd Paris et Karim Bouamrane est réélu à Saint-Ouen    Les Bourses asiatiques plongent minées par la situation au Moyen Orient    Massad Boulos et Abdelmadjid Tebboune ont discuté du Sahara occidental    Politique monétaire : Bank Al-Maghrib opte pour la continuité    P&G Alumni : Moncef Belkhayat décrypte les facteurs de croissance de H&S Group (VIDEO)    Alerte météo. Averses orageuses ce lundi dans plusieurs provinces du Royaume    Guerra en Irán: el Polisario advierte a sus partidarios de no enfadar a Trump    Aucune maladie épidémique virulente menaçant les forêts d'arganiers à Chtouka Aït Bah    Maroc : la crise énergétique va-t-elle relancer l'inflation ?    Ligue des champions : L'AS FAR et la RSB s'offrent une demi-finale de prestige, un finaliste marocain assuré    Dans le Fujian : Neuf moments marquants d'un voyage au cœur du Sud-Est chinois    France : «La consultation», le stand-up de Dr Oubeidallah à Paris    L'affaire Saad Lamjarred relancée : des audiences en appel décisives s'ouvrent en France    L'AS FAR bat Pyramids et file en demi-finales de la Ligue des champions de la CAF    L'ambassadeur du Maroc empêché accéder à la cour de la Mosquée Hassan II au Sénégal : une source évoque une procédure protocolaire habituelle    Après une absence due au service militaire... le groupe coréen BTS signe un retour en force avec des chiffres records    Accord agricole Maroc-UE : la Commission européenne soutient le système d'étiquetage    Aïd Al Fitr : Grâce Royale au profit de 1201 personnes    Rabat. SM le Roi, Amir Al-Mouminine, accomplit la prière de l'Aïd Al-Fitr à la mosquée "Ahl Fès" et reçoit les voeux en cette heureuse occasion    Mort de Chuck Norris, légende du cinéma d'action    Théâtre : Ouverture des candidatures pour le soutien aux projets culturels et artistiques    SM le Roi, Amir Al-Mouminine, accomplit la prière de l'Aïd Al Fitr à la mosquée "Ahl Fès" à Rabat    Carte de l'artiste : les demandes déposées jusqu'au 31 décembre 2025 examinées    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Journée internationale de la Femme
La femme Amazighe doublement piégée
Publié dans Albayane le 08 - 03 - 2013

Pluieurs décennies après que les Nations unies ont officialisé la Journée internationale de la femme en 1977, la vision, le discours et les activités féministes ont évolué avec les femmes de toutes les sociétés; mais l'objectif est demeuré le même : l'obtention par les femmes de leurs droits légitimes. Pour la femme marocaine, cette journée est bien sûr une occasion pour faire entendre sa voix au côté de ses sœurs de toutes les races et de toutes les cultures. On en profite aussi pour faire des bilans, réfléchir ensemble, échanger, s'encourager, se mobiliser.
Dans un contexte de transformations, d'instabilité, de remises en question de nos acquis, cette journée conserve encore toute sa pertinence. Mais c'est aussi un moment douloureux qui permet de faire le point et de s'apercevoir que la condition de la femme au Maroc n'a pas subi beaucoup de changement. Elle continue à être victime d'injustices et de violences de la part d'une société qui est particulièrement misogyne. Bien que le code de la famille ait été réformé, il est là aussi pour consacrer l'inégalité de l'homme et de la femme. Mais cette discrimination juridique n'est que l'aspect visible de cette discrimination. Si on fait l'état des lieux aujourd'hui, on s'aperçoit que la femme marocaine n'est ni respectée ni considérée comme un être humain à part entière. Elle se fait agresser tous les jours : verbalement, physiquement, symboliquement, psychiquement et juridiquement. Ces femmes aujourd'hui ont tous les droits de lutter pour l'égalité des sexes, notamment au sein d'un monde musulman encore très en retard sur ce sujet. Les petites avancées constatées ne sont que les résultats de luttes personnelles ou associatives. La femme amazighe qui, dans nos anciennes coutumes, était respectée comme femme et épouse, se retrouve aujourd'hui reléguée à un stade inférieur. Dans la tradition amazighe, les femmes ont toujours inspiré le plus grand respect de la part de leurs collectivités. Elles participaient aux décisions touchant la famille, les droits du patrimoine et l'éducation. C'est à elles qu'est toujours revenu le droit de préserver les traditions culturelles. Le travail des hommes et des femmes était nettement distinct, mais toujours reconnu d'égale valeur. Des signes encore vivaces actuellement nous prouvent que leur statut était nettement meilleur que celui proposé par une idéologie obscurantiste, rétrograde qui se propage de plus en plus de nos jours. Des signes dans le droit coutumier amazigh «izrf» tels que : «Tamazzalt» un droit au partage égal des biens entre l'époux et l'épouse qui divorcent (finalement adopté par le code de la famille), des sanctions de mise contre celui qui abuse d'une femme, qui la violente ou qui se montre incorrect à son encontre, des danses collectives mixtes (ahidous, ahwach) moyens d'expression communautaire, un lexique matrilinéaire (ultma/gma, amghar/tamghart...). Dans l'histoire ancienne, les femmes amazighes ont occupé une place importante et ont été quelquefois à la tête de royaumes ou à leur source (Dihya, Tinhinan, Zineb Tanfzaouit...).
Mais ce qui fait la particularité de la femme amazighe aujourd'hui, c'est qu'elle est doublement agressée: agressée dans sa féminité et agressée dans son amazighité. Non seulement elle est femme, inférieur de l'homme mais amazighe, de culture «inférieure». La culture amazighe ayant été considérée dès l'indépendance par les décideurs comme une culture primitive, la difficulté pour la femme amazighe est double. Non seulement il lui faudra lutter pour conquérir ses droits légitimes et matrimoniaux mais il lui faudra aussi en tant que principale gardienne et trésorière de la culture amazighe lutter pour ses droits linguistiques et culturels. Qu'en est-il de nos sœurs amazighes du milieu rural ? Nombre d'entre elles ne connaissent pas le peu de droits qu'elles ont et se retrouvent souvent impuissantes faces à toutes sortes d'injustices et de discriminations. Avec leurs enfants, elles sont les premières victimes de maladies infectieuses, leur santé dans ces zones est particulièrement menacée. L'analphabétisme et l'ignorance sont le lot de la grande majorité d'entre elles, ce qui défavorise leur intégration dans la société. Le militantisme pour elles, n'est pas encore une chose acquise ni évidente. Lorsque, enfin, elles ont la chance d'être scolarisée, elles se retrouvent face à deux langues étrangères (l'arabe et le français)... ce qui entraîne la dévalorisation de leur langue et culture et cause souvent la perte des valeurs autochtones face à des valeurs importées. Face à cette situation de double dominance (masculine et culturelle), comment faire pour conquérir sa liberté sans pour cela rompre avec sa culture d'origine ? Tout comportement, individuel ou collectif soit-il, puise sa force et sa légitimité dans la culture où il s'enracine. Briser la continuité des actions qui respectent les valeurs et la culture de la mère en brimant l'amazighité par son élimination des secteurs vitaux tels l'école, les médias, la justice, la politique et autres domaines publics, c'est exposer la femme amazighe et tous les membres de sa communauté aux dérives, les priver de leurs références ancestrales et les assujettir aux définitions officielles qui sont les mécanismes d'accaparement et de contrôle des pouvoirs. Pour les associations amazighes, la question féminine est au centre des préoccupations et reconnaître les droits de la femme amazighe, doit nécessairement passer par la reconnaissance de ses droits culturels et linguistiques pour assurer le développement de son identité, de sa personnalité. Il faut agir pour sa meilleure intégration dans le système moderne de développement économique, culturel et social, tout en sauvegardant la culture et les coutumes amazighes tolérantes. Mais pour y arriver, il faut tout d'abord sensibiliser et informer la femme sur ses droits et ses devoirs. La majeure partie des militants des associations amazighes conscients que tant que la femme amazighe est marginalisée, la communauté dans son ensemble sera marginalisée et en danger, travaillent dans ce sens. C'est une tâche difficile ! Difficile parce qu'il faut beaucoup d'énergie et de ténacité pour qu'elle soit reconnue comme citoyenne à part entière; une citoyenne qui peut participer et influer sur les décisions qui concernent le groupe. Bien que la Déclaration universelle des droits de l'Homme garantisse l'égalité entre tous les citoyens sans aucune discrimination sous prétexte de sexe, de langue, de couleur ou de religion et que le Maroc ait ratifié en 1993 la convention contre toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, les choses piétinent, les mentalités et les comportements sont encore rétrogrades. Il est clair que la question féminine doit être posée dans le cadre des droits humains, mais face aux ratifications des lois, un travail médiatique et de terrain doit être fait. L'école et l'environnement global y sont également interpellés. C'est le moyen le plus efficace pour faire évoluer la société. Les associations qui militent pour les droits des femmes n'ont malheureusement pas tous les moyens nécessaires pour couvrir tout le territoire. C'est à toutes les forces démocratiques de se mobiliser pour mettre fin à cette discrimination qui perdure sur fond d'obscurantisme menaçant.
*Membre de l'Observatoire amazigh des droits et libertés
et de l'Association des Femmes Autochtones d'Afrique


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.