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L'argent des syndicats : Les centrales réclament 600 millions de DH à Abbas El Fassi
Publié dans Challenge le 08 - 12 - 2007

Abbas El Fassi aura chaud, très chaud face à des syndicalistes gonflés à bloc. Le lieu : la chambre des conseillers. L'objet : la subvention des syndicats. La loi des Finances 2008 a prévu une petite contribution financière destinée à aider les syndicats nationaux. Le montant de cette subvention (15 millions de DH) n'a pas été discuté avec les bénéficiaires qui, eux, demandent la lune. Ils voulaient 600 millions de DH, Abbas leur accorde une quinzaine de millions.
Dans quelques jours, la chambre des conseillers sera animée par un débat qui, jusque-là, n'a jamais eu lieu dans l'enceinte parlementaire. Du moins, sous son actuelle forme. De virulents membres des grandes centrales syndicales feront le déplacement pour défendre la part du gâteau qui vient de leur être promis. Ils mettront en avant les plus fins, mais aussi les plus bruts des arguments pour montrer qu'ils y ont davantage droit que les autres, qu'ils sont plus représentatifs et que leur action est plus vigoureuse que celle des autres. Nerf de la guerre oblige. Oui, c'est bien d'argent qu'il s'agit. Et pas n'importe lequel. Car, avouons-le, la subvention des centrales syndicales est sans nul doute l'une des grandes surprises de la loi de Finances 2008. D'autant plus que ce n'est qu'en débattant du budget de la Primature devant la chambre des représentants que cette petite rubrique a été « découverte ». 15 millions de DH seront retranchés (ou viendront se greffer, c'est selon) du ministère de Abbas Fassi pour appuyer financièrement une poignée de centrales syndicales. L'information n'a pas produit d'effet de surprise, seulement sur les observateurs les plus aguerris, mais aussi sur les premiers concernés. A en croire de nombreux syndicalistes interviewés, ils n'auraient pas été mis au parfum d'une telle décision. «Nous allons réagir lors de la prochaine réunion des conseillers pour comprendre comment la Primature a fixé la valeur de la subvention, puisqu'elle ne correspond pas aux besoins réels des centrales. Le département du Premier ministre devait se réunir avec nous pour mieux comprendre nos besoins», confie Khalid Houir Alami, président du groupe confédéral à la chambre des conseillers. Et d'ajouter, «nous militons pour jouir de la subvention depuis de très longues années. Maintenant qu'elle a été décidée, elle doit être à la hauteur des exigences. 1% de la masse salariale du pays, qui représente à son tour presque 13% du PIB, nous semble une base de calcul raisonnable». Mais raisonnable pour qui ? «Nous n'avons rien inventé, puisque la question en est à un stade très avancé en Europe et plus particulièrement en France». Faisons donc le calcul. Ce sont plus de 600 MDH qui sont exigés par ce membre de la Confédération démocratique du travail pour couvrir les besoins des centrales du pays, soit 40 fois le montant qui leur sera alloué au titre de l'année prochaine ! Le principe d'insuffisance de la manne financière décidée par le Premier ministre est partagé par d'autres formations syndicales. Selon Mohamed Benjelloun Andaloussi, secrétaire général de l'UGTM, «nous ne considérons pas qu'il s'agit d'une bourse, mais bel et bien d'un droit légitime, qui de surcroît doit aller de pair avec le rôle qu'assigne la loi aux syndicats. Nos dépenses de fonctionnement, à nous seule UGTM, dépassent de loin ce montant. Que dire si on le dispatche sur plusieurs !». En effet, si ce membre à la fois coriace et rompu à la chose syndicale se permet de remettre en question le volume de la subvention, d'autres syndicalistes ont de moindres aspirations : le seul droit au pécule. Car la loi de Finances qui institue la subvention se réfère au code du travail pour en régir le mode de répartition. L'article 424 et les suivants auront pour la première fois une raison d'exister, puisqu'ils évoquent la question de l'aide financière accordée par l'Etat aux syndicats. Il y est écrit textuellement que, «les unions des syndicats professionnels ou toute organisation similaire quelle que soit sa dénomination peuvent recevoir des subventions de l'Etat en nature ou sous forme de contribution financière pour couvrir tout ou partie des frais de loyer de leurs sièges, des salaires de certains cadres ou du personnel détaché auprès d'elles, des activités relatives à l'éducation ouvrière organisées au profit de leurs adhérents. Ces subventions doivent être consacrées aux objectifs pour lesquels elles ont été allouées ». Selon les centrales syndicales, jamais une telle subvention n'a été empochée. Cependant, leur ministre de tutelle, l'USFPiste Jamal Aghmani, a une tout autre version des faits : «15 millions de DH ont été octroyés aux organisations syndicales pour le financement de la campagne électorale à l'occasion des élections relatives au renouvellement du tiers de la 2ème chambre, de même que 15 millions de DH seront accordés aux syndicats au titre de l'exercice 2008. Depuis 2000, il y a inscription annuelle d'un montant de 1.000.000 de DH dans le budget du ministère de l'Emploi et de la Formation professionnelle. Ce montant est réparti annuellement selon les syndicats en fonction des résultats des élections professionnelles». La dichotomie entre les déclarations des uns et des autres est flagrante : les syndicats qui soutiennent mordicus que l'Etat ne lui accorde aucune subvention, auraient, selon Jamal Aghmani, profité de nombreuses largesses. Une confrontation devrait avoir lieu entre les deux protagonistes pour tirer au clair une question qui a trait à l'argent du contribuable.
Mais quoi qu'il soit, pour que le syndicat puisse goûter à cet argent public, le code du travail lui pose une condition sine qua non. «Représentativité». Encore que contrairement aux débuts du syndicalisme au Maroc, le critère retenu pour jauger la force d'un syndicat n'a plus trait au nombre de ses adhérents mais au poids dont il fait preuve dans les commissions paritaires, et sa capacité à mobiliser des sympathisants lors d'un appel à la grève. Cela est d'autant plus vrai si l'on sait que le taux d'adhésion aux syndicats serait, en l'absence de statistiques officielles, inférieur à 15 % de la masse salariale (un rapport du Département américain mis à jour en septembre 2004 révèle que 6 % seulement des 10 millions de travailleurs au Maroc sont syndiqués, avec une majorité de fonctionnaires). La seule façon de s'imposer demeure de se faire mieux représenter à la chambre des conseillers.
Une vingtaine de syndicats invisibles côtoient
des dinosaures
Aujourd'hui donc, les quatre centrales représentatives (en référence aux sièges qu'elles détiennent à la chambre des conseillers) sont au nombre de quatre : la CDT, l'UMT, l'UGTM, la FDT. Pourtant, selon une liste dressée par le ministère de l'Emploi, le champ syndical en compte quelque … 23. Sans compter l'Organisation démocratique du Travail (ODT), présidée par Ali Lotfi, ex-secrétaire général du syndicat de la santé de la CDT, née il y a seulement quelques mois suite à un mouvement de scission de ladite centrale sur fond de renouvellement du tiers des conseillers. Tous les ans ou presque naît une nouvelle entité, qui rejoint les rangs d'organisations méconnues, jusqu'à leurs noms. «On assiste à une inflation de syndicats et à une misère du syndicalisme», souligne un sociologue. Qui sont-elles, que font-elles ? Une chose est sûre, elles ne sont pas toutes à mettre dans le même sac. Certaines essaient timidement de se frayer un chemin parmi les grands quand d'autres disparaissent durant toute l'année pour ne refaire surface que le jour du défilé, comme aiment à dire les syndicalistes. C'est en effet le 1er mai seulement que certains syndicats sont visibles, comme pour montrer qu'ils existent malgré tout. Le ton que prônent les centrales ancrées dans le champ syndical pour qualifier ces «confrères» est hautain, de surcroît quand ces derniers aspirent à partager le gâteau avec eux. Ils évoquent alors leurs «combats pour asseoir la dignité de la classe ouvrière» et pour certaines (l'UMT en l'occurrence) «le combat qu'elles ont livré pour l'indépendance». Cette même indépendance qui a donné à l'Union marocaine du travail toute la légitimité populaire pour s'imposer, au grand dam des centrales qui lui ont succédé, comme le seul partenaire syndical et ce jusqu'aux années...1990 ! «Dans certains établissements, le fait d'avoir une carte de travail donnait systématiquement lieu à une adhésion à l'UMT, sans prendre la peine de consulter l'employé qui, paradoxalement, se trouvait être le premier concerné par la chose», souligne un sociologue, qui a côtoyé cette époque de monopole de fait exercé par le syndicat de Mahjoub Benseddik. «Ce n'est qu'avec la montée en puissance de la CDT que les premiers balbutiements d'une diversité syndicale, pourtant reconnue par la Constitution, ont eu lieu», explique ce même sociologue. Une vision des choses qui ne va de pair avec ce que les journaux écrivaient à l'époque où Driss Basri, en facilitant la création de nouveaux syndicats, n'aurait eu qu'un objectif : diviser pour mieux régner. Toujours est-il que cette époque a vu le principe de la diversité émerger. Une diversité qui s'est accompagnée, aussi paradoxal que cela puisse paraître, d'une désaffection manifeste des syndicats. Les petits en souffrent naturellement plus que les autres. Mais la raison qu'ils évoquent tous est la même : la manque de moyens pour approcher, recruter et encadrer les classes ouvrières. Ce qui donne à la question de la subvention et des critères retenus dans sa répartition encore plus de mordant.
Selon Mohamed Ghizlane, secrétaire général de l'Organisation marocaine des travailleurs unis, créée en 2003, «le fait de nous exclure d'office des appuis financiers revient à nous condamner à la mort, ce qui est contraire au principe de diversité reconnu par la Constitution». Et d'ajouter, «que l'Etat nous donne l'occasion de prouver ce dont nous sommes capables en nous intégrant dans le champ des bénéficiaires de la subvention. Car, comment voulez-vous que nous jouissions de cette représentativité si nous n'avons même pas les moyens de disposer d'un local ou de payer des collaborateurs ? ». Basé à Rabat, ce syndicat, qui se targue d'être le plus représenté dans le secteur du transport et d'avoir été un partenaire de poids lors des virulentes négociations avec Karim Ghallab, n'aura pas pour autant droit à la subvention, si on fait fi de la représentativité au parlement. «Ce critère peut être retenu dans les négociations, mais de là à ce qu'il soit aussi adopté pour décider qui doit ou non bénéficier des stages ou des sessions de formation, ou encore de la subvention pure et dure, cela est de trop ! », souligne-t-il un brin amer. Il fait ainsi partie de ceux qui, au lendemain de l'annonce, ont adressé des correspondances respectivement au Premier ministre, au ministre des Finances et à celui de l'Emploi pour essayer de les influencer afin de remodeler les critères en question. Auront-ils gain de cause ? L'actuel Premier ministre prônera-t-il une vision opposée à celle de son prédécesseur qui, au cours des dernières réunions avec les syndicats, aurait promis d'activer le dossier de la subvention et insisté sur l'importance des résultats obtenus au terme des élections des chambres professionnelles.
Certains syndicats se
sucrent les doigts et crient
à l'austérité budgétaire
Une chose est sûre. Les lobbies s'activent, chacun essayant de tirer la couverture de son côté dans une actualité où l'enjeu financier est de taille pour attiser toutes les convoitises. D'autant plus que les cotisations à elles seules ne peuvent permettre de boucler le budget de n'importe quel syndicat, de petite ou grande taille. En moyenne, la cotisation est de 100 DH par personne, payée annuellement, à laquelle s'ajoutent les contributions prélevées sur les honoraires des membres de la chambre des conseillers, soit une retenue d'environ 6.500 DH par mois. Les recettes officielles émanent de ces quelques sources de revenus, permettant aux leaders des syndicats de crier à l'austérité budgétaire : «il nous arrive souvent de ne pas trouver de quoi payer la note de téléphone», s'indigne un membre du bureau exécutif de la CDT. On pourrait y croire facilement, voire même se solidariser si d'autres sources de revenus étaient disponibles. De nombreuses entrées d'argent permettent aux syndicats de subsister, voire même d'enrichir leurs leaders. En dehors des subventions qui proviennent de l'étranger, notamment du Bureau international du travail (cas de l'UGTM par exemple) ou des organisations syndicales avec lesquelles les syndicats sont partenaires, les accointances nouées avec certains organismes fortement représentés par le syndicat et le filet politique permettent aussi de faire couler l'argent à flot. En effet, il est un secret de polichinelle que la majorité des centrales syndicales sont intimement liées à des partis politiques et que les frontières entre le politique et le syndical ne sont pas toujours dessinées. Pour ne citer que les plus représentatives, notons qu'il existe des affinités entre l'UGTM et le parti de l'Istiqlal, la FDT et l'Union socialiste, l'UNMT et le parti de la Justice et du développement... des affinités existaient aussi entre la CDT et l'USFP (ses locaux étaient donnés par ce parti). Un membre de la CDT s'en défend aujourd'hui : «nous sommes l'un des rares syndicats indépendants de quelque parti que ce soit. D'ailleurs, nous avons toujours appelé à ce que le ministre de l'Emploi, puisqu'il s'agit du département de tutelle, ne soit occupé par aucun ministre partisan. Cela permettrait une indépendance totale entre le ministère et les syndicats ayant des connexions avec des partis politiques ». Toujours est-il que le poste de ministre est éminemment politique et que si une réforme doit avoir lieu, c'est au niveau des syndicats qu'elle doit s'opérer. D'aucuns ne s'empêchent d'ailleurs pas de voir en la décision d'accorder des subventions aux syndicats un premier pas vers leur restructuration… par la force. Cette idée, qui a émergé début 2004, faisait partie d'un projet global (plutôt une réflexion globale) au sein du ministère de l'Intérieur. L'objectif est de mettre en application une législation syndicale, complétant le code du travail, pour une bonne organisation des centrales et une meilleure représentativité. A la même époque, le ministère de l'Intérieur avait déjà amorcé le projet de réforme des partis politiques. A l'image du plan adopté pour ces derniers, les syndicats devaient subir une cure de jouvence aux frais du contribuable. L'idée passait pratiquement comme une lettre à la poste tant au niveau du département de tutelle que chez les centrales, elles-mêmes. Il n'en demeure pas moins qu'il restait des points importants à régler. D'abord, le montant de la subvention. L'appréciation de la subvention alimente les fantasmes depuis des années. Entre rendre la cotisation obligatoire et mettre la main à la poche, l'Etat a hésité pour concevoir un mécanisme de financement transparent pour les antagonistes en place. Des raisons politiques plaidaient pour le statu quo, d'autant que des centrales étaient plus au moins maîtrisables par le jeu des affiliations partisanes. Une UGTM ne pouvait pas se rebeller contre son père l'Istiqlal, et encore moins la CDT contre l'USFP à l'époque de Abderrahman Youssoufi. Ce qui explique en partie que la réforme n'ait jamais eu lieu. Sauf que le code du travail prévoit expressément une subvention au profit des syndicats. Donc l'Etat se devait de mettre la main à la poche. Mais si il doit le faire, il cherchera à imposer sa loi. Une idée que ces derniers réfutent catégoriquement : l'Etat ne doit pas s'attendre à une contrepartie, répondent sommairement les représentants de nombreuses centrales. Pourtant, en donnant d'une main, l'Etat demandera certainement de l'autre main. Les pronostics vont bon train sur l'opportunité d'émettre une loi sur les syndicats à l'instar de celle sur les partis politiques. Cette dernière devrait spécifier de nouvelles règles de gestion en interne, que ce soit au niveau des élections des instances dirigeantes ou de celui de la chose financière. Sur ce dernier point, le code du travail n'a pas omis d'apporter une ébauche de solution. Etant un denier public, l'utilisation des subventions octroyées par l'Etat aux unions des syndicats professionnels fera l'objet d'un contrôle financier. Il sera exercé par une commission présidée par un magistrat et composée des représentants des ministères de l'Emploi, de l'Intérieur et des Finances. «Le ministère est en train de mettre en place cette commission en coordination avec les départements concernés », souligne Jamal Aghmani. Cela portera certes uniquement sur la partie relative à l'appui de l'Etat, mais constituera le commencement de l'intervention de l'Etat dans la chose financière syndicale. Une première, d'autant plus que jamais aucun syndicat n'a présenté à son congrès un rapport financier en bonne et due forme. Plus encore, aucun rapport n'a jamais fait l'objet d'un audit permettant la contestation. Dans cet environnement opaque, toute subvention sera investie en fonds perdus, pie, le contribuable sera pris au piège de centrales qui se refusent à lever le rideau sur leurs ressources financières et maintiennent un flou total sur les bénéficiaires, le montant et la finalité du bénéfice. Vus sous cet angle, les 15 millions de DH sont de trop et le contribuable ne peut cautionner une omerta qui n'a que trop duré.
Les syndicats s'écartent de leur mission
C'est la loi qui le dit. «Les syndicats professionnels ont pour objet la défense, l'étude et la promotion des intérêts économiques, sociaux, moraux et professionnels, individuels et collectifs, des catégories qu'ils encadrent ainsi que l'amélioration du niveau d'instruction de leurs adhérents. Ils participent également à l'élaboration de la politique nationale dans les domaines économique et social. Ils sont consultés sur tous les différends et questions ayant trait au domaine de leur compétence». Mais à vue d'œil, les centrales syndicales, même les plus actives, n'arrivent pas à remplir ne serait-ce que leur mission, et leur apport dans l'encadrement ou la participation à l'élaboration de la politique économique est (presque) inexistant. La responsabilité a depuis toujours été mise sur le compte du manque de moyens. La subvention promise redressera-t-elle la situation ?
La caste dirigeante est le propre
des grands syndicats
L'une des raisons de la désaffection des jeunes du syndicalisme trouve en partie son origine dans l'image que les centrales dégagent. Arriver au poste de secrétaire général d'un syndicat revient à le conserver à vie. C'est le principe qui semble être adopté dans les principales centrales syndicales, renseignant sur des approches et des méthodes de gestion en interne clanique et archaïque. Les exemples ne manquent pas pour illustrer ces cas. Abderrazak Afilal de l'UGTM a occupé son fauteuil de 1962 jusqu'à ce qu'il soit détrôné non sans fracas. Mahjoub Benseddik est à la tête de l'UMT depuis 1955 et Noubir Amaoui à la CDT depuis 1978. L'UNMT, créée en 1976, a échappé il y a quelques années seulement à cette règle en choisissant un nouveau secrétaire général en remplacement d'Abdeslem El Maâti, qui y garde quant même un pied… à un poste honorifique.


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