Pour ceux qui ne savent pas de quoi il s'agit, le 13 janvier dernier devait être le théâtre de nouvelles manifestations à travers le pays à l'appel d'un mystérieux « Mouvement du 13 janvier». Diffusée sur YouTube, la vidéo de propagande du mouvement, qui rebondit de cliché en cliché sur les maux supposés et réels du Maroc, a atteint à ce jour 68 150 vues, de quoi inquiéter suffisamment les autorités qui s'étaient quand même déployées discrètement en plusieurs villes du Royaume pour contenir d'éventuels débordements dimanche dernier. Malgré donc sa popularité sur la toile, le mouvement ne semble pas avoir réussi son pari puisqu'il n'y avait même pas les habituels « trois pelés et deux tondus », le mouvement du 20 février ayant même pris la peine de préciser que l'appel ne venait pas de lui. Que s'est-il passé? Notre jeunesse est-elle déjà fatiguée de militer pour un Maroc meilleur, déçue de n'avoir pu porter ses idéaux jusqu'au bout et de s'être fait voler sa révolution par la victoire électorale du PJD? Si on en croit le thermomètre que constitue le microcosme de Twitter au Maroc, communément appelé Twittoma, l'anonymat porteur de revendications et de coups de gueule contre le statu quo, s'est transformé doucement, mais sûrement en une petite communauté. Celle-ci est, certes, toujours avide de commentaires bien pensés sur l'actualité, et ses membres se connaissent, se cooptent et s'entretiennent, les nouveaux entrants étant souvent contraints à l'observation passive, loin de l'effervescence de l'année 2011.
Ah, la Vache !
Autre constat, le succès de la vidéo en question, qui est à relativiser lorsqu'on le compare à celui du FlashMob de la Vache Qui Rit nationale qui a généré en un rien de temps plus de 600 000 vues sur YouTube, ne signifie pas pour autant qu'une mobilisation dans la rue suivrait. En effet, le contenu de la vidéo parle à tous les Marocains. Corruption, faillite morale des élites politiques et économiques, inégalités criantes, accès à la santé limité, éducation inefficace, sont autant de concepts familiers du Marocain lambda. Sauf que la vraie cible de cette vidéo, ceux qui tout en bas de l'échelle sociale souffrent de tous ces fléaux cumulés, ne sont pas sur les réseaux sociaux. Mieux encore, ceux qui ont vu la vidéo, partagent certainement les constats, mais pas les causes avancées. Le Maroc a évolué depuis l'émergence du mouvement du 20 février, les lignes bougent et tout le monde semble plus attentif aux questions de gouvernance par exemple. Mais, le plus important est que les Marocains ont fait le choix de la continuité et de la pérennité du système institutionnel. Ils ne se reconnaissent pas dans le diagnostic qu'ont fait certains de nos voisins, au prix de leur avenir économique et de la déception de leurs revendications sociales notamment. Le timing en somme est mal choisi, d'abord parce qu'avant le prochain printemps nous sommes en plein dans un hiver fait de crise économique et d'une actualité internationale en Syrie en particulier, qui refroidirait les ardeurs des plus virulents. Ensuite, parce qu'il ne suffit plus de brandir de beaux principes et de faire les bons constats pour mener les gens dans la rue, la population marocaine veut des résultats à des problèmes connus de longue date. Enfin, certains ont compris que le meilleur moyen de faire avancer les choses est de s'y atteler directement. «Aide-toi et le Ciel t'aidera» devient petit à petit «aide-toi et tu aideras ton pays». Statistiquement, la jeunesse marocaine constitue l'avenir de ce pays. Si ceux qui la composent se contentent à leur niveau de donner l'exemple, même si ce sont nos ainés qui devraient le faire, le pays mathématiquement ira mieux. Rien de mieux qu'un bon exemple pour appuyer cette thèse. Ainsi, à l'initiative de jeunes Marocains, un autre mouvement s'est également constitué sur les réseaux sociaux en quelques jours pour venir en aide à la population du village d'Anfgou dans le Haut Atlas, terrassée par le froid. Sous le nom «Anfgou et régions, nous ne pouvons rester indifférents», la page Facebook a un taux d'interaction qui ferait pâlir les plus grandes marques présentes sur la plateforme et grâce à la mobilisation des réseaux sociaux, les organisateurs ont pu lever plus de 600 000 dhs en un mois ! Un exploit bien plus éloquent et efficace que toutes les manifs du monde…