L'opération «Serval», ou l'intervention française au Mali, quoique controversée, a fait bouger les lignes. Après neuf mois d'occupation islamiste «sans vagues» au nord du Mali, la machine s'est emballée depuis 5 jours. La réaction de Paris a ainsi sonné la mobilisation internationale. Les troupes envoyées par François Hollande ont fait 60 morts à Gao, pour la seule journée du 13 janvier. Le lendemain, l'assistance militaire logistique de la Grande-Bretagne était prête à l'usage. Le jour même, c'est le Conseil de sécurité de l'ONU qui se réunissait, à l'initiative de la France. La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a décidé de mettre prématurément son contingent de 3.300 soldats en action. Le feu vert, donné le 20 décembre 2012 par le Conseil de sécurité onusien, prévoyait un déploiement par étapes, mais a été précipité, vu les récents développements sur le terrain. L'Union européenne revoit aussi l'échéance de sa mission d'entraînement des troupes africaines. Premier résultat de cette intervention, la marche des troupes islamistes, qui se dirigeaient vers le sud du pays, rencontre enfin une réelle résistance. La France se dit satisfaite de la conduite des opérations militaires, comme l'explique Jean Yves le Drian, ministre de la Défense. Il fait tout de même mention d'un «point difficile à l'Ouest», défendu par des «groupes extrêmement armés». La guerre est loin d'être gagnée. Les islamistes menés par Abou Zeid, célèbre meneur d'Al Qaïda, n'ont pas dit leur dernier mot. Ils menacent la France de représailles, pour s'être «attaquée à l'islam». Les neufs mois passés in situ leur concèdent un important avantage: la connaissance du terrain. Ils ont même réussi à prendre Diabaly, petite ville du centre ouest malien proche de la frontière mauritanienne. Ainsi, le risque d'embrasement de tout le Sahel se précise, et l'intervention internationale menée par la France prend tout son sens. Cela dit, elle n'est pas accueillie partout avec la même «chaleur». Jean Luc Mélenchon, à la tête du Front de gauche français, taxe ce déploiement militaire de réaction «néocoloniale». Il se demande, et à juste titre d'ailleurs, pourquoi la puissance militaire mitoyenne du Mali, l'Algérie, ne prend pas les devants. Pourquoi la France mène-t-elle un combat qui n'est pas le sien a priori. Les échanges commerciaux ne justifient pas à eux seuls une guerre «qui durera autant que nécessaire», selon les propres propos de François Hollande. Il faut croire que l'Afrique est à la France ce que le Moyen-Orient est aux Etats-Unis. Ou s'agit-il tout simplement de rappeler au monde l'importance de ce pays, et de redorer son image, ternie par la crise?