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"Je ne céderai pas aux lobbys"
Ahmed Toufiq Hjira, ministre de l'Habitat et de l'Urbanisme
Publié dans L'Economiste le 28 - 02 - 2007

· Si la flambée du foncier se poursuit, dans 5 ans, l'habitat social sera menacé
· 35.000 hectares urbanisés dans une centaine de villes
· Loi de l'urbanisme: «Quitte à mourir avec ma réforme»
· L'Economiste: Le foncier se fait rare et les prix n'ont jamais été aussi élevés. Comment expliquer ce phénomène?
- Ahmed Toufiq Hjira: C'est une folle flambée des prix due au boom immobilier. Le foncier subit les contradictions logiques et naturelles du marché. La promotion immobilière a connu l'arrivée de nouveaux opérateurs qui ont compris que c'était un secteur porteur. Toutes les villes subissent des fluctuations anormales. Le phénomène est également constaté dans des villes jusque-là épargnées telles que Oujda et Meknès.
· Que peuvent faire les pouvoirs publics pour contenir cet embrasement qui pénalise l'investissement?
- Notre rôle est de réguler, mais malheureusement nos bras sont liés.
Nous intervenons de deux manières: une première option consiste à acheter le foncier, l'équiper et le mettre à la disposition du promoteur. A Agadir et Marrakech" class="city">Marrakech, par exemple, nous achetons des terrains au privé que nous équipons.
Aujourd'hui, nous avons finalisé une première tranche de 3.400 hectares et nous sommes en cours de négociation pour une deuxième tranche.
La deuxième alternative est l'urbanisation de nouvelles zones. Le gouvernement va annoncer prochainement l'ouverture de 35.000 hectares à l'urbanisme dans plus de 100 villes, sachant que nous consommons annuellement près de 5.000 hectares. Ces zones seront ouvertes par des plans d'aménagement. Viendra ensuite un travail en profondeur, l'ouverture physique de ces zones. Casablanca" class="city">Casablanca n'est pas concernée. Elle développe le concept des zones d'aménagement concertées, une manière directe d'ouvrir de nouvelles zones à l'urbanisme.
Notre objectif est de garder les villes dans des dimensions humaines. Les extensions urbaines ne doivent pas s'ajouter et s'additionner à l'infini. A un certain moment, il faut avoir le courage politique de dire halte. C'est presque le cas pour Marrakech" class="city">Marrakech où le wali, les élus et nous-même, partageons la même conviction. Dans le souci de garder ce pôle touristique dans une dimension acceptable, nous sommes en train d'étudier la possibilité de créer une deuxième ville satellite.
· Le logement social ne risque-t-il pas de pâtir de cette pression sur les prix du foncier?
- Si cette folie des prix se poursuit, dans quatre à cinq ans nous ne pourrons plus parler de logement social à 200.000 dirhams. Le ratio du foncier dans le montage technico-financier d'un programme de l'habitat social dépassera les limites. Des promoteurs immobiliers commencent à demander une augmentation de la valeur immobilière totale (VIT) de l'habitat social à 250.000 et à 300.000 dirhams. Ce relèvement de la VIT ne se répercutera pas sur le prix de vente, mais il permettra de compenser la flambée des prix et le coût de l'énergie. La structure des coûts commence à poser problème par rapport à la marge bénéficiaire.
· Cette requête est-elle acceptable?
- Personnellement, je ne dirai pas non, mais à condition d'avoir des répercussions directes sur la qualité du produit, la superficie, le professionnalisme, le service après vente et une garantie décennale. En tant que membre du gouvernement, les équilibres financiers de l'Etat sont une donne avec laquelle il faut composer. Ma position personnelle risque d'être revue si le relèvement de la VIT engendre des pertes.
· Que faire pour garantir une meilleure qualité?
- Cette question, il faut la poser aux promoteurs immobiliers privés. Pour les projets publics, je suis le premier responsable. Pour le privé, ni le ministère de l'Habitat et de l'Urbanisme ni les instances de l'Etat n'interviennent. Notre intervention est biaisée. L'instance qui approuve les plans est l'Agence urbaine, mais nous sommes absents du processus d'octroi du permis d'habiter et aussi de la phase de construction. Nous ne savons pas si le promoteur a respecté à la lettre les choses sur lesquelles il s'est engagé au départ. C'est une grande faille que nous essayons de rattraper par le biais de la loi 04.04 qui connaît des difficultés au Parlement.
· Qu'est-ce qui bloque?
- Tous les partis politiques, y compris ceux de l'opposition, ont remis leurs amendements. Ce sont des individus à l'intérieur des groupes qui font obstruction. Ils disent qu'ils ne sont pas d'accord avec les amendements de leurs groupes. Je me suis engagé sur un texte consensuel et je continuerai sur cette voie. Je ne suis pas contre ces députés, je négocierais même avec eux s'ils sont à l'extérieur de la logique constitutionnelle. En revanche, une chose sur laquelle je ne céderai pas, quitte à retirer la loi du Parlement, c'est notre guerre contre la corruption, les malversations dans l'urbanisme et contre ceux qui utilisent l'urbanisme pour des fins politiciennes et pour s'enrichir. Heureusement, nous ne sommes pas dans cette logique.
· Quel feed-back avez-vous sur le programme des villas économiques? Il se dit qu'il y a beaucoup de combines
- C'est un concept qui marche très bien dans certaines villes. Dans d'autres, il ne fonctionne pas à cause de la rareté du foncier. A Marrakech" class="city">Marrakech, c'est un effet de mode, à Tamesna nous sommes en train de convertir des zones en villas économiques pour répondre à la demande. Nous sommes sur un programme de 20.000 villas économiques. Le privé commence également à s'y intéresser notamment Addoha, Contractor et Marinador.
· La loi sur la vente en l'état d'achèvement soulève beaucoup de critiques par les opérateurs. Que comptez-vous faire?
- Lors de la dernière réunion avec les présidents des associations professionnelles du secteur de l'immobilier, j'ai demandé qu'ils me remettent leurs propositions sur la copropriété et le leasing immobilier.
En concertation avec les départements concernés, nous allons voir s'il faut réaménager le texte. Ce qui est important ce n'est pas la loi, mais c'est sa mise en œuvre. Si elle pose problème, il faut la changer.
· Que faites-vous contre l'informel?
- Il représente 30% du secteur. Ce n'est pas de l'informel, c'est la «fouda», la corruption, les malversations et la politique politicienne pour préparer les élections. C'est l'infraction par rapport à la loi et c'est ce qu'il faut combattre. Ceci étant, nous ne sommes plus dans la même logique de «fouda» qui avait prévalu auparavant. Le changement de culture prend du temps et il faut que cette conviction partagée par les premiers responsables arrive jusqu'au dernier des exécutants.
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Crédit immobilier: 72,93 milliards de dirhams en 2006
L'encours des crédits immobiliers a enregistré un accroissement de 107% entre 2002 et 2006. Il est passé de 35,2 milliards de dirhams à 72,93 milliards. A fin 2006, le Fogarim a accordé 13.334 prêts pour un montant global de 1,8 milliard de dirhams. Les prêts ont été encouragés par la baisse des taux d'intérêt. Le taux moyen appliqué aux crédits acquéreurs est passé de 8,10% en 2003 à 6,89% en 2006, soit une baisse de 14,9%.
Par ailleurs, l'année 2006 s'est caractérisée par la mise en chantier de 234.000 unités d'habitat social et par l'achèvement de 212.500 unités dont 114.000 destinées à l'habitat social. Pour 2007, le ministère de l'Habitat et de l'Urbanisme table sur la production de 125.000 unités de logement social.
Propos recueillis par


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