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Jean Michel Zurfluh Le matin : 20 - 12 - 2001

Afin de connaître l'avis d'un vétéran qui s'est toujours impliqué dans la vie civile et associative avec courage, nous avons contacté M. Mohamed M'Jid (président de la Fédération Royale Marocaine de Tennis et délégué honoraire du Haut commissariat des Na
Bien entendu on a essayé de trouver des solutions, d'aménager la côte avec la création d'une marina, tout cela n'est pas nouveau. C'est utile certes, car la ville a besoin de créer un pôle touristique aussi bien pour les étrangers que pour les citoyens. A côté de cela, est-ce que l'on pense au Casa profond, ce Casablanca où il y a pratiquement 5 millions d'habitants ?
Ce qu'on est en train de faire actuellement ne concerne que 10, 20.000 habitants; et les autres ? Pour Mohamed M'Jid, la décentralisation des préfectures n'a pas été une bonne chose car «on a éparpillé les responsabilités, on a permis aux uns de jouer contre les autres («ce n'est pas moi c'est l'autre»). Une même voie avec plusieurs responsables, deux communes qui gèlent un projet, etc.»
Avec l'aide du nouveau wali, poursuit Mohamed M'Jid, nous aurons besoin de créer des pôles de réflexion, avec des experts marocains et non marocains , de réfléchir sur le devenir de la ville. En réglant les problèmes de Casablanca nous aurons réglé à 80% pratiquement, les problèmes du pays.
Environnement
Pour ce qui est de l'Environnement et notamment la décharge communautaire de Médiouna, Mohamed M'Jid dénonce le temps perdu. Des contacts ont été pris avec un grand nombre de sociétés spécialisées, mais «rien n'a été fait par la suite, c'est inadmissible car la desserte de Médiouna pollue la nappe phréatique. Mais cela rapporte de l'argent ! et ce sont des tonnes de microbes qui se promènent avec des enfants qui y travaillent». «Des spécialistes sont venus pour répondre à un appel d'offres inter110nal et personne n'a obtenu le marché de la décharge (Canadiens, Français, Suisses, Allemands, etc. ndlr). La décharge et les maladies sont toujours là et la pollution atteint la nappe phréatique. Les enfants qui y travaillent sont malades et communiquent leurs maladies. Les papiers ramassés par les enfants à 30 cts le kilo sont revendus à 3 dhs. C'est une affaire commerciale gérée par des lobbies parce que ça rapporte des milliards.Voilà pourquoi la décharge de Médiouna est maintenue, souligne Mohamed M'Jid. Voilà les problèmes du Maroc réel, il ne s'agit pas de discourir. J'espère qu'avec la nouvelle équipe en place et le wali, cela va changer. Il y va de la santé des citoyens. (ndlr : un prêt de 350.000 dollars a été octroyé par l'Usaid en septembre dernier pour la décharge publique de Médiouna).
Communes et espaces verts
Quant aux communes, toujours selon Mohamed M'Jid, elles ne font pas leur travail : «les élus sont là, dit-il, parce qu'ils ont investi et ils attendent le retour de l'investissement. Voilà. La gestion de la ville ne les intéresse pas, ce qui les intéresse c'est ce qu'ils gagnent, eux. Pas tous fort heureusement mais ces derniers sont tellement peu nombreux que finalement leur présence ne rapporte rien. Ce que je suggère ? Tout d'abord, confier la gestion comptable aux sociétés spécialisées, aux experts-comptables, aux sociétés d'audit, ensuite il faut suivre quotidiennement les actions de ceux qu'on appelle les élus soit par l'autorité, soit par les électeurs eux-mêmes ou les deux.
Et la squaterisation des trottoirs par les cafés, les glaciers ou les restaurants ? il n'existe pratiquement plus de place pour les piétons. Ce sont les communes qui vendent et font des bénéfices. Quant aux marchands ambulants, c'est un problème social qui ne pourra être réglé que dans une espèce de révision totale de la gestion des villes. Mais il faut bien que ces gens-là vivent ; et puis ça arrange certaines communes qu'il y ait cette situation sauvage.
Les espaces verts, que sont-ils devenus ? questionne Mohamed M'Jid .Ils ont été récupérés et transformés en immeubles ou en cafés. Prenons comme exemple le parc de l'Hermitage, près du Polo et de la mosquée Sounna, il faut absolument le réhabiliter. C'est un patrimoine, un des fleurons de Casablanca qui possédait des plans d'eau avec cygnes, des arbres, et un jardin de type «Versailles». Regardez dans quel état il se trouve et ce qu'il est devenu : un dépôt d'ordures, avec des constructions sauvages et illégales ainsi qu'un dépôt de matériaux de constructions. Il n'y a pratiquement plus d'espaces de 114s et de loisirs pour les enfants
de ce quartier.
Infrastructure 114ive
L'infrastructure 114ive date du protectorat. Le Stade Philip est un patrimoine : c'est l'histoire du football dans ce pays. Il a coûté près de 12 milliards de centimes et il est fermé !
Personne n'ose ouvrir ce dossier parce que, comme tous les dossiers, il a dû subir des «intempéries». Il n'est pas ouvert sous prétexte qu'une partie des tribunes supérieures représente une certaine insécurité. Il suffit de condamner ces tribunes et de livrer le reste. Qu'on fasse à l'intérieur du Stade Philip une école de foot-ball pour les jeunes enfants de la Médina, une école de 114 et de civisme, et qu'on ait le courage et l'honnêteté intellectuelle d'ouvrir le dossier, de le contrôler et d'agir.
L'ancien marché de gros ou marché «Crio». On est en train d'en faire un Centre commercial. C'est un crime économique. J'avais élevé ma voix à l'époque . Cette salle, on pourrait en faire un Bercy à Casablanca (grande salle de 114 et de spectacle à Paris ndlr). La Communauté urbaine de Casablanca a voulu en faire un centre de commerce avec des boutiques et des bureaux. Or dans tout Casablanca les bureaux et les boutiques sont fermés avec pancarte «A louer» ! Comment faire alors que des travaux sont en cours ? On les arrête et on démoli ce qui a été fait. C'est un scandale. En faire un grand complexe 114if genre Bercy, c'est de cela dont on a besoin. Il faut que l'autorité, appuyée par la société civile, en prenne la responsabilité et tire la sonnette d'alarme.
Autre chose. Ce qu'on appelle à tort ou à raison la cathédrale, poursuit Mohamed M'Jid devait être un centre culturel et elle est livrée aux clochards. Or, Casablanca n'a pas de théâtre, Casablanca, n'a pas une bibliothèque valable, n'a pas de centre de rencontres ou de discussions (forum). La Casablancaise qui était un des fleurons du 114, et le parc de la Ligue Arabe, sont menacés de dégradation. Quant au complexe de tennis Al Amal qui avait été créé sur instructions de S.M. Hassan II et inauguré par S.M. Mohammed VI alors Prince Héritier, était destiné à un centre de tennis inter110nal et un centre d'études pour le 114. Eh bien, la Communauté urbaine - toujours elle - en a fait un simple club de tennis, de spectacles.
Il est urgent aujourd'hui, précise Mohamed M'Jid, de créer auprès du Wali un Comité des 114s et d'infrastrusture 114ive qui n'existe pas encore, il faut créer une commission pour les études, les suggestions et le suivi. Pensons que plus de 70% de la population marocaine a moins de 25 ans. Voilà à quoi on peut occuper la jeunesse qui manque d'espaces de 114s.
Les abattoirs
Les anciens abattoirs vont être transférés ? Quoi en faire ? Le projet prévoit un musée et des ateliers d'artistes (ndlr). «Ce serait parfait d'en faire une sorte de Centre Pompidou à Paris, répond Mohamed M'Jid avec centre de conférences et bibliothèque. Mais il faudrait intégrer dans ce centre les gens du quartier. L'essentiel est de ne pas le livrer à la spéculation immobilière comme il en était question dans le premier projet. Il serait très interessant, d'autre part, vu la dimension de la superficie, d'y inclure des salles de 114 avec piscine etc. Ce serait alors un centre culturel et 114if».
On a négligé le 114 dans les quartiers populaires, poursuit Mohamed M'Jid, ce serait Hay Mohammedi qui aurait la primeure. Ce qui serait souhaitable c'est qu'il y ait dans tous les quartiers populaires des centres de 114 et de culture.
Des ateliers de peintre et un musée d'art comtemporain aux anciens abattoirs ? C'est très bien, on fera des gens de ce quartier des gens d'élite. Jusqu'à ne va-ton privilégier que certaines catégories ?
Le Festival de Casablanca (Casafestival) qui se tiendra à partir du 16 mai 2002 ? C'est une excellente idée, répond Mohamed M'Jid. Cela va permettre aux responsables de découvrir les insuffisances de la ville et trouver des solutions. Mais il ne faut pas s'attendre à tout résoudre avec un festival. Néanmoins, ce genre d'opérations est nécessaire pour rattraper le retard cumulé pendant des décennies à tous les niveaux.
Quant à Dar Bouazza, M. M'jid indique qu'il faut encourager et accompagner Ali Belhaj dans ses efforts car, demain, cette région sur le plan humain et touristique se développera grandement. En conclusion Mohammed M'Jid nous déclare qu'il faut prendre en main sérieusement les problèmes et que M. le Wali s'entoure de gens valables, de techniciens compétents et honnêtes comme il en existe .


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