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La France doit assumer ses engagements dans la région
Jean-Pierre Chevènement est arrivé lundi soir à Rabat au terme d'une tournée maghrébine. Il a été reçu, mardi en fin de matinée au Palais Royal, par S.M. Mohamed VI. Porteur d'un message de solidarité entre l'Europe et le Maghreb, l'ancien ministre de l'I On savait Jean-Pierre Chevènement un ami du Maghreb, aujourd'hui on le découvre fervent défenseur des intérêts de la région en France d'abord et, ensuite, en Europe. A Tunis, notamment, l'ancien ministre français de l'Intérieur a souligné «l'intérêt stratégique» pour l'Europe de s'ouvrir vers le sud, en particulier sur le Maghreb ». Selon lui, « la France a le devoir de concrétiser cette orientation ». A Rabat, où il était reçu en audience, hier en fin de matinée par S.M. le Roi, l'ancien ministre français et candidat aux présidentielles qui doivent avoir lieu dans trois mois en France, a exprimé sa volonté « d'accorder aux relations entre la France et le Maghreb une place importante dans la campagne qui va précéder les échéances politiques décisives » de son pays. Parce qu'il connaît bien la région, et en particulier le Maroc où il avait choisi de passer sa période de convalescence à la suite de ses problèmes de santé, M. Chevènement mesure plus que quiconque l'importance et la portée de ce partenariat. L'histoire commune que la France partage avec les pays de la région Maghrébine, le poids de leurs relations économiques et la présence importante de communautés maghrébine dans l'Hexagone sont autant d'arguments, selon lui, qui plaident pour l'affermissement de ce partenariat. Le Président du Mouvement des Citoyens, qui tire la sonnette d'alarme quant à un élargissement de l'Europe exclusivement à l'Est, rappelle à la France ses obligations envers ses partenaires de toujours qui se trouvent au Sud. Il s'agit pour la France «de faire comprendre à nos partenaires, notamment l'Allemagne, qu'une Europe équilibrée se soucie autant de son Sud que de son Est», a déclaré M. Chevènement. Et d'insister : «Nous ne refusons pas d'accompagner les Allemands dans leur poussée vers l'Est. Mais notre intérêt stratégique est vers le Sud. Dans le même ordre d'idées, l'ancien ministre a regretté que le développement des relations entre l'Europe et le Maghreb, dans le cadre du processus de Barcelone, soit «en panne» et a appelé de ses voeux de «grandes politiques de codéveloppement avec les pays du sud de la Méditerrannée». C'est ainsi qu'il a plaidé pour «un recentrage» du partenariat euro-maghrébin dans le sens d'une «meilleure prise en compte des intérêts des pays au sud de la Méditerranée ». M. Chevènement, qui a évoqué l'effort exigé des pays maghrébins pour se préparer au libre-échange, a rappelé que les bienfaits de ce projet « ne doivent pas être hypothéqués par la situation économique» des pays du sud. «Si le Maghreb est confronté à la récession, ce serait une catastrophe non seulement pour ses pays, mais aussi pour l'Europe», a averti le candidat à l'élection présidentielle. L'homme est, d'ailleurs, connu pour le courage de ses opinions. Ce qui lui avait valu, par deux fois, de quitter le gouvernement. La première fois, alors qu'il était ministre de la défense, il signifie par son départ son désaccord avec la participation de la France à la guerre du Golf. La seconde fois, il occupait le poste de ministre de l'Intérieur, lorsqu'il le quitte le 28 août 2000, pour s'opposer au processus engagé en Corse par le Premier ministre. Aujourd'hui encore, M. Chevènement n'hésite pas à exprimer clairement ses opinions. Comme lorsqu'il déclare, en pleine euphorie de l'euro, aujourd'hui en circulation dans douze pays européens, que «l'unification monétaire de l'Europe était possible par la mise en place d'une monnaie commune» - plutôt que par une monnaie unique, comme le choix en a été fait. L'arrivée de l'ancien ministre de l'Intérieur à Rabat intervient à un moment particulier où la tension, au Proche-Orient, regagne en intensité. Sur ce point précis, M. Chevènement avait déclaré sur les colonnes du quotidien « Libération » qu'il jugeait «déplorable que les Etats européens soient aussi peu présents» dans les efforts visant à dénouer la crise actuelle. Soulignant la nécessité de «trouver des solutions rapides» au conflit israélo-palestinien, l'ancien ministre a déclaré que l'émergence d'un «Etat palestinien viable est la meilleure garantie aux intérêts légitimes d'Israël en matière de sécurité». Il a, par ailleurs, précisé qu'en « diabolisant l'Irak depuis dix ans à des fins stratégiques - et notamment pétrolières - les Etats-Unis ont encouragé la radicalisation intégriste.» Et de déclarer que «La France doit s'opposer clairement à certaines voix venant de l'administration américaine qui envisagent d'étendre les opérations militaires à d'autres pays». Jugeant la situation en Irak «totalement inacceptable», il a affirmé que la «levée de l'embargo sur ce pays s'imposait à la conscience internationale» et a évoqué la possibilité d'un accord limitant l'accès de ce pays à l'armement. L'étape marocaine de la tournée maghrébine de M. Chevènement revêt un caractère particulier. L'ancien ministre qui avait, à plusieurs reprises, exprimé son admiration pour le processus de modernisation engagé par le Maroc a, encore une fois, souligné l'intérêt de renforcer les relations de coopération entre le Maroc et la France. Défenseur du concept de « co-développement », le Président du Mouvement des citoyens milite pour une application dynamique de ce concept aux relations de coopération entre les deux pays. Prenant l'exemple de l'accord d'association entre le Maroc et la France, M. Chevènement a souligner que ce dernier ne doit pas rester limité à une simple zone de libre-échange, mais qu'il est indispensable que des fonds structurels soient mis à la disposition du Maroc pour développer ses infrastructures et mettre l'accent sur des problèmes prioritaires, notamment dans les secteurs de l'éducation, de la santé et du logement. A son arrivée à Rabat, il s'est déclaré « heureux de terminer sa tournée Maghrébine » au Maroc. Il a, également, souligné qu'il rendra au Maroc l'hommage qu'il mérite pour les progrès enregistrés sur la voie de la démocratie sous la conduite du défunt S.M. Hassan II et de son successeur S.M. le Roi Mohammed VI. A la suite de l'audience que lui a accordée le Souverain, au Palais Royal de Rabat, M. Chevènement s'est dit « très impressionné par les vues directes et franches que le Souverain a exprimées sur les différents sujets évoqués ». Dans une déclaration à la presse, à l'issue de cette audience, l'hôte du Maroc a déclaré, que S.M. le Roi a procédé à un tour d'horizon très large des problèmes qui se posent sur la scène internationale et régionale, en particulier dans les relations entre l'Europe et le Maghreb et entre la France et le Maroc. Le projet de consultation de la communauté musulmane, initié par le propre Chevènement alors qu'il était ministre de l'Intérieur, était également au centre de ces entretiens. Les conséquences des événements du 11 septembre sont venues aujourd'hui souligner l'importance de cette instance représentative des musulmans en France.
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