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Les jeunes des deuxièmes générations ne sont pas si différents de leurs parents
Les vérités sur la perception des MRE et la réalité de leur quotidien en terre d'immigration
Le sondage commandité par le CCME (Conseil de la communauté marocaine à l'étranger) est un pas en avant qui réduit la distance entre les Marocains vivant au Maroc et ceux installés en Europe. En effet, les résultats de cette étude qui viennent d'être dévoilés, ont le mérite de donner une idée sur les perceptions des MRE vis-à-vis des évolutions et avancées effectuées par le Royaume, mais également de jeter la lumière sur le quotidien des Marocains vivant dans des pays d'accueil. Le sondage a ainsi permis de recueillir des données sur les MRE et surtout de récuser un certain nombre de clichés notamment sur la deuxième génération. Pour les auteurs de l'étude, il a été surprenant, tout au long de ce sondage, de constater combien les jeunes des 2e générations ont des réponses proches de leurs parents et combien il leur importe de maintenir un lien fort avec le Maroc et les personnes d'origine marocaine dans leurs pays de résidence. Le seul pays où un léger décrochage est constaté est l'Allemagne. En plus de maintenir des liens familiaux et des visites fréquentes au Maroc, les MRE gardent également, selon les résultats, des liens financiers avec le Maroc. Ces liens passent avant tout par un soutien direct et individuel à leurs familles pour 6 MRE sur 10. Par ailleurs, 37% des MRE déclarent posséder un bien immobilier et 24% des terres au Maroc. Le soutien à des associations est moins répandu (11%) ainsi que l'investissement dans un commerce ou une activité économique non lié à la famille proche (6%). Globalement, l'investissement des MRE dans des domaines autres que celui de l'immobilier reste relativement faible. Retour au bercail Comparé à ce qui aurait pu être si la question avait été posée il y a une dizaine ou une vingtaine d'années, le pourcentage de MRE de première génération déclarant envisager vivre au Maroc pour leurs vieux jours n'est peut-être pas si élevé mais représente tout de même une majorité de 52% d'entre eux, contre 30% qui se projettent en Europe et 16% qui ne préfèrent pas se prononcer sur cette question d'avenir. Les Marocains vivant en Europe et leurs enfants sont plutôt positifs sur la situation au Maroc et se disent globalement satisfaits tant au niveau des relations entre le Maroc et les MRE (66% sont satisfaits), des droits des femmes (58%), de l'économie (58%) ainsi qu'une courte majorité en ce qui concerne les Droits de l'Homme (54%). Cette adhésion majoritaire en niveau est toutefois faible en intensité avec des interviewés qui se disent «plutôt» satisfaits que «très satisfaits». Malgré l'aspect assez positif des opinions sur la situation au Maroc, la question ouverte permet de déceler certaines problématiques dans la relation des MRE et surtout de leurs enfants avec le Maroc. Ces derniers se plaignent d'un manque de reconnaissance de la part des autorités comme de la population. La deuxième attente forte des MRE est la facilitation des démarches administratives (27% de citations spontanées et 1er élément cité en assisté à 57%), revendication qui cache certainement un souci plus large de rationalisation et de lutte contre la corruption (citée explicitement à 15% en spontané). En outre, une des attentes fortes qui émerge en spontané concerne les actions en faveur de la 2ème génération notamment pour leur faciliter l'accès à la culture. En effet, le chantier est de taille si l'on en croit les données concernant la difficulté de transmission de la langue. Conditions sociales difficiles D'un point de vue sociologique, la population des MRE apparaît sociologiquement assez défavorisée: 40% des sondés déclarent avoir connu une période de chômage au cours des 3 dernières années. Pour comparaison, «seuls» 18% de l'ensemble des personnes entre 18 et 65 ans résidant en France, répondent par l'affirmative à cette question contre 33% parmi les MRE. Les pays où les MRE sont les plus touchés par le chômage semblent être l'Espagne (61%), l'Italie (41%) et les Pays-Bas (38%). Ce taux de chômage est inférieur à la 2ème génération (il passe de 42% à 32%) à l'exception notable de la France et de la Belgique (même taux de 33% environ aux deux générations). Au niveau des catégories professionnelles, les MRE occupent majoritairement des emplois d'ouvriers (28%) notamment en Espagne et en Italie (plus de 40%) ou d'employés et personnels de service (18%) notamment dans les pays d'immigration plus ancienne (Belgique, France, Allemagne et Pays-Bas). Les proportions de cadres ou professions intermédiaires sont très faibles (respectivement 4% et 11%). A la 2ème génération, la proportion d'ouvriers baisse de moitié au profit avant tout des employés (21%). C'est à la 2ème génération que l'on doit la majorité des cadres et professions intermédiaires (respectivement 5 et 11% au lieu de 3 et 6% à la 1ère génération). Le type d'habitat nous renseigne également sur les conditions de vie des MRE. Plus d'un quart d'entre eux déclarent vivre «dans un logement social ou à loyer modéré». Pour comparaison, cette proportion, qui est également celle déclarée par les MRE vivant en France, est cinq fois supérieure à celle de Français de 18 à 65 ans déclarant vivre en logement social. C'est aux Pays-Bas que les personnes marocaines et leurs enfants vivent le plus dans des logements sociaux. C'est aux Pays-Bas que les personnes marocaines et leurs enfants vivent le plus dans des logements sociaux. Cette politique volontariste au niveau du logement permet, semble-t-il d'ailleurs, d'évacuer cette question des préoccupations des MRE. La proportion de MRE résidant en logement social passe de 27% à la 1ère génération à 22% à la 2ème. Dissonance L'image des Marocains résidant dans chacun des pays européens apparaît bien moins flatteuse que celle du Maroc lui-même. Ainsi, si 78% des MRE pensent que le Maroc bénéficie d'une bonne image dans leur pays de résidence, ils ne sont plus qu'un sur deux à penser la même chose des Marocains résidant dans chacun des pays européens. De plus, les jeunes de la 2ème génération partagent ce sentiment de rejet avec un écart de perception encore plus fort entre l'image du Maroc (84%) et celle des MRE (51%). Dans certains pays comme les Pays-Bas, l'Italie et l'Espagne, le sentiment de rejet est même majoritaire (respectivement 64%, 61% et 53%). A l'inverse, la situation semble plus apaisée en Allemagne et en France (respectivement 66% et 64% de bonne image). Ce sont les personnes originaires du Nord du Maroc et de l'Atlas qui ont le plus le sentiment que les MRE ont une mauvaise image dans le pays de résidence (respectivement 50% et 58% de mauvaise image perçue). Plus les interviewés sont arrivés récemment en Europe, plus cette perception pessimiste est forte (de 27% seulement pour ceux arrivés dans les années 70 à 48% de ceux arrivés dans les années 2000). C'est également le cas de ceux qui ont connu une période de chômage (44% «mauvaise image»). Sur le plan religieux, les données sont différentes. Comparée à la question du travail et du logement, celle de la pratique religieuse semble beaucoup moins problématique. En pratique, 47 % des MRE déclarent fréquenter régulièrement une mosquée. Cette fréquentation oscille entre 55% des MRE en Espagne (dont 23% déclarent une fréquentation quotidienne) à seulement 40% en France. Ce sont avant tout les hommes qui fréquentent la mosquée (62% ont une fréquentation régulière au lieu de 29% des femmes). La fréquentation déclarée est également très clivée selon la profession exercée : 64% des commerçants et professions libérales, 62% des ouvriers pour 33% des employés et 32% des cadres et professions intellectuelles supérieures. A la 2ème génération, la tendance est à la baisse (40% de pratique régulière déclarée, -7 pts/première génération) sauf aux Pays-Bas où la pratique déclarée est plus élevée (50%, + 4 pts /1ère génération) et en France où elle est très proche de la première génération (39%, - 2 pts/1ère génération). Espagne : Un espoir de retour assez fort L'arrivée des migrants marocains en Espagne est un peu récente. Il a commencé à enregistrer des pics à partir des années 80 en raison du boom économique qu'a connu ce pays ibérique durant cette période. Selon les résultats du sondage, les MRE installés en Espagne se distinguent par le fait d'être dans des situations de grande précarité. Ils sont respectivement 9% et 24% de personnes naturalisées ou encours de l'être contre 70% en moyenne dans les autres pays. Ils travaillent à 40% comme ouvriers contre 20% dans les autres pays et 61% de MRE d'Espagne ont connu une période de chômage. Les Marocains vivant en Espagne présentent un profil particulier en terme de leurs fréquentations. En effet, 75% disent fréquenter «beaucoup» de Marocains contre 62% en moyenne et, à l'inverse, ils côtoient peu d'Espagnols (28% contre 46% en moyenne dans les autres pays ciblés). Ils sont également les plus nombreux à envisager le retour dans leur pays d'origine (70% contre 52% en moyenne). L'étude relève également un constat paradoxal. «Si, sans surprise suite aux différents incidents diplomatiques, l'Espagne est le pays où le Maroc a relativement la moins bonne image (64% de bonnes opinions), ce n'est pas le pays où les Marocains se sentent les plus rejetés !», précisent les auteurs. Globalement, les Marocains d'Espagne éprouvent vraiment de grandes difficultés à trouver du travail par rapport à la population autochtone (80%, soit +8 pts par rapport à la moyenne) ainsi que pour trouver un logement (67%, + 6 pts). Italie : Les conditions de vie les plus difficiles d'Europe «L'Italie semble être le pays où les MRE ont les conditions de vie les plus difficiles», c'est ainsi que les auteurs du sondage ont résumé la situation des MRE vivant en Italie. Pour Gaël Sliman, directeur général adjoint de BVA, cette situation est plutôt le résultat d'un contexte politique. Ainsi, les Marocains installés en Italie partagent avec ceux d'Espagne un profil sociologique assez défavorisé. Ils comptent parmi eux beaucoup d'ouvriers ainsi qu'un nombre relativement important de commerçants (18% au lieu de 8 % en moyenne). De même, ils affirment souffrir d'une image extrêmement détériorée auprès des Italiens (61% pensent que les Italiens ont une mauvaise image d'eux). Il s'agit, par ailleurs, de la population immigrée qui a le sentiment le plus élevé de discriminations à son égard tous domaines confondus, qu'il s'agisse de l'accès au logement (79%, + 18 pts/moyenne), d'accès au travail (78%, + 6 pts), d'être reconnu dans celui-ci (58%, + 13 pts), de pratiquer sa religion (50%, + 16 points), de poursuivre sa scolarité (39%, + 13 pts) ou même d'être soigné correctement (31%, + 14 pts). La question religieuse est d'autant plus préoccupante qu'elle semble non seulement liée à un sentiment de discrimination, mais aussi à un manque de moyens finalement peu décrié partout ailleurs en Europe. Les critiques au sujet des lieux de cultes sont très vives. Selon les personnes qui les fréquentent, les lieux de cultes sont mal placés, donnent une image peu valorisante de l'Islam, sont en nombre insuffisant et de taille trop réduite. La France : Une 2e génération attirée par le Maroc Les MRE vivant en France sont ceux qui déclarent à la fois un grand attachement au maintien des liens avec des personnes de même origine et la plus grande mixité avec la population locale. Ainsi, ils fréquentent beaucoup de personnes d'origine marocaine (60% «beaucoup») tout en fréquentant le plus d'autochtones (60%, + 14pts/moyenne) ainsi que d'autres populations étrangères (39%, + 10 pts). D'un autre côté, les MRE de France sont parmi les plus en lien avec le Maroc. Le maintien des liens familiaux est considéré par 86% des sondés en France comme «très important» et quasiment autant auprès des 2e générations. De plus, 73% déclarent y voyager au moins une fois par an, soit quasiment autant que ceux d'Espagne. Ils sont également ceux qui déclarent le plus aider financièrement la famille au Maroc (68%, + 9 pts/ moyenne). Mais la France est surtout avec les Pays-Bas un des pays où les MRE de première génération s'imaginent le plus retourner pour leurs vieux jours (1 sur 2 sondés) tandis que ceux de la 2e génération n'excluent pas de s'y installer durablement (respectivement 42% et 52% contre seulement 14% en moyenne pour les quatre autres pays). La société française semble être plus paisible pour les MRE. C'est le pays où le Maroc est le mieux vu selon les MRE (92% des MRE pensent qu'il a une bonne image, + 14 pts/moyenne). Concernant la discrimination pour l'accès et la reconnaissance au travail, respectivement 68% et 45% des MRE estiment avoir plus de difficultés que la moyenne de la population dans ces domaines ainsi qu'au logement (60%). Les chercheurs ont remarqué que la 2e génération est plus pessimiste que la 1re sur ces éléments. Un constat jugé inquiétant par les auteurs de l'étude. Pays-Bas : Des signes de tension Les Pays-Bas partagent avec la France la particularité d'avoir une population marocaine de 2e génération très attachée au Maroc et plus généralement aux traditions de leurs parents. Mais selon les auteurs du sondage, la situation est toutefois beaucoup plus tendue qu'en France. En réalité, c'est le pays où les MRE se sentent le plus mal vus (64% pensent que les Hollandais ont une mauvaise image d'eux, + 14 pts/la moyenne). De plus, les MRE se sentent discriminés pour trouver un travail (73%) mais aussi pour être reconnus dans ce pays (55%, + 10 pts/moyenne). Par ailleurs c'est le seul pays où l'accès aux soins est problématique pour plus d'un MRE sur deux (54%). Enfin, sur l'ensemble de ces éléments, il est inquiétant de constater que les 2e générations sont plus alarmistes que leurs aînés. Celles-ci apparaissent, comme en France, très attachées au Maroc où elles retournent très souvent (66% y vont au moins une fois par an, soit quasiment plus que leurs aînés). C'est le pays où la 2e génération est la plus encline à vivre provisoirement ou même définitivement au Maroc (52% !). Allemagne : Des MRE plus lointains Les résultats du sondage commandité par le CCME montre que les MRE vivant en Allemagne présentent un profil atypique par rapport à leurs compatriotes des autres pays européens. En nombre plus faible dans un pays plus éloigné, ils semblent avoir davantage gardé moins de liens avec le pays d'origine et vivre un peu moins entre eux. L'Allemagne est, à ce titre, le pays à la plus forte exogamie (1 personne sur 5 est mariée hors de la «communauté» marocaine), le seul où les parents interrogés affirment majoritairement qu'il n'est pas important que leurs enfants se marient avec une personne marocaine ou d'origine marocaine (50%, + 20 pts/moyenne) et où les MRE fréquentent le moins les personnes de même origine (47% «beaucoup», - 15 pts/moyenne). Les MRE d'Allemagne se rendent moins souvent au Maroc que ceux des autres pays (56% au moins une fois par an, - 13 pts/ moyenne) et déclarent le moins subvenir aux besoins de leurs familles au Maroc (41%, - 18 pts). Avec la Belgique, l'Allemagne est le pays où les 1ère générations envisagent le moins de retourner au Maroc pour leur vieux jours (42%, - 10 pts/ moyenne). Du reste, les MRE semblent vivre dans une ambiance apaisée. Même si le fait de trouver un travail, d'être reconnu dans celui-ci et de trouver un logement restent des domaines dans lesquels une certaine discrimination est perçue de la part des Marocains (respectivement à 53%, 41% et 39%), ce sentiment est bien moins fort que dans l'ensemble des pays étudiés. La Belgique : une situation médiane en Europe Les résultats du sondage montrent que les MRE en Belgique vivent des situations diverses voire même paradoxales. Ils vivent à la fois dans un environnement plutôt proche de celui de la France que des situations de précarité espagnole et italienne ou même de la tension observable aux Pays-Bas. Les phénomènes observés y sont toutefois moins marqués: la mixité avec la population locale existe mais est moins forte (47% fréquentent beaucoup de locaux contre 60% en France). L'intérêt pour l'actualité politique est également palpable (58%, + 3 pts/moyenne, juste derrière la France, -9 pts). Les MRE gardent cependant des liens avec le Maroc (60% aident leurs familles, soit le deuxième pays après la France) et s'y rendent souvent (65% au moins une fois par an). Sur le plan de leur image en Belgique, 40% des sondés la jugent bonne, contre 43% mauvaise avec un taux de non réponses très important (17%). Pour ce qui est du sentiment de discrimination, ils ont une fois de plus une position assez médiane avec toutefois des 2ème générations plus pessimistes que leurs aînés. Tout se passe comme si les MRE de Belgique envisageaient assez sereinement leur installation durable en Belgique. Il s'agit en effet du pays où les 1ère générations envisagent le plus de vivre pour leurs vieux jours (39% contre 38% pour le Maroc) et où les 2e générations sont moins enclines à aller s'installer durablement au Maroc (29%).
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