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Gharbaoui et Morère à l'honneur
La Villa des Arts ouvre son exposition permanente à des artistes majeurs qui ont marqué l'Histoire de la peinture au Maroc.
Kenza ALAOUI Le matin : 27 - 07 - 2010

Il fait partie de ces artistes qui ont forgé l'identité des arts plastiques au Maroc. Rien qu'en prononçant le nom de Jilali Gharbaoui, un pan de l'histoire de cet art défile devant nos yeux. Plus qu'un peintre de génie, Jilali Gharbaoui est hissé au rang d'icône. Pionnier de la peinture non figurative, il a apporté une touche particulière et a marqué de son empreinte un art qui, aujourd'hui encore, lui reconnait une virtuosité inégalable.
Et c'est justement sous le signe de la reconnaissance que la Fondation ONA ouvre son exposition permanente en mettant à l'honneur cet artiste hors pair. Les pièces qui ont occupé la Villa du Parc, musée de la Fondation ONA, depuis l'ouverture de la Villa des Arts de Rabat en décembre 2006, cèdent la place, depuis hier, à un accrochage inédit des œuvres de Jilali Gharbaoui. Ce n'est que justice pour la mémoire de cet homme qui a dédié sa vie à l'art. Une vie marquée par le sceau du malheur et de la souffrance.
De son existence tumultueuse et de son vécu douloureux, cet homme tourmenté a su produire des œuvres qui exprimaient un spleen ancrée dans son enfance. Ses tableaux étaient, de ce fait, des exutoires où il déversait sa colère et son mal être. Ce natif de Jorf El Maleh en 1930, près de Sidi Kacem, n'a pas pu oublier la misère de ses premières années, en dépit de ses études des Beaux Arts à Fès, à Paris et à Rome, et de ses multiples voyages dans différentes parties du monde. Son succès et l'admiration que suscitaient ses œuvres n'ont pas réussi, non plus, à effacer son profond malaise et à guérir ses blessures. « Jamais peintre, chez nous, n'a suscité autant de passions. À cela il nous faut trouver une raison. Mais suivons d'abord le chemin risqué qu'il a pris, depuis son enfance douloureuse.
Venant de la campagne et recueilli dans un orphelinat, il fut sûrement, dans ce lieu clos sur la misère, le bouc émissaire qui subit les duretés de la vie que les autres rejetaient sur lui», explique Azzouz Tnifass dans son livre « Jilali Gharbaoui, Voyage au bout du rêve 1930-1971 ». Et d'ajouter : « Tous ceux qui ont fréquenté ce type de lieux en sortent paradoxalement fragiles, solitaires, mais avec une grande disponibilité, comme si leur ego réduit à sa plus simple expression, s'était pétrifié en laissant du vide autour pour que les autres puissent y déposer leurs sourires ou leurs tristesses. Selon des témoignages, Gharbaoui regardait fixement tout nouveau visage, parce que les peurs de l'enfance travaillent le regard de l'adulte ».
Apeuré, angoissé, le vague à l'âme, Gharbaoui, nourrissait des idées noires qui ne cessaient de lui pourrir l'existence. Même les arts plastiques n'arrivaient pas à l'en débarrasser. Orphelin dès son jeune âge, il a été placé dans un orphelinat où il apprit la plomberie. Tout en étudiant à Fès, il vendait les journaux et suivait des cours de peinture à l'Académie des Arts. Une heureuse rencontre avec le couple de peintres Gatien lui permet de faire la connaissance de d'Ahmed Sefrioui alors Directeur des Beaux-Arts de Rabat grâce auquel, il obtient une bourse à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris. A Paris, où il s'installe, il commence à sombrer dans l'alcoolisme et de retour au Maroc il fait sa première tentative de suicide et entame une véritable croisade avec ses troubles mentaux.
Il multiplie les voyages et les rencontres avec les artistes, enrichit son art et son talent sans jamais trouver la paix. En 1971, c'est la descente en enfer. Il s'adonne à l'alcool et à la drogue pour finir sur un banc public au Champ-de-Mars. Son corps est, alors, rapatrié au Maroc.
L'enterrement a lieu à Fès. Quatre vingt ans après sa mort, son nom et son génie continuent de retentir comme des pièces d'or dans l'univers des arts plastiques.
Un orientaliste dans le musée
A côté des œuvres de Jilali Gharbaoui le public peut également apprécier la collection du peintre orientaliste Louis Morère afin de mettre en avant un volet important de l'histoire de la peinture à savoir le volet orientaliste. Louis Morère (1888 – 1949), après avoir passé une partie de son enfance en Tunisie, se rend au Maroc en 1914. Il y passera le reste de sa vie. Louis Morère peignait souvent d'après nature des huiles sur panneau. 46 pièces seront exposées, le visiteur appréciera la concordance particulière des couleurs, le rythme des plans et l'épaisseur charnelle des empâtements qui caractérisent la peinture de l'artiste. La Collection Louis Morère a fait l'objet d'une donation à la Fondation ONA en 2008 de la part de Mme Charlotte Monto fille du peintre. La donation compte 72 pièces dont 46 exposées dans une salle consacrée de manière permanente à cette donation. Les 26 autres pièces seront visibles lors du prochain changement de l'exposition permanente de la Fondation ONA. En attendant, le public peut avoir accès à l'ensemble de la donation en visitant le musée virtuel de la Fondation ONA.


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