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Le souffle soufi de Abdellah Hariri
L'artiste peintre expose actuellement à la Médiathèque de la Grande Mosquée Hassan II à Casablanca.
Kenza ALAOUI Le matin : 08 - 09 - 2010

Les cimaises de la Médiathèque de la Grande Mosquée Hassan II donnent à voir actuellement les tableaux du grand artiste peintre Abdellah Hariri. Rayonnants de couleurs et de lumière, ils illuminent de mille feux cet espace où l'artistique embrasse le sacré dans une parfaite symbiose.
Le maître de la lettre, celui là même qui a donné à la calligraphie ses lettres de noblesse en en faisant un élément primordial et omniprésent dans son œuvre picturale nous revient aujourd'hui avec une nouvelle vision et une nouvelle façon de procéder. En effet, les toiles que propose l'exposition baptisée «Tajalliate» qui durera jusqu'au 13 septembre, donnent la part belle à la couleur. Cette présence chromatique en force marque ainsi sa suprématie sur le signe qui a toujours peuplé l'espace toile.
Néanmoins si la lettre n'a plus cette prédominance qu'on lui a toujours connue chez Hariri, le caractère sacré de l'œuvre, lui, a été préservé. Il est toujours aussi fort.
Dans l'immensité de la toile, au sens propre comme au figuré, le spectateur est saisi par le souffle soufi qui s'en dégage. Le choix de l'intitulé de l'exposition est, à cet égard, loin d'être fortuit. « Tajalliate » traduit bien cet esprit dans lequel se trouve celui qui regarde, non sans admiration, cette profusion de couleurs et de formes. La diversité des nuances et des tonalités confère, quant à elle, à l'œuvre une espèce de musicalité enchanteresse et apaisante. Cette révélation des couleurs n'est autre que celle de l'âme de l'artiste qui entre en communion avec l'esprit divin.
Toujours en quête de spiritualité, Abdellah Hariri ne cesse d'interroger son œuvre sans hésiter à se remettre en question. Il évolue sans cesse vers de nouvelles façons de concevoir son travail. C'est d'ailleurs pour cette raison que, les lettres, qui s'exhibaient ostensiblement dans ses tableaux se font plus réservées, plus légères et plus modérées. Sans y renoncer complètement, il injecte ces signes dans ses toiles sans en faire sa préoccupation centrale. Le secret de cette recherche continue réside sans doute dans sa formation polyvalente qui lui ouvre à chaque fois de nouveaux horizons.
Rappelons que cette exposition, qui s'inscrit dans le cadre d'un cycle d'activités culturelles et spirituelles programmées durant tout le mois de Ramadan par la Fondation de la Grande Mosquée Hassan II, prendra fin le 13 septembre.
Hariri le téméraire
Né en 1949 à Casablanca, Abdallah Hariri a suivi une longue formation artistique au Maroc et à l'étranger (France, Italie, Pologne) et ce, dans des registres différents comprenant la décoration dans le théâtre et le cinéma, l'architecture ou encore la sculpture. « Il est le premier à avoir adopté la calligraphie comme mode d'expression. Mais Hariri n'a jamais eu pour visée d'exceller dans cet art comme l'aurait fait un lettriste professionnel.
Il s'est choisi plutôt comme démarche une attitude de déconstruction des codes qui ont traditionnellement régi l'art calligraphique arabe.
Il s'est ingénié ainsi à libérer le graphème de son étoffe hiératique et sacrale. Désacralisée et allégée de sa gangue théologale, l'écriture est exploitée comme un simple élément graphique, un motif pictural qui n'a pas forcément une valeur en soi. C'est là toute la modernité de Hariri ». affirme Mostafa Chebbak, critique d'art. Depuis qu'il a embrassé sa carrière artistique, il a exposé dans différents pays des quatre coins du monde.


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