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Mehdi Qotbi entre Orient et Occident
«Exposition au musée Chateau de Tours des peintures écrites
Dans le mythique Château musée de Tours, les uvres de Mehdi Qotbi occupent une salle entière. Ses «peintures écrites», qui côtoient celles des plus grands artistes contemporains sont accrochées à l'occasion de la célébration du 80e anniversaire du grand La chance d'avoir pu, lui qui est issu de l'un des quartiers les plus populaires de la capitale marocaine, percer à Paris, devenir un peintre célèbre, connaître les plus grands honneurs et aussi et surtout faire la connaissance d'êtres exceptionnels. L'artiste se plaît à se rappeler quelques-unes de ces rencontres, décisives, qui lui ont permis d'être ce qu'il est aujourd'hui. Il aime aussi se rappeler, tous ces écrivains et poètes qui ont été séduits par son art à tel point qu'ils ont écrit des textes magnifiques pour évoquer cette relation si forte et si intense qu'entretient le peintre avec la calligraphie. «Je vous raconte une anecdote : un jour, j'avais rendez-vous avec la fille de Aimé Césaire. Je rencontre ce dernier. Celui-ci me dit qu'il rêverait de faire quelque chose avec moi. Il me donne des poèmes inédits sur lesquels je travaille et on réalise un livre. Plus tard, j'ai découvert que Césaire n'avait fait que deux livres dans sa vie, un livre sur Picasso qui s'appelle "A corps perdu" et un autre sur Mehdi Qotbi qu'il a intitulé "Ausculter le dédale"»
Une autre rencontre, une autre histoire. «Je ne remercierai jamais Dieu pour toutes ces rencontres extraordinaires. Un jour, j'étais avec Nathalie Sarraute avec qui j'ai passé deux heures exceptionnelles. A la fin, elle me dit que je devais rencontrer Yves Bonnefoy. Celui-ci me reçoit froidement et me fixe rendez-vous pour le lendemain. Je vous avoue que je n'ai pas dormi de la nuit. Quand je le rencontre, il regarde mon travail, puis me dit que c'est un travail qui lui parle et qu'il voudrait bien écrire quelque chose dessus. Ce n'est donc pas moi qui ai illustré sa poésie, c'est plutôt lui qui a illustré ma peinture
Dans ma vie, il y a eu un perpétuel hasard et d'heureuses rencontres qui se sont concrétisées par des livres et une amitié très profonde, avec les uns et les autres». Léopold Sédar Senghor, lui aussi, qui visite une de ses expositions et lui dit «votre peinture est un champ qui est déjà labouré, il suffit d'y semer les plants. Les écrivains ont trouvé matière à écrire puisque mon travail est déjà sur l'écriture, sur la communication entre les êtres. C'est un champ prêt à la fertilisation», explique Qotbi. Et puis, d'autres rencontres tout aussi éblouissantes. «Le voyage de l'écriture», le livre qu'il a présenté à Tanger et Casablanca, en marge d'une exposition très réussie et qui marquait le retour d'un artiste dans les cimaises de son pays d'origine, après sept ans d'absence, illustre cette empathie que l'uvre de Qotbi a su susciter. Des écrivains et des poètes, au talent immense, ont écrit quelques-uns de leurs plus beaux textes sur son uvre. Ils s'appellent Mandiargues, Senghor, Octavio Paz, Derrida, Nourissier, Andrée Chedid ou Tahar Ben Jelloun et d'autres encore ont réussi à pénétrer dans les tréfonds d'une uvre pour tisser des dialogues précieux sur et autour d'une uvre qui a magnifié la lettre arabe. Le signe omniprésent, répété à l'infini a fait écrire à des écrivains comme Daniel Rondeau qu'«Il n'y a pas d'image, mais un homme qui parle. Un homme qui raconte ce qu'il voit sur les nuages, sur les murs
». Alain Macaire soutient, pour sa part, que «Pour Mehdi Qotbi, la lettre calligraphiée arabe est une mythologie à part entière, comme d'autres peintres choisirent dans l'histoire les thèmes religieux, ou les paysages, ou les natures mortes. (
) Affirmant une double référence culturelle, arabe et occidentale, comme Michaux et Degottex croisèrent leurs signes à des sources étrangères, Qotbi trace des graphies étourdissantes, courant avec des vitesses et des ralentis, des pleins et des déliés, des musiques et des silences, des rythmes et des couleurs. Il dissout les intervalles entre passé et présent, entre musique et peinture, trouve sa justification de peintre en conjuguant picturalement une parole du corps qui déborde les exclusions du verbe et ouvre à l'universel». La lettre arabe magnifiée Des regards multiples qui se sentent interpellés par cette architecture subtile, par ces entrelacements et ces couleurs, à la fois subtils et magiques qui envahissent chaque recoin de l'uvre. «C'est un travail de bénédictin qui exige des heures et des heures de travail et de concentration
Il me rappelle ces incantations du soufisme qui préconisent la connaissance de l'autre et le respect de l'autre», souligne le peintre. «Mon travail se situe entre les religions et les cultures. Je travaille sur une écriture qui est identifiée à une culture, une écriture qui attire par la couleur». L'artiste qui n'en finit pas d'étonner par les multiples facettes de son personnage, aussi brillante les unes que les autres, se pose aussi comme un ardent défenseur des intérêts et de l'image du Maroc. «Je suis toujours fier de mes origines et je n'oublie pas qu'il y a quarante sept ans, je n'avais même pas de chaussures
». Mais que de chemin parcouru depuis. Ami des plus grand de ce monde, Mehdi Qotbi se distingue aussi par ces actions qu'il entreprend pour jeter des ponts entre le Maroc et la France. «Je suis, par mon travail, un trait d'union entre les cultures. J'organise des rencontres politiques, culturelles, mais je n'oublie pas que je suis peintre. Les gens disent, c'est dommage, tu ne peins plus, mais qu'est ce qu'ils en savent ? Je continue à peindre, j'ai plusieurs commandes que je suis en train d'honorer
». Et puis, en préparation des expositions à Paris, au Japon et une contribution picturale pour célébrer le cinquantième anniversaire de l'Indépendance du Maroc. Artiste comblé, Mehdi Qotbi avoue vivre tous les bonheurs dans son pays d'origine et en France où il se pose comme un ardent défenseur de ses intérêts, un militant acharné de l'amitié franco-marocaine. «Si je fais cela et si je le fais aussi bien, c'est parce que l'image du Maroc est meilleure aujourd'hui et tout cela on le doit à S.M. et aux réformes qu'il a initiées», insiste le peintre qui veut toujours, comme il le souligne «partager et donner ce qu'il a eu la chance de recevoir, quand il en avait besoin
» L'exposition du Château de Tours se poursuivra jusqu'au 3 juillet.
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