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Solo Soro «Notre continent se raconte de façon orale et musicale»
Fouzia Marouf Le Soir Echos : 02 - 09 - 2010

Comment êtes-vous arrivé sur les ondes?
J'ai débuté à la radio en Côte d'Ivoire, mon pays, où j'ai toujours exercé ce métier. Après l'obtention de mon baccalauréat, j'ai suivi deux années de formation au studio école de la Radio-Télévision Ivoirienne (RTI) puis deux ans de plus à l'Institut national de l'audiovisuel de Paris (INA) A mon retour , en 1984, les signes de la première crise économique des matières premières en Afrique se sont fait sentir, en particulier en Côte d'Ivoire avec le café et le cacao, principales sources de revenus. Les caisses de l'Etat étaient par conséquent, vides et j'ai commencé à la radio dans un contexte dénué de moyens. Je m'occupais des reportages, de la réalisation, du montage et de la production de mes émissions! Cela a vraiment été formateur. J'ai animé plusieurs programmes musicaux dans le courant des années 80. J'aimais défricher de jeunes talents, que je découvrais dans les centres culturels de quartiers.
Vous êtes ensuite devenu l'animateur -vedette du « Grognon », émission qui dénonçait les abus du pouvoir –en particulier ceux des fonctionnaires dans l'administration…
En 1989, ma chronique « le grognon », qui correspond alors à une charge dénonçant l'apathie et -l'inefficacité de certains pouvoirs publics, au milieu d'un magazine musical, devient une émission quotidienne, tant elle fait l'unanimité des auditeurs. C'est un programme qui avait permis la construction d'un centre de formation au métier de la construction métallique au pays, suite à la lecture de la lettre d'un jeune garçon, diffusée sur les ondes s'adressant au président de la république de l'époque, pour lui faire part de sa demande. Les auditeurs appelaient et témoignaient du racket des policiers, des notes de complaisance distribuées au moment du bac, voire -ce n'est arrivé qu'une fois- contre Félix Houphouet Boigny !!! (autant dire Dieu le père…). Il fallait du doigté pour gérer ce genre de situation, car le Grognon n'avait pas de standard filtrant les appels, et les auditeurs déboulaient directement sur l'antenne pour grogner ! Des sous-officiers appelaient même pour grogner contre leurs supérieurs…
Comment êtes-vous passé du « Grognon » à «
L' Afrique enchantée », émission que vous animez aujourd'hui sur France Inter?
A force de laisser grogner les gens et d'interpeler les ministres responsables, je ne me suis pas fait que des amis. Le 19 septembre 2002, la guerre éclate. Les rebelles prennent le Nord. Lorsque je me présente à la radio : sur la porte, une liste de noms, en grande majorité à consonance nordique, est épinglée. J'y trouve le mien, on me demande de ne plus me présenter à la radio jusqu'à nouvel ordre. Les escadrons de la mort tuent deux membres de ma famille lors l'enterrement de ma tante, en plein cimetière de Williamsville, en banlieue d'Abidjan. J'ai demandé l'asile politique en France où je me suis installé en 2003. A Paris, avec mon ami Vladimir Cagnalori, nous avons écrit « L 'Afrique enchantée », afin de dire en musique ses aspects positifs plutôt que de parler de dictature, de pauvreté, de prévarication. Notre continent se raconte de plus, de façon orale et musicale.
Que vous inspire ce 50ème anniversaire d'indépendance des Afriques?
Un constat d'échec. L'Afrique est toujours dépendante de la France. Nos matières premières sont exploitées par des entreprises étrangères. Tant qu'un pays ne contrôle pas son économie, il ne peut pas contrôler son pays tout court.
Avez-vous un message à adresser aux Marocains?
Comme on dit chez moi « Si tu sais d'où tu viens, tu sais où tu vas ».Préservez votre culture si riche et si forte comme vous savez le faire à travers l'architecture, la musique, l'expression de la création et cultivez-la. Ouvrez-vous à l'Afrique subsaharienne pour participer à la mondialisation avec dignité.


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