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«Copie conforme» Magistrale d'originalité
Copie conforme», tourné en Toscane, hors du pays du cinéaste iranien, Abbas Kiarotami, une première, est un incessant questionnement entre les jeux de la séduction, stratégiques, calculateurs, et la tragicomédie du mariage, à travers les gages d'affection d'une femme aux prises avec la frustration, face à l'autre. Qui n'est autre qu'un homme, trop souvent absent, un homme très occupé, un brin narcissique. Face à cet homme et cette femme, dont on ignore les noms, Kiarostami multiplie les doutes, les malentendus, les apparences et les faux-semblants. S'agit-il d'un couple? La métaphore prends sens dès la première séquence: une femme, française, perdue, accompagnée de son fils, un adolescent qui lui tape sur les nerfs, assiste à la conférence donnée par un critique d'art arrogant et distant. Elle l'invite à visiter sa galerie, puis l'invite à parcourir les environs de cette Italie, débordante de beauté, dans sa voiture. Et lui demande, ensuite, de dédicacer les exemplaires des livres qu'elle a achetés pour elle et ses amis. Faisant presque figure de groupie, alors que les questions qu'elle lui pose sur la valeur de l'original et la copie d'une œuvre, thème de son livre, sont pertinentes. A partir de ce moment, le cinéaste marque ses intentions: distiller le trouble dans notre esprit. Au fil de cette ballade en voiture, inscrite dans la lenteur de leur échange, la femme se livre trop face à cet inconnu, qui affiche une évidente froideur, toujours, chevillée au propos de son livre. Durant près d'une demi-heure, le doute plane. S'agit-il de protagonistes qui se sont déjà rencontrés? Ont-ils eu une idylle? La femme cherche-elle à reconquérir son amant? Difficile de répondre, tant la noria de confusion entre le vrai et le faux, prend sa mesure face à l'écran. Ils sont à présent arrivés à Lucignano, en Toscane, lieu réputé pour célébrer des mariages, autre jalon d'un souvenir entre eux? La scène qui suit est un baume pour les femmes mariées, surtout en fin ou en bout de parcours. A revoir, les nuits où les époux tardent à rentrer ou sont absents, en affaires, en voyage, brefs, tenus à distance. Une vieille serveuse de café, qui les prend pour «un beau couple», et discute en italien avec elle depuis un moment, murmure quelque chose à l'oreille de la femme. Des mots que l'on ignore, une scène qui pourrait rappeler celle du film «Lost in translation», de Sofia Coppola. «Il a fait de vous une femme mariée», le plus important selon la brave femme… Le rideau tombe enfin, à l'issue de l'échange en langue anglaise et française, le «vous» français tutoyant le «you», anglais. C'est une conversation avec le fils, qui signe le malentendu, «c'est bien le portrait de son père!» L'actrice Juliette Binoche est bien l'épouse de William Shimell, à qui elle s'adresse, comme tel… Cet époux indigne, qui n'est plus l'homme amoureux, qui avait prêté serment de la protéger, quelques années plus tôt, à Lucignano. Le film qui se déroule est encore celui de la femme, en demande de complicité, amoureuse de son homme, qui devrait être un bon père et un mari qui se souvient de leur anniversaire de mariage. Entre doute, force illusoire de l'image, rapports homme femmes complexes, «Copie conforme», est bien une œuvre originale. Fidèle aux éléments, propres au réalisateur iranien, la voiture, moyen de transport que l'on retrouve dans d'autres films, et la citation d'un poème perse, cher à Kiarostami, ponctuant souvent ses œuvres.
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