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Décès de Mohamed Abed Al Jabri, symbole de la pensée arabe contemporaine : L'USFP déplore la perte d'un grand penseur engagé
Publié dans Libération le 04 - 05 - 2010

La nouvelle est tombée hier comme une foudre sur le milieu intellectuel arabe et marocain en particulier. Mohamed Abed Al Jabri est décédé, lundi à Casablanca, à l'âge de 75 ans. « Une perte irremplaçable », s'accordent à dire penseurs, écrivains, politologues, idéologues, universitaires, journalistes. Mohamed Abdel Al Jabri fut tout cela. De mémoire d'universitaire, on retient que son livre culte « Nous et la tradition » a été et restera à tout jamais une référence intellectuelle de premier plan. Les enseignants de philosophie recommandaient vivement la lecture de cet ouvrage-type, à juste titre d'ailleurs. Se revendiquant de la pensée d'Averroès, Mohamed Abed Al Jabri opère une rupture avec une pensée orientale « mystique » et « illuministe » incarnée par Avicenne (980-1037) et prend en revanche parti en faveur d'un rationalisme andalou médiéval personnifié et développé par Ibn Rochd (1126-1169) dans son célèbre ouvrage « Le Traité décisif ». Cet ouvrage constitue donc une étape-clé dans la pensée philosophique de Mohamed Abed Al Jabri, basée sur « la Critique de la pensée arabe » et sur le culte de la pensée rochdienne selon laquelle la Raison et l'Islam ne se contredisent pas, tirant du Saint-Coran l'argument en béton que constitue ce verset « Tirez enseignement, ô vous qui êtes dotés d'intelligence ».
En reconnaissance de quoi, M. Al Jabri reçoit en 2008 le prestigieux Prix de la pensée libre.
Grâce à Mohamed Abed Al Jabri, une ligne de démarcation a été tracée entre deux blocs de pensée : un Orient porté plutôt sur le mysticisme et un Occident musulman acquis plutôt à la Raison.
Au-delà de la pensée philosophique, Mohamed Abed Al Jabri établit sa réputation sur un grand militantisme politique. « Il constitue le bel exemple de ce que doit être un intellectuel organique en prise sur la réalité politique de la société où il vit », relève l'ancien président de l'Union des écrivains du Maroc (UEM). Ancien membre actif de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), le défunt Al Jabri a le mérite d'avoir participé à l'élaboration de la plateforme politique du premier parti socialiste au Maroc. Ex-membre du Bureau politique du parti de la Rose, il a alimenté le parti en idées modernistes, progressistes, le mettant en phase avec l'évolution de la pensée socialiste contemporaine. « Mohamed Abed Al Jabri a été de tous les combats politiques et intellectuels pour que le Marocain reconquière sa citoyenneté et pour que la société s'émancipe », témoigne son collègue et néanmoins grand ami Habib El Malki.
« En tant que politique, le défunt est l'un des rares à avoir légué une impressionnante production éditoriale », fait valoir Abdeddine Hamrouch, écrivain. « Peu de politiques se sont intéressés à l'écriture de leurs mémoires politiques, ou d'analyses de l'évolution politique du Maroc moderne », relève le même écrivain.
Mais passons, car en dehors de ces casquettes, Mohamed Abed Al Jabri s'est démarqué également par un long et néanmoins original parcours universitaire. Le défunt a eu le mérite d'avoir instruit et éduqué des générations d'étudiants à l'amour de la philosophie. « Sa démarche, son mode de vie, son rapport à l'environnement, n'ont jamais échappé aux exigences de la Raison, à une rationalité qui poussait à l'oubli de soi pour rester soi-même », résume Habib El Malki, qui déplore avec la fine fleur de l'intelligentsia marocain « la perte d'une sommité » de la pensée arabe contemporaine.
L'universitaire
Spécialiste de la pensée du monde arabe et musulman, Mohamed Abed El Jabri fut un grand universitaire dont les travaux éclairaient nombre de chercheurs et étudiants.
Respecté et considéré par ses pairs comme une référence en son domaine, l'éminent penseur marocain enseignait l'épistémologie et la philosophie à la Faculté des lettres de l'Université Mohammed V à Rabat, depuis près d'un demi-siècle. Une discipline dans laquelle il excellait et dont il s'était fait le devoir de transmettre son immense savoir aux autres, notamment aux étudiants qui appréciaient la grande richesse de ses travaux.
C'est en tant qu'instituteur que ce grand intellectuel embrasse la carrière d'enseignant. Parallèlement à sa profession, il suit ses études supérieures au Maroc. En 1958, Mohammed Abed Al Jabri étudie la philosophie à l'Université de Damas en Syrie. Il étudie aussi à Paris et à Fouchena (1960, Tunis).
C'est à partir de 1967 que l'éminent professeur de philosophie commence à enseigner la philosophie à l'Université Mohammed V à Rabat. S'ensuit alors une longue et très riche carrière d'enseignant jalonnée de nombreux projets intellectuels portant sur la critique de la raison arabe et de la pensée moderne. Et dont on retiendra à titre d'exemple : outre la "Critique de la Raison arabe" (publié en quatre volumes), de nombreux essais sur Averroès, Ibn Khaldoun et la pensée arabe en général. Des travaux marqués du sceau de la critique dont il usait à la fois comme méthodologie et comme esprit.
Le défunt s'est aussi distingué dans la presse en tant que rédacteur en chef de la revue "Fikr wa Naqd" (Pensée et Critique), spécialisée dans la recherche dans les domaines de la philosophie, de la littérature et des sciences humaines et sociales. Si El Jabri, l'homme et le militant, nous a quittés, l'esprit philosophique jabrien restera vivace et pérenne.
« L'homme de l'Ijtihad moderne »
«Mohamed Abed Al Jabri restera un grand intellectuel habité par la raison. Sa démarche, son mode de vie, ses rapports à l'environnement, n'ont jamais échappé aux exigences de la raison, à une rationalité qui poussait à l'oubli de soi pour rester soi-même. Pétri d'une culture philosophique profonde, il tentait en permanence de pousser le plus loin possible les limites de la connaissance sans verser dans l'absurde en tant que mode de connaissance. Sa préoccupation centrale, c'est la désaliénation de l'Homme, de le rendre sans tabous et maître de son destin. Il a été de tous les combats politiques et intellectuels pour que le Marocain reconquière sa citoyenneté et pour que la société s'émancipe. Ces dernières années, en tant qu'homme de raison, il a choisi la solitude des grands pour mieux mesurer la déraison du monde dans lequel nous vivons. En 2005, en commémorant l'Année internationale de la philosophie, en tant que responsable du département de l'Enseignement, il m'a fait l'amitié de venir assister à cette cérémonie. L'occasion était propice pour lui remettre un prix en hommage à ses œuvres et à son apport. Il m'a regardé avec ses yeux ombragés par des sourcils encombrants pour me dire : « Merci ». A mon tour, « merci, Abed Al Jabri, pour tout ce que tu as fait, ton legs intellectuel sera l'antidote contre l'oubli » ».
Habib El Malki


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