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De nombreux Istiqlaliens annoncent un vote sanction contre Abbas El Fassi : Le silence assourdissant du Conseil de la présidence du plus vieux parti marocain
Publié dans Libération le 15 - 09 - 2012

Semaine cruciale pour l'Istiqlal. Les militants du plus vieux parti marocain comptent les heures et croisent les doigts. Dimanche 23 septembre -et non pas le samedi 22 comme prévu pour cause de non disponibilité du palais de congrès de Skhirat- le conseil national va trancher et désignera le successeur d'Abbas El Fassi. Malgré le report, cet été, d'une élection qui s'annonçait déjà houleuse, la tension n'est pas descendue d'un cran. Les Istiqlaliens s'entre-déchirent, mettant à nu les divisions d'un parti qui a toujours fonctionné sur le mode de la zaouia et du mythe du zaïm incontesté. Les candidatures au poste de secrétaire général d'Abdelouahad Fassi, fils du père fondateur et de Hamid Chabat, le syndicaliste trublion, ont catalysé la crise istiqlalienne. « Le parti est aujourd'hui divisé en deux camps. Et la crise ne fait que commencer. Il faudra désormais gérer l'après-23 septembre. Difficile que l'Istiqlal en sorte indemne », prédit cet ancien ministre istiqlalien.
Dans les coulisses de cette formation politique qui n'avait jamais jusque-là lavé son linge sale en public et privilégié la cooptation d'un candidat consensuel à la compétition démocratique, on attend toujours le miracle politique. A une semaine d'un conseil national sous haute surveillance, ceux et celles de l'Istiqlal sont à l'affût d'une troisième voie et du candidat providentiel qui sauverait leur famille politique d'une scission annoncée. « Trop tard pour une troisième voie, estime ce parlementaire du parti de la Balance. Il y a deux candidatures. Les membres du conseil national devront élire leur prochain leader et choisir qui de Hamid Chabat ou Abdelouahad El Fassi occupera le poste de secrétaire général. C'est un exercice démocratique. Il est certes douloureux et ne manquera pas de provoquer des dégâts lourds sur le parti qui va traverser une forte zone de turbulences. Mais dans le même temps, les Istiqlaliens auront fait l'apprentissage du fonctionnement normal de la démocratie. Avec tout ce qui s'est passé, il n'y a plus désormais de sujets tabous à l'Istiqlal ! »
Un show made in « Chabat » dimanche à Rabat
Si toutes les critiques sont permises, les coups aussi. La chronique de la campagne des deux candidats lancés à corps perdu dans la course du leadership en témoigne. Dérapages, accusations, insultes : les deux Istiqlaliens ne se sont rien épargnés pour occuper le fauteuil de zaïm.
Et à quelques jours seulement d'un conseil national qui va sceller le destin de l'Istiqlal, les deux prétendants au poste de secrétaire général comptent leurs troupes, sollicitent appuis et soutiens, exhibent les derniers ralliements. Le dernier soutien en date, celui de la famille Qayouh au candidat Chabat, est volontiers présenté comme le ralliement de toute la région de Souss. Et demain dimanche 16 septembre, le meeting qu'organiste le patron de l'UGTM et candidat à la succession d'Abbas El Fassi a, selon tous les Istiqlaliens, valeur de test. 10.000 militants seraient attendus pour ce show made in « Chabat ». « Si Hamid Chabat réussit son coup, il fera officiellement figure de favori », soutient ce ténor du parti.
En attendant, seul le vote des membres du conseil national comptera dimanche 23 septembre. Si les deux camps ont réussi à mobiliser le corps électoral, toutes les surprises sont encore possibles. « Mais il ne faut pas perdre de vue que de nombreux Istiqlaliens vont voter Chabat par défaut et qu'on aura affaire à un vote sanction contre Abbas El Fassi », affirme cet Istiqlalien de la première heure, n'hésitant pas à dire tout haut ce que de nombreux militants pensent tout bas.
Trop tard pour une troisième voie ? Pas si sûr pour tous ces militants qui continuent d'espérer voir le conseil de la présidence, cette instance des Sages de l'Istiqlal, sortir de sa torpeur et de son silence. « Nous sommes nombreux à espérer que le conseil de la présidence va dépasser le gel de ses statuts et se prononcer avant dimanche prochain, c'est-à-dire avant la tenue du conseil national. Son silence est inexplicable. Seuls les membres du conseil de la présidence peuvent être aujourd'hui écoutés car ils ont valeur de force morale. Ils peuvent toujours se prononcer et éviter une tragédie au parti », conclut ce membre du comité exécutif de l'Istiqlal


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