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Les Marocains résidant en Europe au cœur d'une étude de BVA: Les paradoxes d'une communauté
Narjis Rerhaye Libération : 17 - 07 - 2009

Une première. Le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, CCME, a désormais une image précise et scientifique des perceptions et attitudes des Marocains d'Europe. Du vécu socio-culturel aux rapports avec leur pays de résidence et celui d'origine, un échantillon représentatif de MRE a été interviewé, par téléphone ou en face-à-face, au sujet de l'image que renvoie le Maroc, les changements, l'insertion, le retour... Des clichés tombent, des rêves s'effondrent et des paradoxes émergent. Si un tiers des Marocains d'ailleurs veulent vieillir dans le pays d'accueil, une importante majorité d'entre eux évoquent leurs difficiles conditions de vie dans ces mêmes pays.
C'est un célèbre institut de sondage français, BVA, qui a donc effectué une étude détaillée auprès de 3000 Marocains résidant à l'étranger. Les personnes sondées résident en Europe, et précisément dans les six pays traditionnels de l'émigration marocaine. Les équipes de BVA ont ainsi organisé des focus en France, en Espagne, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Et ce sont les Marocains et Marocaines de première et de deuxièmes générations -ils sont âgés de 18 à 35 ans- qui sont au cœur du sondage. Des Marocains et leurs enfants se sont donc livrés, parfois avec beaucoup de prudence, et il faut en retenir quelques enseignements parce qu'il est aujourd'hui scientifiquement acquis que l'image classique de l'émigré marocain a nettement changé. L'étude de BVA, présentée hier soir à Casablanca par Driss El Yazami, le président du CCME, démontre qu'il y a chez les Marocains d'Europe « une nette volonté d'ouverture sur l'extérieur et d'insertion durable dans les pays d'accueil ». L'enracinement est en cours d'autant que 78% des MRE sondés se déclarent naturalisés et 50% en voie de l'être alors que la quasi-majorité des parents, 95%, jugent « important » que leurs enfants parlent la langue du pays d'accueil. Autres pourcentages qui viennent confirmer une tendance lourde de l'insertion : 37% des MRE accèdent à la propriété aussi bien au Maroc qu'en pays de résidence et 13% déclarent posséder un commerce ou des intérêts dans une activité économique dans le pays d'accueil contre seulement 6% qui en possèdent au Maroc. La politique est ici un vecteur d'insertion. 55% des Marocains résidant à l'étranger disent s'intéresser à l'actualité politique du pays où ils vivent et 76% des 2èmes générations sont inscrits sur les listes électorales.
r Des liens familiaux qui tendent au sacré
Dans le même temps, cette insertion de plus en plus ancrée dans le temps et l'espace ne saurait faire occulter « un solide attachement aux liens socio-culturels avec le Maroc » que les sondeurs de BVA ont décelé. En fait, le Maroc est très présent dans les réponses des interviewés. D'une génération à l'autre, le maintien des liens familiaux est sacralisé, même si en Allemagne ce lien est moins fort. Il n'empêche que la fréquence de voyage au Maroc est loin d'être en baisse d'autant que 7 MRE sur 10 font le déplacement au moins une fois par an. Les liens financiers viennent consolider cette relation au pays. 6 MRE sur 10 apportent un soutien direct et individuel à leurs familles. A cela, il convient d'ajouter que 37% de ces Marocains d'ailleurs possèdent un bien immobilier dans le pays d'origine alors que 24% sont les heureux propriétaires de terres.
Le Maroc change et les Marocains du monde en ont de plus en plus conscience. Leur perception de la situation dans le pays d'origine est plutôt positive. « Les Marocains vivant en Europe et leurs enfants se disent globalement satisfaits tant au niveau des relations entre le Maroc et les MRE (66%), des droits des femmes (58%), de l'économie (58%) », révèle l'étude tout en soulignant qu'au niveau des droits de l'Homme, la perception des interviewés se fait plus mesurée : ils sont 54% à se dire « plutôt satisfaits » en la matière.
r Un sentiment de discrimination
Les attentes vis-à vis du Maroc se résument à deux grandes problématiques : la facilitation des allers et venues et l'accès à la culture et particulièrement l'apprentissage de la langue arabe. Les 2èmes générations -54% des sondés- sont encore plus directes et se plaignent « d'un manque de reconnaissance de la part des autorités et de la population ? C'est en France et aux Pays-Bas que ce sentiment est le plus exacerbé. La lutte contre la corruption et de manière générale la simplification des procédures administratives sont en tête du tableau des doléances des sondés.
Si le Maroc jouit d'une bonne image auprès des MRE, ce n'est pas exactement la même image positive qu'ils se renvoient d'eux-mêmes, constate l'étude de BVA. Explications. Alors que 78% des MRE pensent que le Maroc jouit d'une bonne image dans leur pays de résidence, ils ne sont plus qu'un sur deux à penser la même chose des Marocains résidant dans les 6 pays européens de l'émigration marocaine.
« Il y a une perception mitigée de la pleine acceptation des Marocains en Europe avec un sentiment de discrimination très inégal selon le domaine de vie sociale », peut-on lire dans l'étude qui relève que 40% de la population des MRE déclarent avoir connu une période de chômage au cours des trois dernières années. Les MRE d'Espagne, d'Italie et des Pays-Bas sont ceux les plus exposés au chômage. Des conditions sociales difficiles que confirme le type d'habitat occupé par les Marocains d'Europe. Plus d'un quart d'entre eux vivent « dans un logement social et à loyer modéré ».
Au fil des statistiques, le rêve de l'Eldorado et des lumières de l'Occident s'effondre. L'image de la réussite de l'autre côté de la rive est sérieusement écornée.
Et la réalité s'impose dans ses aspects les plus durs. Une grande majorité des MRE sondés par BVA estiment être confrontés à une discrimination importante pour l'accès au travail et au logement. Ce qui donne sérieusement à réfléchir.


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