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Coup d'envoi du Festival Cinéma et Migrations d'Agadir : Un espace de rencontres et d'échanges
M'BARK CHBANI Libération : 10 - 02 - 2010

C'est donc ce soir, au cinéma Rialto,que le rideau se lève sur la 7ème édition du Festival Cinéma et Migrations d'Agadir organisé par l'Association l'Initiative culturelle et placé sous la présidence de M.Mohammed Ameur, ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la communauté marocaine résidant à l'étranger.
En cette période de crise du cinéma au Maroc, et en particulier au niveau de la diffusion des films et de l'exploitation des salles et surtout les pertes sèches causées par le piratage, la production nationale, elle, connaissant une certaine dynamique grâce au soutien de l'Etat à travers le CCM, organiser un festival de cinéma et surtout dans une ville comme Agadir relève d'une gageure.
En ce mois de février où la ville d'Agadir s'apprête à célébrer le cinquantenaire du séisme qui l'avait entièrement détruite le 29 février 1960 à 23 h 40, on ne peut que regretter qu'une aussi belle salle que celle du cinéma Salam soit aujourd'hui fermée et qu'il ne reste plus en ville que deux salles en activité: le Rialto et le Sahara, mais pour combien de temps encore? C'est donc à cause de cela que le Festival est partagé entre le Rialto et l'amphithéâtre de la Chambre de commerce où auront lieu également les tables rondes. Chaque année, l'équipe de l'Association l'Initiative culturelle, organisatrice de ce Festival, est confrontée au même dilemme : Faut-il continuer dans des conditions pareilles ou vaudrait-il mieux tout abandonner? Et pourtant, malgré toutes les contraintes organisationnelles, le Festival est toujours là et fêtera cette année son septième anniversaire, ce qui est en soi un véritable exploit à Agadir où les événements culturels et artistiques arrivent difficilement à s'inscrire dans la durée.
Donc,ce soir, les festivaliers seront au rendez-vous avec la cérémonie d'ouverture, suivie de la projection du premier long métrage « Les barons » de Nabil Ben Yadir.
Cette année, les organisateurs ont programmé plusieurs nouveaux longs métrages traitant de la thématique du Festival : «L'absence » de Mama Keïta, « Battle » de Mohamed Ouachen (CCISA), « Un si beau voyage » de Khaled Ghorbal, « Norteado » (version originale) de Rigoberto Perezcano, « La grande villa » de Latif Lahlou, Bab el Oued et « Harragas » de Merzak Allouache au Rialto.
Le Festival présentera aussi un panorama de courts et longs-métrages qui seront projetés à la CCISA : «Les poupées en roseaux» (court-métrage) de Mohamed Baïdou, Tagat (long métrage) de Hussein Chkiri, «La bénédiction» (court métrage) et « Amagus » (long métrage) de Rachid El Hazmir.
Après avoir déployé de grands efforts, les organisateurs ont finalement réussi à avoir le film de Jacques Audiard : «Un prophète» (durée 2h35min). que l'on présentera au public du Festival le vendredi 12 février 2010 à 18h00 au Rialto, juste après «Le Coup de cœur » du réalisateur Mohamed Gsaïb et le court métrage « La marche des crabes » de Hafid Aboulahyane.
Les tables rondes programmées lors de cette édition auront lieu à la Chambre de commerce, d'industrie et de services d'Agadir (CCISA). Trois thèmes y seront débattus: L'adaptation cinématographique des romans maghrébins; la circulation culturelle intermaghrébine; la perception de l'émigration internationale par les jeunes. Ces tables rondes sont organisées en collaboration avec l'Observatoire régional des migrations (ORMES) de la Faculté des lettres et sciences humaines d'Agadir.
Et dans le cadre d'un partenariat entre le Festival et l'Université Ibn Zohr d'Agadir, un atelier de cinéma sera animé à la Faculté des lettres et des sciences humaines par le réalisateur marocain Mohamed Karrat au profit des étudiants.
Et pour que le cinéma aille aussi vers son public, même dans les endroits où il n'y a pas de salle obscure, la caravane cinématographique du CCM (Centre cinématographique marocain) projettera, en plein air, plusieurs films dans les quartiers périphériques du Grand Agadir.
Un grand rendez-vous artistique et culturel comme le Festival de cinéma d'Agadir est une grande occasion pour sensibiliser le public quant à l'acuité de certains problèmes d'ordre social. Aussi, conjuguant leurs efforts dans ce domaine, les Associations l'Initiative culturelle et Touche pas à mon enfant (TPAME) organiseront une soirée de sensibilisation avec à l'affiche de nombreux artistes marocains : Abdelali El Ghaoui, Rachid Berriah, Nezha Régragui, Abdelkader Motaâ, Mohamed Ater, Salaheddine Benmoussa, Souad Saber, Fitma Zahra Laroussi, Bachir Abdou, Najat Rajoui, Kodssi Yassine, Ammale Temmar, The Family, Abdelmjid Fennich, Stayle Souss, Mohamed Atifi, Fadila Benmoussa, Fatima Tihihite, Booder, Rachid Regragui, Youssef Sriti…Lors de cette soirée sera également projeté le court-métrage «Silence à haute voix» de Driss Idrissi.
Le coup de cœur des organisateurs sera pour le réalisateur marocain Mohamed Gsaïb. Ce sera donc pour le vendredi 12 février 2010 en fin d'après-midi.
La soirée de clôture, qui aura lieu le samedi 13 février 2010 au Rialto, sera marquée par deux temps forts : l'hommage à Naïma Elmcherqui et à Merzak Allouache. Pour Mohamed Ameur, ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la communauté marocaine résidant à l'étranger: «La migration a de tout temps été un sujet d'inspiration pour les créateurs du 7ème art. De Chaplin à Kazan et de Chahine à Perezcano, nombreux sont les réalisateurs qui ont abordé dans leurs œuvres le thème du déplacement à travers les frontières et l'espoir d'une vie meilleure qu'il suscite. Partant parfois de leur expérience personnelle, le plus souvent dans des circonstances assez pénibles, ces cinéastes ont laissé à la postérité des témoignages criants de vérité sur les affres du déracinement voulu ou subi par des millions de gens à travers le monde». Et d'ajouter : «Le cinéma de la migration n'a cependant pas uniquement une valeur testimoniale. Avec l'évolution du mouvement migratoire et l'émergence d'une certaine conscience collective chez les communautés expatriées, ce genre est sorti de son cadre anecdotique ou documentaire pour investir des champs plus vastes encore. De plus en plus militant et revendicatif, il est devenu le porte-parole d'une cause qui s'appuie sur la puissance du cinéma-média parmi les plus expressifs et les plus influents pour tenter de modeler ou remodeler les opinions dans leur manière de percevoir le phénomène migratoire. En temps de crise, comme celui que nous vivons actuellement, qui voit augmenter les souffrances des migrants et s'exacerber leur mal-vivre sur des terres qui ne cessent de devenir inhospitalières à leur égard,le cinéma peut leur apporter un soutien inespéré en aidant les gens à prendre conscience de leur vulnérabilité et de la précarité de leur condition». Et le ministre de conclure : «Cette dimension n'a sûrement pas échappé aux organisateurs de la 7ème édition du Festival Cinéma et Migration d'Agadir. Nous partageons avec eux l'idée que le cinéma a son utilité, à l'heure où se verrouillent les frontières et se durcissent les positions xénophobes, pour faire évoluer, positivement, le regard de l'humanité sur ce phénomène vieux comme le monde».


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