Le député USFP de Boujaâd, en se voyant confier un département aussi important que celui de l'agriculture va faire son &laqno;baptême du feu» dans l'action et la gestion gouvernementale. Economiste distingué de la formation de Me Youssoufi, il a veillé depuis des lustres à entretenir sa notoriété -et au passage, par ricochet, celle de son parti-, gérant avec soin la médiatisation de ses recherches universitaires et en en optimisant les retombées. Pareille obstination a en tout cas porté ses fruits: ne se voit-il pas confier le secrétaire général du CNJA, en 1990, pour commencer, puis d'autres &laqno; pantouflages » pas seulement honorifiques -direction du CMC, Conseil consultatif des droits de l'Homme, Académie du Royaume,...? Avec quelques autres de son parti, il a en somme préfiguré et milité pour l'achèvement de l'intégration institutionnelle et aujourd'hui gouvernementale de l'USFP. Ce qui lui vaudra quelques &laqno;grincements» dans son parti dans lequel il est membre de la commission administrative: par rivalité -les chapelles ne manquent pas non plus au sein de l'USFP- certains estiment, à tort ou à raison, que sa surcote médiatique cache mal sa sous-cote organique... Au fond, dans ce parti, il est l'un des responsables d'une ligne désormais &laqno;centriste» ou social-démocrate si l'on préfère: aux oubliettes, les imprécations de naguère contre le libéralisme et la bourgeoisie exploiteuse des masses populaires, au placard, les professions de foi autour d'un socialisme planificateur volontiers présent comme la seule &laqno;alternative» à la crise; voici venu le temps d'une démarche seulement réformatrice encore imprégnée des oripeaux d'une culture économique étatiste. En se frottant au réel -en particulier dans le cadre du CNJ-, Habib El Malki a pu mesurer la difficulté du &laqno;mal marocain» qu'évacuait allègrement toute une vulgate de son parti: le poids de l'inertie, les résistances de l'administration, les lenteurs et les blocages du travail gouvernemental. Il sait que le projet messianique de son parti de &laqno;changer la société» n'est plus qu'une curiosité idéologique qu'il faut remiser dans l'histoire des idées politiques contemporaines, tant au dedans qu'au dehors. À la tête d'un département ministériel comme l'agriculture qui contribue à la formation de quelque 18% du PIB, il aura sans doute à coeur de mieux resituer ce secteur dans le développement économique national. Mais que faire? Et par quoi commencer, à part prier tous les matins pour des pluies tant attendues ces semaines-ci? Les chantiers structurels ne manquent pas. Arrivera-t-il à élaborer une politique foncière novatrice adaptée à la multiplicité des régimes juridiques de la terre ? Donnera-t-il la priorité à un fond de développement rural pour financer les opérations d'infrastructure et d'équipement ? Infléchira-t-il d'une manière significative le système actuel du Crédit agricole dans le sens d'une véritable décentralisation et d'une autonomie régionale, voire locale? Oeuvrera-t-il à la rationalisation de la politique d'irrigation et d'utilisation de l'eau? Assainira-t-il la politique commerciale en donnant plus d'efficacité aux circuits intérieurs parasites par des intermédiaires rentiers? Vaste programme, on le voit bien! Au fond, il s'agit de l'élaboration et de la mise en oeuvre d'une véritable stratégie de promotion du monde rural -dont une bonne partie n'a pas bénéficié équitablement des fruits du développement devant conduire à terme à l'autosuffisance alimentaire pour les produits de grande consommation comme le blé tendre et le riz,... Pas seulement: il importe aussi de se préparer, d'une manière appropriée, aux conséquences de la libéralisation, et ce tant par des mesures immédiates qu'à moyen terme. La mise en place d'une véritable filière céréalière qui fournit plus de 3% PIB est évidemment l'une des priorités de l'heure. Il ne s'agira pas de &laqno; gérer » des compromis avec les uns et les autres pour ne pas faire de vagues mais de dégager les lignes de force d'une nouvelle culture de partenariat avec les producteurs et les opérateurs où le ministère de l'agriculture doit comprendre qu'il est au service de ceux qui travaillent... Traditionnellement, les socialistes sont réputés mal connaître le monde agricole. Babib El Malki aura certainement à coeur de faire la preuve que ce n'est qu'une idée reçu.