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Publié dans MarocHebdo le 12 - 03 - 1999

Le tribunal des femmes met en procès le divorce et ses conséquences sur la famille
LE DIVORCE EPUISE LES ENFANTS
Saïd Saâdi
Depuis 1996, l'Union de l'action féminine organise un tribunal symbolique qui est le théâtre de témoignages véridiques qui font défiler des femmes divorcées vivant des situations dramatiques. Ce 4ème tribunal, qui s'est déroulé le samedi 6 mars au Complexe culturel de Maârif était l'occasion pour le déroulement du procès du phénomène des enfants de rue, victimes du divorce.
"Je suis un policier assez particulier, je suis intouchable". C'est le refrain que l'ex-mari de F., lui susurrait à chaque fois qu'elle voulait le traduire en justice. Malgré son emploi d'institutrice, F., 26 ans est une jeune femme brisée, sans ressources. Une femme qui se sent victime de tout un système. Refoulée du foyer conjugal, elle et son enfant asthmatique, par une glaciale nuit de l'hiver, F. est livrée à elle-même. Jusqu'à ce jour, elle n'arrive pas à comprendre ce qui lui arrive. Son bourreau d'ex-mari a décidé. Il a décidé de tout lui ôter. Il a décidé de mettre fin à leur union. Comme un vampire, il lui a volé son énergie. Il lui a ravi tout son bien. Sans explications, sans raisons. "Parce que c'est lui l'homme Il en a marre de vivre avec moi et avec sa fille". Pire encore, Ce mari, qui est policier de métier exploite son autorité pour jouer son rôle de macho à la perfection. Dans le tribunal de Kénitra, il a, comme on dit le bras long. F est sidérée. Elle vit dans un cauchemar d'où personne ne cherche à la tirer. C'est absurde. Avec son salaire de 2500 Dh, F., instutrice n'arrive pas à vivre. Plus de la moitié du salaire, c'est à dire 1500 dirhams, sont destinés à payer les traites du CIH, pour la maison que le couple a acheté. Noir sur blanc, F. a droit à 50% de la maison. Mais, dans la réalité, les choses se présentent autrement. Privée de tout à cause de l'intransigeance du mari, un "policier d'un genre particulier", F. s'est vue obligée de louer une chambre de bonne à 750 Dh. Avec les 250 Dh qui lui restent, elle paie la carte du bus et ne lui reste rien pour subvenir aux besoins de son enfant. Seuls quelques bienfaiteurs lui refilent un peu d'argent de temps à autre pour survivre. Son enfant asthmatique, est soignée bénévolement chez un spécialiste à Rabat À la fin de ce témoignage, F. n'a pu réprimer ses sanglots C'est une femme profondément atteinte. Un silence pèse sur la salle.
C'était l'un des moments forts de ce quatrième tribunal des femmes qui s'est déroulé sous le thème du Procès de phénomène des enfants de rue, victimes du divorce. Ainsi, des femmes et des enfants victimes du divorce se sont succédé sur la scène du tribunal symbolique ce samedi 6 mars. Ils ont tous témoigné de la vie douloureuse et difficile qu'ils endurent. Les plus atteintes sont ces femmes, mariées très jeunes, analphabètes, sans aucune qualification, et qui se sont vues obligées de traîner avec elles des enfants en bas âge, auxquels elles ne peuvent garantir une vie saine et sans problèmes.
Détresse
Ce qui a encore plus marqué l'assistance, ce sont ces enfants qui ont vécu dans la rue pendant des années. Leur histoire est la même. Un père alcoolique à la progéniture nombreuse qui claque un jour la porte sans donner signe de vie. Ou bien un père sans conscience qui répudie sa femme et ne reconnaît même pas ses enfants.
Le plus cocasse dans ces témoignages était l'histoire de cet homme qui a quitté son travail à la base aérienne de Khouribga après 16 ans de service. Motif: refus de payer la pension alimentaire à ses trois enfants! Chaque témoignage révélait la vérité douloureuse et pénible que nous vivons chaque jour. Car le problème de ces femmes divorcées et de ces enfants se trouvant un beau jour dans la rue, c'est le problème de tout le monde.
La salle du complexe culturel de Maârif était comble ce samedi 6 mars. L'événement était de taille à la veille du 8 mars, journée mondiale des femmes. Tout le monde s'est accordé à dire que la présence des hommes était remarquable et remarquée. Des femmes et des enfants qui passaient par la rue piétonnière de Jura à Maârif se sont dirigés, curiosité oblige, vers le Complexe culturel de Maârif. À l'ouverture de ce 4ème tribunal, Saïd Saâdi, Secrétaire d'Etat chargée de la Famille et de l'Enfance, Abdellah Cherkaoui, président de la Commune de Maârif, Mustapha Denial, directeur de l'Observatoire de l'enfant, Aïcha Nassiri, juge et présidente de ce tribunal, Latifa Jbabdi, présidente de l'Union de l'action féminine, ont tous prononcé une allocution pour souligner les efforts qui restent à faire pour aider les femmes divorcées à mener une vie digne et indépendante. Les premières et inconsolables victimes du divorce ne sont autres que les enfants. Ils paient ainsi de leur avenir et de leur équilibre psychologique un mariage qui n'a pas abouti
Le constat est amer. Les mots ont quelques fois manqué aux intervenants pour exprimer leur volonté de faire quelque chose pour venir à l'aide à des femmes et à des enfants en détresse.
"Il est vraiment illogique de voir des hommes décider à eux seuls du divorce, alors que la première fois, il fallait la présence des deux époux pour le contrat du mariage", déclare Aïcha Nassiri. Ce juge, présidente de ce 4ème tribunal a longtemps milité par ses propres moyens pour défendre les femmes faibles. Elle a ainsi pu plaider en faveur de femmes et leur progéniture pour qu'ils ne quittent pas le foyer conjugal. Elle s'est longtemps indignée de la mentalité qui sévit chez certains époux qui chassent l'épouse et les enfants comme s'il s'est agi d'un produit de consommation "jetable" qui s'est périmé après usage.
Indignation
Autre problème très préoccupant auquel s'est attaqué ce 4ème tribunal. Celui de la pension alimentaire que la majorité des maris ne versent ni à leur ex-femme, ni à leurs enfants après le divorce. Lors de ce 4ème tribunal, nombre d'intervenants ont souligné que le problème de la pension alimentaire ne se pose pas seulement entre divorcés. Ainsi, et pendant même la vie conjugale, des requêtes de pensions alimentaires sont faites. Mais, l'épouse se trouve devant un dilemme. Comment prouver au juge d'instruction, le jour de l'audience, que son mari ne subvient pas aux besoins de sa famille, car il est présumé que le mari prend effectivement en charge sa famille. En cas d'abandon du foyer conjugal par l'époux, la femme doit également produire la preuve de cette absence. Et en dernier lieu, les jugements prononcés ordonnent au mari de prêter serment, ce qu'il fait, sans vergogne, pour éviter le versement de la pension alimentaire.
Insuffisances
Après le divorce, c'est la femme toute seule qui doit faire front à de nombreuses difficultés. Fournir les preuves du revenu du mari. Et même en cas de versement de cette pension, celle-ci est tellement dérisoire qu'elle ne peut subvenir aux besoins de l'enfant (loyer, nourriture, scolarisation, soins médicaux, habillements, loisirs).
Le législateur ne tranche pas rapidement dans ces cas. Ainsi, la procédure est lente en dépit de l'urgence de son caractère. Ajouter à cela la complexité des moyens d'exécution et de contrainte.
Toutes ces difficultés et ces lenteurs rendent complexes la tâche des divorcées qui finissent par renoncer à leurs enfants et ne réclament plus leurs droits.C'est le dégoût total ! Ce 4ème tribunal a ainsi pour but de lutter contre ces phénomènes et militer pour la réforme de l'actuelle législation concernant les pensions alimentaires. La dernière réforme du code de statut personnel et successoral date de 1993. Mais cette réforme n'a pas modifié les rapports hiérarchiques existant entre l'homme et la femme. Elle a également maintenu la possibilité pour le mari de répudier son épouse en l'entourant de quelques garanties tout à fait formelles. Ces textes de loi doivent être revus pour épargner à des enfants la rue et le vagabondage et leur garantir une vie digne.
Les bonnes intentions étaient manifestes pendant ce 4 ème tribunal. Mais est-ce suffisant?