La saga des stars du dessin animé Pokémon continue L'effigie qui fait rage À la veille de Achoura, la ruée des enfants sur les objets à l'effigie des stars du dessin animé «Pokémon» atteint des summums. Entré au Maroc au milieu de l'année dernière, ce phénomène universel s'y est propagé comme une traînée de poudre. Voyage dans un univers virtuel qui fait la fortune très réelle des concepteurs japonais. Le Pokémon compte actuellement 150 personnages et, ce nombre est appelé à doubler. Il est 6 heures du matin. Pour Bouchra, une institutrice mère de deux enfants, ce n'est pas encore l'heure du réveil, mais depuis près de trois mois les horaires ont changé. Ses enfants Ahmed et Diyaâ se lèvent à cette heure matinale pour suivre les péripéties animées des Pokémon sur la chaîne satellite MBC (Middle East Broadcast Channel). Bouchra, de son côté, doit préparer le petit-déjeuner et les cartables des enfants. «Au début cela m'a un peu gênée, mais je m'y suis habituée. Parfois, il m'arrive de suivre des épisodes avec eux et je trouve au moins ces dessins animés non violents», déclare Bouchra. Le cas de Bouchra, vécu dans la sérénité est moins douloureux que celui de Latifa. «Nous avons un fille unique qui est une fan des Pokémon et nous dépensons en moyenne entre 30 et 100 dirhams par semaine pour acheter des masques, des cartes et des vêtements signés pokémon. Et si nous avons le malheur de refuser, elle éclate en sanglots», affirme-t-elle. Fidélité Les usines d'habillement, de jouets et les imprimeries qui ont trouvé là un filon inépuisable, du moins pour un long moment, produisent à tour de bras. Le marché est actuellement inondé de produits dérivés. Masques, poupées, ballons, pogs (des médaillons des personnages du Pokémon), pokédex (un recueil des cartes des héros) sont devenus prisés par les commerçants qui trouvent là un produit porteur. Le Pokémon est initialement un jeu conçu par un jeune informaticien japonais de 25 ans de la firme Nintendo dénommé Satoshi Tajiri. Existant sur la console de jeu Gameboy à partir de 1997, il ne tarde pas à devenir une série télévisée en septembre 1999. Le principe du jeu est simple. Il faut rechercher les Pokémon, les dresser à affronter des rivaux avec des personnages aux pouvoirs surnaturels. Les personnages les plus «sympathiques» sont Sacha, un petit garçon de 10 ans qui parcourt le monde en quête de pokémons pour devenir maître-Pokémon et Pikachu, un Pokémon lui-même ami fidèle de Sacha. À ce propos, Rachid, un jeune cadre raconte une histoire hilarante. «J'attendais le train à la gare quand j'ai vu deux gamins traverser la voie ferrée tout en inspectant les coins et les recoins. Arrivé à ma hauteur, l'un d'entre eux a demandé à son compagnon qui était en train de fouiller un buisson s'il avait trouvé un Pokémon», certifie-t-il. Dans l'imaginaire des enfants, la frontière entre le réel et le mythique est ténue. Le Pokémon compte actuellement 150 personnages et, selon des sites web spécialisés, ce nombre est appelé à doubler. En effet, en 2001 sortira «Pokémon or et argent» sur la console de jeux Gameboy color, avec environ 200 figures supplémentaires. Les parents qui croient avoir affaire à un engouement de courte durée devront s'accommoder du phénomène Pokémon qui va prendre encore ses quartiers pour une année, sinon plus, dans l'imaginaire de leurs enfants. Il vaudra mieux faire contre mauvaise fortune bon cur. Anthologie de Omar Mounir sur Ben Brahim, poète marocain maudit UN POÈTE CHEZ LES HOMMES Ecrire sur un poète maudit est un acte courageux, il demande de l'auteur de la passion et de la distance à la fois. Le Poète de Marrakech souffrira-t-il éternellement d'avoir courtisé le Pacha El Glaoui? Omar Mounir qui nous présente El Houari Mohamed Ben Brahim Assarraj, a simplement été un courtisan, bien que Abdelkrim Ghallab aurait noté, selon lui, que le Poète avait écrit 30 poèmes à la gloire du Pacha de Marrakech, qui a pactisé avec les autorités coloniales contre dix seulement sur le roi Mohammed V. Calcul d'apothicaire, Abdel-krim Ghallab lui-même reconnaît que Ben Brahim, le poète, a simplement prêté allégeance au prince le plus fort du moment. Omar Mounir aime le poète de Marrakech, il écrit : "Individu inclassable, inconstant en qui les nationalistes voyaient un traître et les Français un nationaliste, l'homme de la rue le voyait âlim, les oulamas le voyaient voyou". L'homme qui vit le jour à Marrakech où il vécut pendant la première partie du XXème siècle, était originaire de Houara dans le sud marocain, il avait donc toutes les chances d'être un Berbère. Un Berbère qu'il compare à Verlaine et à Rimbaud, aussi maudit et dissolu qu'eux. Et aussi génial. D'origine très modeste, il put faire de brillantes et longues études, avant de devenir, pour une brève période, professeur d'université puis journaliste. Omar Mounir a écrit cette anthologie pour en faire la première à franchir les rives de la Méditerranée pour le présenter au public français et francophone. Elle n'est pas qu'un aperçu sur sa vie et son uvre, mais un regard sur cette vie, un témoignage et un présent de saveurs et de parfums. Les saveurs et les parfums d'une poésie exceptionnelle, essence d'un être hors du commun. o A.S. Le Poète de Marrakech, Omar Mounir. Editions La Porte. Rabat, 2001.