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My M'hamed El Khalifa, ancien ministre,
membre du Comité exécutif de l'Istiqlal "Driss Jettou et Abbas El Fassi m'ont assassiné"
Publié dans MarocHebdo le 04 - 02 - 2005


My M'hamed El Khalifa, ancien ministre,
membre du Comité exécutif de l'Istiqlal
"Driss Jettou et Abbas El Fassi m'ont assassiné"
C'est connu, M'hamed El Khalifa n'a pas sa langue dans sa poche. Ses interventions à la tribune du Parlement, du temps où il était chef du groupe de l'Istiqlal dans l'opposition, ont fait date. Utilisant sa maestria professionnelle du barreau, il donnait la pleine mesure de ses facultés oratoires. Depuis l'avènement du gouvernement de l'alternance, en 1998, M'hamed El Khalifa n'en finit pas d'en découdre avec son parti et avec d'autres formations concernées. Ministre, il voulait l'être presque de droit, par une légitimité qu'il estime sienne. Ministre, il l'a été, mais difficilement, dans le deuxième gouvernement Youssoufi, en 2000, au département de la Fonction publique; puis dans le premier cabinet Jettou, en 2002, pour le secteur de l'Artisanat; avant d'être débarqué. Il ne l'a pas admis.
Quand on remet son itinéraire ministériel en question maître Khalifa se rebiffe. Il en a la verve et l'audace politique.
My M'hamed El Khalifa
• Maroc Hebdo International : Votre entrée, en 2000, tout comme votre sortie du gouvernement, en 2004, ont fait l'objet de beaucoup de spéculation, qu'en est-il au juste?
- M. El Khalifa : En 1998, quand le gouvernement de l'alternance a vu le jour, sous la présidence de Abderhmane Youssoufi, les acteurs et les observateurs politiques, et surtout les militants du parti Istiqlal se sont posé la question: pourquoi, moi, je n'y étais pas ? Certains avaient même parlé de tentative de meurtre, politique, bien sûr, de M'hamed El Khalifa.
Mon entrée au gouvernement de l'alternance, dans sa seconde version, était considérée comme justice rendue par le nouveau règne au parcours d'un militant, et les militants du parti l'ont hautement valorisée. Mon éviction du gouvernement de M. Jettou n'a pas été comprise de tout le monde; et surtout pas des militants. Je dois dire que les militants du parti n'ont pas digéré cette mise à l'écart, que je considère comme étant une erreur fatale.
• MHI : La viabilité du gouvernement dépendrait donc de votre présence en tant que ministre ?
- M. El Khalifa : Pas du tout, une formation gouvernementale n'a point impérieusement besoin de quiconque pour sa viabilité. Bien plus, ce n'est pas ma personne qui était en jeu, mais ma stature politique en tant que dirigeant istiqlalien. L'erreur en question est le fait de l'architecte du remaniement du gouvernement, qui a opéré un changement de fond, en laissant croire qu'il s'agissait plutôt d'une intervention à des fins purement esthétiques.
Abbes El Fassi et M'hamed El Khalifa.
• MHI: Immédiatement après votre sortie du gouvernement, vous aviez déclaré, au sein du comité central de votre parti, que vous étiez la cible et la victime de conspiration ; qui vous en voulait et dans quels buts ?
- M. El Khalifa : Je le confirme. Effectivement, j'étais le point de mire du Premier ministre, depuis la publication des décrets d'attribution de compétences dans le département ministériel qui m'a été confié et jusqu'à la dernière réunion que j'avais eue avec lui à la primature le vendredi d'avant le remaniement.
J'ai, en effet, souffert de l'absence de soutien réel et effectif de la part du Premier ministre dans les efforts que je déployais au sein de mon ministère pour dépasser la situation critique où je l'ai trouvé en raison notamment des opérations d'audit dont il était l'objet à l'initiative de mon prédécesseur. Les soutiens promis dans tous les dossiers dont j'avais saisi le Premier ministre étaient vains.
S'agissant du complot, et je l'ai toujours dit, il était le fait du secrétaire général de l'Istiqlal qui, par son attitude, a agravé mon différend avec le Premier ministre.
Driss Jettou, adoubé chef de la majorité.
• MHI : C'est donc pour cela qu'on vous a débarqué du gouvernement?
- M. El Khalifa : Oui, c'était le résultat de la conjugaison de deux volontés, l'une me prenait pour cible et l'autre conspirait.
Et, parce que j'étais tout à fait transparent, je tenais le secrétaire général du parti régulièrement informé de tous les faits et actes qui démontraient que j'étais visé. Je lui ai même parfois suggéré d'organiser une réunion avec le Premier ministre à ce sujet. De même que j'en ai informé Saâd Al Alami.
Et il est vrai que Abbes El Fassi m'a informé du remaniement et m'a confirmé qu'il me concernait au même titre que Abdelkebir Zahoud. Ce à quoi j'ai répondu que ce qui était en jeu, c'était la représentation de l'Istiqlal au sein du gouvernement. Il se devait, en sa qualité de secrétaire général, de rappeler au Premier ministre ses engagements envers le parti et que, si M. Jettou persistait dans sa position, ce seraient les trois ministres istiqlaliens, à savoir Abbes El Fassi, M'hammed El Khalifa et Saâd Al Alami qui quitteraient le gouvernement.
Mais, force est de constater que Abbes El Fassi n'a pas pris la position que lui dictait le sens de la responsabilité.
• MHI : Pourquoi ?
- M. El Khalifa : Pour comprendre cela, il faut avoir à l'esprit qu'après que le Premier ministre ait terminé la composition du gouvernement, à la veille de sa présentation à SM le Roi, nous étions, Abbes El Fassi et moi, chez le Premier ministre. Il nous a assurés qu'il comptait sur la direction de l'Istiqlal, représentée au gouvernement par El Fassi, El Khalifa et Al Alami pour encadrer l'action politique des autres ministres istiqlaliens, dont Karim Ghallab et Adil Douiri. J'ai personnellement considéré que cela serait fructueux pour le parti et pour le pays si l'expérience réussissait.
Cependant, le Premier ministre n'a pas tenu ses engagements, en me visant au sein du gouvernement pour m'éliminer, et malheureusement, la réaction de Abbes El Fassi était demeurée en deçà de ce qu'exige la responsabilité dans de telles circonstances
• MHI : Pourquoi avez-vous accepté qu'un Premier ministre vous impose de faux ministres istiqlaliens, comme vous l'aviez déclaré ?
- M. El Khalifa : Ce n'est pas un secret. M. Jettou est un opiniâtre qui atteint ses buts sans trop se soucier de ce que cela peut coûter.
Driss Jettou, à travers le secrétaire général du parti, qui lui seul menait les négociations pour la formation du gouvernement, nous a persuadés que MM. Ghallab et Douiri sont proches du parti, que ce sont des cadres jeunes et compétents et que s'ils sont intégrés au gouvernement sous l'étiquette de l'Istiqlal, c'est ce dernier qui en sortirait gagnant, avec une relève assurée, nous a-t-il dit.
• MHI : C'est donc lui qui vous prépare votre propre relève ?
- M. El Khalifa : Ecoutez, M. Jettou lui-même a déclaré que c'est lui qui a choisi les ministres du parti Istiqlal qu'il a nommés. La protestation du secrétaire général du parti face à cette déclaration était dénuée d'effet. De même, la rectification faite ultérieurement par le Premier ministre était hors-sujet
Cela ne veut pas dire pour autant que le parti Istiqlal se trouve dans l'état critique que vous semblez insinuer dans votre question. En fait, en acceptant la proposition du Premier ministre, nous pensions pouvoir inaugurer au sein du parti une nouvelle pratique qui vise à attirer des potentialités distinguées pour les intégrer au parti. Dans la pratique, il s'est avéré que nous avions commis une grave erreur en acceptant de jouer le rôle de couveuse politique. Il est urgent que l'istiqlal revienne aux vertus de la rectitude et au respect des règles et usages démocratiques dans le choix des candidats aux responsabilités politiques. Cela implique pour nous la nécessité absolue d'entamer notre auto critique.
• MHI : Quelle est, à vos yeux, la responsabilité du secrétaire général du parti dans tout cela ?
- M. El Khalifa : Soyons honnêtes, il serait trop facile de faire endosser toute la responsabilité au seul Abbes El Fassi, cela ne correspondrait pas à la réalité. J'ai participé, comme tous les autres membres du Comité exécutif du parti, à la prise de décision sur la base des données qui nous ont été soumises par le secrétaire général au sujet des négociations qu'il a menées seul avec le Premier ministre, et nous avions accepté MM. Ghallab et Douiri pour les raisons que j'ai déjà développées. Là où Abbes El Fassi a failli, c'est lorsqu'il a accepté que je sois écarté du gouvernement Jettou. Encore une fois, je le dis sans détours, il m'a lâché.
• MHI: Et les instances du Parti dans tout cela ?
- M. El Khalifa : Le Comité exécutif a rendu un communiqué où il exprimait sa solidarité avec moi. Devant cette instance, la question a été posée dans cette formule : l'Istiqlal doit-il quitter le gouvernement ? Bien évidemment, la réponse était non. Toutefois, si la vraie question, dont le secrétaire général connaissait parfaitement les tenants et aboutissants, avait été posée et qui est : l'istiqlal doit-il accepter qu'un de ses membres au gouvernement soit visé et éliminé par le Premier ministre?, la réponse aurait été toute autre.
• MHI : Comptez-vous briguer le poste de secrétaire général du parti sachant que M. El Fassi ne peut plus se représenter ?
- M. El Khalifa : C'est une question qu'on me pose partout. Abbes El Fassi lui même m'a fait la proposition plus d'une fois. Moi, je me contente amplement de mon engagement militant au sein de mon parti.
Je n'ai nullement l'intention de me présenter au secrétariat général. Cela dit, en militant convaincu et respectueux des codes de conduite istiqlaliens, je reste à la disposition de mon parti et je poursuivrai mon action sans relâche.
• MHI : Et pour ce qui est de la présidence du Parlement ?
- M. El Khalifa : Laissez-moi vous décrire le scénario du déroulement de cette échéance. Si M. Radi entend se représenter, ce qui sera sans doute le cas, selon toute vraisemblance, les données actuelles lui permettraient de proroger son mandat et ce parce que d'abord, le Premier ministre a été adoubé chef de la majorité alors même qu'il n'appartient à aucun groupe politique au sein du Parlement, et que c'est lui qui a fourni à M. Radi au début du mandat législatif la majorité au prétexte que le départ de M. Youssoufi de la primature devrait être compensé. Le Premier ministre a également imposé le vote en faveur de M. Oukacha à la présidence de la chambre des Conseillers, au détriment de l'Istiqlal.
Ensuite, le Premier ministre n'a jamais soutenu, et encore moins présenté, des candidats cadres de l'Istiqlal aux responsabilités, publiques ou autres.
Enfin, et c'est le plus important, l'Istiqlal, nonobstant sa position confortable au sein du Parlement, et en particulier au sein de la chambre des Représentants, il s'en trouvera, sous couvert de réalisme politique, dans une voie qui l'empêchera de remporter cette échéance s'il décide de présenter une candidature.