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Le choix de Chakib Benmoussa par le Souverain traduit une nouvelle étape dans le recrutement du personnel politique. Le Roi ne
s'y est pas trompé. Le bon élève de M6
Publié dans MarocHebdo le 30 - 03 - 2007

Le choix de Chakib Benmoussa par le Souverain traduit une nouvelle étape dans le recrutement du personnel politique. Le Roi ne
s'y est pas trompé.
Le bon élève de M6
SM le Roi Mohammed VI et Chakib Benmoussa.
Avec sa nomination à la tête du département de l'Intérieur, en février 2006 -pour succéder à El Mostafa Sahel, nommé ambassadeur aux Nations-Unies à New York- c'est une étape en deux temps qui s'opère en cette occurrence: celle liée au parcours d'un homme; mais aussi celle de l'expression renouvelée d'une approche royale quant à la place et au rôle que le Souverain veut imprimer à ce ministère, considéré, sous le précédent règne, comme "la mère des ministères".
Sur le papier, dira-t-on, c'était une promotion au mérite: Chakib Benmoussa n'était-il pas déjà depuis décembre 2002 dans cette même "boîte" en qualité de wali, secrétaire général? Il a eu le temps ainsi, durant plus de trois ans, de s'imprégner de la nouvelle culture d'entreprise devenue prégnante dans ce grand ministère, mais aussi d'en connaître les rouages, les hommes et les contraintes.
Chakib Benmoussa entouré de Charqi Draiss et Mohieddine Amzazi.
Il faut dire qu'il a vite appris. Parce qu'il avait le potentiel pour une rapide assimilation. Mais aussi parce qu'il pouvait exciper d'une précieuse expérience tant dans le secteur privé que public. La cinquantaine à peine -il est né à Fès en 1958-, issu d'une famille d'industriels estimés, il est titulaire du diplôme d'ingénieur de l'Ecole Polytechnique de Paris" class="city">Paris (1979) et de l'Ecole nationale des Ponts et Chaussées (1981) ainsi que d'un Master of Science du Massachusetts Institute of Technology (MIT), de l'Université de Boston" class="city">Boston. Assistant de recherche dans ce même institut (1981-83), il intègre ensuite la direction des routes avant d'être nommé directeur de la Planification des études au ministère de l'Equipement. Son parcours évolue ensuite, de la direction des routes (1989-95) au poste de secrétaire général du département du Premier ministre (1995-98), avant d'être président délégué de la SONASID puis président de Tanger" class="city">Tanger Free-Zone. En 2000, le voilà membre du comité exécutif de l'ONA et directeur général des Brasseries du Maroc. C'est donc une carrière croisée entre le monde de l'entreprise et celui de l'administration: de quoi faire prévaloir une méthodologie de performance et de compétitivité, doublée d'un large spectre sur le fonctionnement de l'appareil d'Etat auquel il a été associé à la primature. Un tel profil a été jugé en phase avec le credo du "nouveau concept d'autorité" mis en avant par SM Mohammed VI, en octobre 1999, à Casablanca" class="city">Casablanca.
Chakib Benmoussa et Tayeb Fassi Fihri chez Jacques Chirac.
Chakib Benmoussa et Nicolas Sarkozy.
Etre au service des citoyens et non se servir, promouvoir une administration de proximité, faire respecter la légalité et les libertés: oui, sans doute. Mais le département de l'Intérieur est-il comme tous les autres? S'il doit être un ministère de développement socioéconomique, comme tant d'autres, sa mission est également éligible à des fonctions politiques et de sécurité.
Fonction politique? Chakib Benmoussa connaît la feuille de route définie par le Souverain depuis son intronisation: pas d'ingérence, comme par le passé, dans le fonctionnement et la vie organique des partis, qui doivent se responsabiliser. Certains regrettent encore que ce département n'assure plus, d'une manière ou d'une autre, -pour leur propre compte…- une régulation du jeu politique et du système de partis. Ils ne sont pas audibles parce que la libéralisation du champ politique impose que les entreprises qui y opèrent, en l'occurrence les partis politiques, y fassent leur place, en ne comptant que sur leurs propres forces.
En tout cas, en interne, Chakib Benmoussa s'est employé à donner plus d'efficacité à l'action administrative. Il s'est ainsi appuyé sur les compétences en place, notamment: Saâd Hassar, Noureddine Boutayeb, Mohieddine Amzazi, Charqi Draiss (DGSN), Noureddine Benomar… et tant d'autres justifiant de profils expérimentés et pointus; il n'a pas fait de "chasse aux sorcières" au détriment des proches de ses prédécesseurs -il est vrai que le gros ménage avait été fait quelques années auparavant, en 1999-2000. Il a impulsé un nouveau "style" de travail où l'étude des dossiers est le credo, ce qui tranchait avec les conciliabules souvent voilés et feutrés du ministère Basri. Il a aussi privilégié l'esprit d'équipe en accentuant la responsabilisation des hommes et des femmes en place. Une évolution qui a instillé une nouvelle culture d'entreprise tranchant avec les codes et les comportements makhzéniens d'un département qui n'était pas inefficace, mais qui était polarisé sur des fonctions connues de tous…
Les ressources humaines se sont améliorées; les méthodes de travail ont été dynamisées; le suivi des dossiers est davantage assuré -rien à voir avec la "boîte noire" d'un Driss Basri qui dirigeait tout avec une équipe réduite et des agents d'autorité dans les provinces et les préfectures, liés à lui par un rapport personnel s'apparentant, peu ou prou, à un ersatz d'allégeance royale…
Au plan institutionnel, un grand chantier est à l'ordre du jour. Défini par le Roi, à Agadir, en décembre 2006, lors du colloque des collectivités locales, il s'agit d'un processus de régionalisation à repenser. Sur quelles bases? Celles d'une accélération du rythme de la déconcentration pour en élargir les compétences, et ce dans la perspective précisément d'une formule régionale significative, autrement dit participative et mobilisatrice. Une équation complexe devant combiner une mise à plat de l'Etat unitaire centralisé d'aujourd'hui avec le principe démocratique au niveau régional.
Cela dit, la conjoncture nationale va peser de tout son poids pour mobiliser le département de l'Intérieur avec, en particulier, deux dossiers majeurs: la lutte antiterroriste et la question du Sahara. À propos du premier d'entre eux, le paramètre sécuritaire occupe désormais une grande place dans la vie politique et, partant, dans l'action du ministère qui a en charge cette mission. Les menaces sont réelles et elles ont eu des occasions tragiques pour se matérialiser. Chakib Benmoussa fera montre à cet égard d'un tempérament déterminé que d'aucuns ne lui connaissaient pas. Devant le Parlement, au cours d'interventions publiques, il tiendra à souligner que le gouvernement prendra les mesures appropriées pour faire face aux menées des terroristes islamistes. Il se distinguera par un parler vrai en reconnaissant que "le problème existe", alors que naguère prévalait la langue de bois et l'autosatisfaction. Ce discours-là passe aux yeux de l'opinion publique, qui le juge crédible et sécurisant. Il tiendra aussi des réunions d'information -les dernières ont eu lieu le 9 février et le 20 mars 2007- avec les responsables de journaux pour faire le point sur ce dossier, donnant des détails et cadrant les axes de la politique des pouvoirs publics.
Concomitamment, le voilà en charge -avec le ministre délégué à l'Intérieur, Fouad Ali El Himma, Tayeb Fassi-Fihri, ministre délégué aux Affaires étrangères et à la Coopération, et Mohamed Yacine Mansouri, patron de la DGED- de l'explication et de la défense du projet d'autonomie interne au Sahara. Une tâche prenante, ces derniers mois, avec un périple diplomatique dans une vingtaine de pays pour l'instant, à la veille de la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU prévue à ce sujet au cours d'avril. De quoi conforter sa stature et sa visibilité dans ces contacts à un haut niveau international. Un satisfecit global à Chakib Benmoussa? Oui, si l'on n'évacue pas non plus que le duo qu'il forme avec Fouad Ali El Himma fonctionne dans des conditions satisfaisantes. S'il en faisait trop, pour son propre compte ou s'il baissait les bras par indolence ou par calcul, il n'aurait sans doute pas été l'homme de la situation. Il estime qu'il n'est pas là où il est pour "faire carrière", mais pour remplir une mission. Au mieux.
La concertation quotidienne qui marque ses rapports avec Fouad Ali El Himma n'empêche pas une spécialisation, celui-ci étant plus en charge du pôle sécuritaire et de la coordination avec les services spécialisés qui en relèvent. Le ministre délégué suit également de plus près les processus pouvant contribuer à articuler la future carte politique, pour le moins aléatoire, telle qu'elle paraît se dessiner au lendemain des prochaines élections législatives du 7 septembre 2007.
C'est dire que le choix de Chakib Benmoussa par le Souverain traduit une nouvelle étape dans le recrutement du personnel politique. Le Roi ne s'y est pas trompé: son ministre de l'Intérieur s'est avéré un bon élève, et une figure emblématique du profil de la nouvelle génération du règne de SM Mohammed VI. Le ministre de l'Intérieur ne relève plus désormais de la comptabilité du précédent règne, comme Ahmed Midaoui ou Mustapha Sahel, par exemple. Il est, aujourd'hui, un promu de la "génération M6", comme l'on dit. Pour l'heure, il se distingue par un sans-faute qui peut conduire à estimer que c'est là un investissement d'avenir, "bancable" en termes politiques, pour d'autres fonctions de premier plan…


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