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Hakima El Haite, directrice générale de la société EAU Globe,
spécialisée dans l'environnement, explique les enjeux de la gestion des déchets solides au Maroc. "Nous devons recycler nos ordures"
Publié dans MarocHebdo le 20 - 04 - 2007

Hakima El Haite, directrice générale de la société EAU Globe,
spécialisée dans l'environnement, explique les enjeux
de la gestion des déchets solides au Maroc.
"Nous devons recycler nos ordures"
Propos recueillis par
Hakima El Haite. "Il faut faire confiance aux potentialités locales."
•Maroc Hebdo International: Comment perçoit-on la gestion des déchets solides au Maroc?
-Hakima El Haite: De mieux en mieux. Conscient des dégradations environnementales, sanitaires inhérentes et, surtout, des impacts économiques néfastes de «la non gestion» de ce secteur, le gouvernement marocain a, depuis quelques années, commencé à prendre les dispositions techniques et réglementaires requises pour améliorer la gestion des déchets solides au niveau du Royaume. Ces mesures se sont traduites par l'amélioration des services de collecte et de nettoiement dans plusieurs villes à travers la gestion déléguée de ces services à des sociétés privées, par la promulgation de la loi sur les déchets solides et celles sur les études d'impact. Toutefois, nos localités ne sont pas toutes au même niveau, nombreuses sont celles qui connaissent encore des insuffisances en moyens matériels, en moyens humains qualifiés et en ressources financières pour assurer un bon service ou procéder à sa délégation.
•MHI: Quel est l'état actuel du secteur des déchets au Maroc?
-Hakima El Haite: Le secteur évolue et devient un véritable pôle de développement. Nous assistons depuis quelques années à la création d'un nouveau marché: celui de la gestion déléguée des services de collecte, de nettoiement, de réhabilitation de décharges et de construction, aménagement et gestion de nouvelles décharges contrôlées. Avec les 5 millions de tonnes de déchets produits annuellement par les marocains, vous pouvez imaginer le potentiel. De nombreuses villes ont déjà cédé la gestion de ces services à des opérateurs privés, étrangers pour la plupart. Quoique les mesures d'accompagnement pour suivre ces contrats et pour contrôler les délégataires n'aient pas toujours été prévues, nul n'oserait nier le progrès et l'amélioration du niveau de propreté des villes objets de ces contrats.
•MHI: Quelle est la place des entreprises marocaines dans ce nouveau marché?
-Hakima El Haite: Une place étriquée, difficilement accessible et ce pour deux raisons essentielles. D'abord, le marché des déchets est nouveau et les entreprises locales ne disposent pas encore des références exigées au niveau des différents cahiers des charges pour pouvoir se positionner sur le marché. Puis, en absence d'une volonté des délégants locaux à impliquer l'entreprise locale (volonté devant se traduire au niveau des cahiers des charges par des clauses de partenariat obligatoire avec des sociétés marocaines), les entreprises internationales déclinent toute forme d'association avec les entreprises locales et raflent la part du lion. Les entreprises nationales se retrouvent alors dans une spirale négative, un cercle vicieux qui ne saurait être rompu sans une volonté politique et sans une confiance dans les compétences locales par les donneurs d'ordre.
•MHI: Quels sont les problèmes que vous rencontrez personnellement dans votre société?
-Hakima El Haite: Ils ne diffèrent en rien de ceux rencontrés par les entreprises locales. Nous disposons du savoir-faire, nous existons depuis 1993, nous sommes spécialisés dans les métiers de l'environnement. Nous sommes pénalisés par notre âge et par le fait que nous avons devancé le marché national. Mais ce n'est que du provisoire.
•MHI: Comment se fait l'élimination des déchets?
-Hakima El Haite: Le Maroc compte environ 200 décharges sauvages, situées généralement sur des sites sensibles dévalorisant et paupérisant l'espace urbain et avec un fort potentiel de risques sanitaires et environnementaux. La situation actuelle de la majorité des grands centres du pays montre que le besoin d'aménager les sites des décharges ne s'impose pas uniquement pour des raisons d'ordre général (sauvegarde du paysage, élimination de vecteurs de maladies, etc.) mais, surtout, pour contrôler, de manière décisive, les dangers qu'elles représentent. Si les avancées en matière de gestion de la collecte et du nettoiement sont remarquables, des efforts soutenus sont à faire en matière d'élimination.
Les décharges sauvages doivent être réhabilitées et des solutions durables d'élimination doivent être adoptées. Certaines communes procèdent actuellement à la réhabilitation des décharges existantes et à la construction de nouvelles décharges contrôlées.
•MHI: La gestion des déchets est-elle réglementée au Maroc?
-Hakima El Haite: Si le Maroc doit se féliciter de la promulgation de la loi sur les déchets solides, il est urgent que les décrets d'application soient approuvés et que soient promulgués les textes de loi concernant les déchets hospitaliers et les déchets dangereux, qui, pour le moment, sont entassés avec les déchets domestiques dans les décharges. Aux niveaux écologique et socio-économique, les décharges «triées» et «protégées» ne font pas partie des solutions durables (les décharges sont actuellement interdites en Allemagne, par exemple).
En effet, les ressources à valeur économique se trouvant dans les déchets (matières organiques, plastique, verre, etc.) disparaissent définitivement dans les décharges classiques, qui, en outre, réduisent les réserves foncières (grandes décharges, contamination des sols).
•MHI: Que faut-il faire, alors?
-Hakima El Haite: Notre politique doit s'insérer dans une vision de valorisation, moyennant l'intégration de la gestion des déchets ménagers dans le processus industriel (recyclage, production d'énergie, etc.) ou agricole à travers le compostage ou autre. Le potentiel recyclable au niveau des déchets est important et peut atteindre jusqu'à 25% des quantités collectées. Le potentiel de valorisation organique est encore plus important et peut atteindre 30% à 35%.
Outre les aspects économiques en relation avec la plus-value générée par le recyclage et la valorisation agricole, cette approche, qui s'insère dans la vision de la loi sur les déchets solides au Maroc, permettrait: De diminuer le tonnage des déchets orientés vers la décharge et les impacts environnementaux et sanitaires qui en découlent (écologique); De réduire les superficies requises et, par conséquent, de préserver la valeur foncière des terrains, de créer de nouveaux pôles de développement économiques et, donc, de l'emploi (économique); De formaliser l'informel et de valoriser d'une manière plus organisée le métier des récupérateurs (sociale). Je crois dans le Maroc et je crois dans les Marocains, revenez me voir dans trois ans.