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La circulation à Casablanca: Un enfer sans fin? ?
Publié dans MarocHebdo le 07 - 05 - 2010

La circulation à Casablanca: Un enfer sans fin?
Transport. Pour résoudre définitivement le problème de la circulation à Casablanca,
les experts préconisent le creusement d'un tunnel sousterrain à deux voies tout le long
des boulevards Zerktouni et de la Résistance. Le conseil de la ville suivra-t-il?
Casablanca cumule plus de 46 zones
dangereuses.
Il est de notoriété publique, et c'est même une évidence classiquement connue, que la circulation à Casablanca est devenue non seulement insupportable, mais infernale. Difficile par exemple de circuler dans le centre ville pendant toute la journée, et dans certains grands boulevards comme Zerktouni, Roudani, ou encore Bir Anzarane aux heures de pointe. On y est tellement coincés qu'on éprouve toutes les difficultés du monde à s'en sortir.
Le commandant Abdellatif Chami, patron de la circulation à la préfecture de police de Casablanca, ne mâche pas ses mots. «La métropole économique souffre d'une circulation catastrophique. Et elle s'aggrave de plus en plus au fil des années». Et d'ajouter: «Il est vrai que l'architecture urbanistique de la ville, héritée de la période coloniale française, n'encourage pas la fluidité de la circulation, mais toujours est-il que rien n'a été fait pour l'organiser au moins».
À qui la faute alors? À la multiplication des véhicules dont le nombre, il est vrai, ne cesse d'augmenter, grâce aux différentes formules de crédit proposées par les banques; ou à la vétusté et l'étroitesse des avenues, rues et différents boulevards, qui ornent depuis la nuit des temps la structure urbanistique de la ville?
En réalité, les Casablancais ne comprennent pas pourquoi le conseil de la ville, qui dort depuis longtemps sur ses lauriers, désigné de surcroît comme le premier responsable de cette situation, ne prend pas des mesures structurelles et efficaces pour décongestionner la ville de Casablanca.
Record national en accidents
Il faut dire que cette ville, qui jouit pourtant du statut éternel de poumon économique du Royaume, bat le record national en termes d'accidents: 25% des collisions y surviennent. Ainsi 13.000 accidents en 2007 ont fait 224 morts et 16.000 blessés. Des chiffres incroyablement vertigineux pour ne pas dire astronomiques. Et la tendance est toujours à la hausse.
Selon une étude réalisée par le ministère de l'Equipement et des Transports, Casablanca cumule plus de 46 zones dangereuses. Les sections de voies en concentrent 22 et les carrefours 24. Pour les premières, les plus meurtrières sont l'intersection entre les avenues Mohammed VI et Dakhla, dans la préfecture de Ben M'Sick-Médiouna. Suivent l'angle avenue 2 Mars-Driss Harti (Ben M'Sick-Médiouna), 2 Mars et Rue 21 à Aïn Chock-Hay Hassani.
Aucune préfecture n'est épargnée. Les carrefours sont aussi des lieux à haut risque d'accident. Place Oued Al-Makhazen, rond-point Province, angle route des Universités et avenue Abderrahmane Bouabid, angle Al-Massira et Fourate sont autant de zones à risque. Bref, le diagnostic n'est pas reluisant.
Dans tous les cas, on déplore une mauvaise signalisation et peu de visibilité la nuit, absence de passages pour piétons et désordre de stationnement. Les piétons sont aussi à l'origine de nombreux drames. Ils traversent n'importe où et n'importe comment. Par manque de passages cloutés ou par manque de respect du code de la route. Le comportement des véhicules de transport en commun est également pointé du doigt. En effet, les bus s'arrêtent n'importe où, roulent à une vitesse excessive et ne respectent pas la signalisation. L'étude du ministère de l'Equipement et des Transports ne s'est pas contentée du diagnostic. Elle a aussi proposé des solutions aux responsables de la ville. Les aménagements à coûts modérés sont préconisés. Il s'agit notamment de séparer les aires de stationnement des zones de circulation.
Absence de signalisation
Il faut aussi jouer sur une régulation intelligente de la signalisation tricolore. «Les sens giratoires réduisent les accidents, mais ne sont pas une solution miracle», préconise aussi l'étude.
Chose confirmée par le commandant Abdellatif Chami, qui explique par ailleurs que le rond-point sur la route d'El Jadida n'a pas lieu d'être car il lie une route nationale avec plusieurs routes secondaires. Et d'ajouter «une circulaire a institué les giratoires en 2002 et, 6 ans après, nous n'avons pas encore de dispositions juridiques applicables. Du coup, les policiers ne sont pas en droit d'infliger les contraventions». Idem en cas d'absence de la signalisation qui rend confuse l'imputation de la responsabilité en cas d'accident.
Toujours est-il que les intervenants pointent du doigt l'incompétence des fonctionnaires de la commune et la responsabilité entière du conseil de la ville. Cependant, ce dernier se vante d'avoir effectué quelques réalisations pour décongestionner la ville. On parle en effet d'un Plan de déplacement urbain (PDU) dont malheureusement la mouture définitive et acceptée par tous les intervenants n'a pas encore été adoptée.
Des trémies… oui, mais
Alors, pour faire vite, on fait semblant de travailler et on commence à colmater les brèches. «Une trémie par ci, une autre par là, mais vraiment rien de solide n'a été réalisé», s'indigne un architecte de la place. Certes, en creusant des trémies comme celle très récente du boulevard Brahim Roudani, «on a résolu le point noir de la circulation qui était au niveau du croisement Roudani-Bir Anzarane, mais les problèmes se sont déplacés un peu plus loin», précise-t-il avant de faire remarquer que l'expérience des deux trémies des boulevards Zerktouni et de la Résistance auraient dû servir d'exemple, dans la mesure où au moindre accrochage entre deux véhicules, c'est toute la circulation, qui est paralysée. La seule trémie qui paraît efficace, ou pour le moins utile, c'est celle de la Mosquée Hassan II, qui compte deux voies dans chaque sens, ce qui permet de dégager la chaussée en cas de problème.
Pour résoudre définitivement les problèmes de la circulation à Casablanca, le commandant Chami, rejoint par d'autres experts, préconise le creusement d'un tunnel sousterrain à deux voies tout le long des boulevards Zerktouni et de la Résistance. Il est vrai qu'un tel projet coûterait au Conseil la bagatelle de 5 milliards de dirhams, mais son utilité sera immense. En attendant, Casablanca étouffe


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