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My Land, de Nabil Ayouch : Le sens de l'histoire DOCUMENTAIRE. Tourné au Proche-Orient et présenté lors du Festival national du Film de Tanger, “My Land”, le film documentaire de Nabil Ayouch, traite le conflit en Palestine avec une acuité rare et un
A Najib
MarocHebdo : 28 - 01 - 2011
My Land, de Nabil Ayouch : Le sens de l'histoire DOCUMENTAIRE. Tourné au Proche-Orient et présenté lors du Festival national du Film de Tanger, “My Land”, le film documentaire de Nabil Ayouch, traite le conflit en Palestine avec une acuité rare et un sens aigu de l'analyse. Sans pathos, ni fioritures. Nabil Ayouch a entamé son projet “My Land” en 2003. il a commencé le tournage dans les camps de réfugiés au Liban en 2009. Il est des films dont on sait, dès les premiers plans, qu'ils sont destinés à rester dans les annales et à marquer l'histoire du cinéma. My Land, de Nabil Ayouch, en donnant une vision propre du conflit en Palestine, se positionne déjà comme une référence à la fois historique et cinématographique sur une guerre qui dure depuis plus d'un demi-siècle. My Land, “ma terre”. D'emblée, Nabil Ayouch éclaircit son univers. Né d'un père marocain musulman et d'une mère juive d'origine tunisienne, tout le conflit entre la Palestine et Israël, est à l'image de ce qu'il a vécu au sein de sa famille. Il a grandi dans ce type de tensions, de divergences de points de vues, voire de conflits. Son père, homme engagé, militant pour la Palestine et sa mère, qui, elle, ne peut balayer d'un simple revers de main, ses origines et sa culture juives. Jugé par ses semblables, stigmatisé même, Nabil Ayouche était aussi “Ould Lihoudiya” (le fils de la juive). Et le fils de la Juive assume son identité culturelle, sa richesse puisée dans deux mondes, deux univers, deux héritages. Il est donc évident que ce conflit en terre sainte le hante depuis toujours. Il était même prévisible qu'un jour, Nabil Ayouch devait se pencher sur sa vie pour faire son film le plus personnel et le plus intime, mais ouvert sur le monde, sur l'autre, sur cette portée historique dont il est à la fois analyste et acteur. Le film montre un Paradis, cette terre de Palestine avec ses oliviers, ses figuiers, sa terre fertile, cet humus nourricier qui donne vie. Puis un peuple divisé, des jeunes pris au piège de la haine au nom de la religion, de l'idéologie et de l'instrumentalisation politique. Là où Nabil Ayouch fait un pied de nez à tout ce qui se dit sur ce conflit, entre slogans politiciens et récupérations identitaires, c'est qu'il donne la parole aux jeunes. Ce sont ceux-ci qui incarnent l'avenir et c'est, peut-être, avec eux, par eux, que le conflit trouvera une issue. Les jeunes, des deux bords du gouffre palestinien, ne savent pas grand chose sur l'histoire de cette terre. Ils ignorent pour ainsi dire le fond du problème. Comme ce militaire israélien réformé, qui au départ, voulait en découdre avec les Palestiniens, parce que formaté dans cette optique, mais quand il voit et entend les histoires racontées par tous ces vieillards délogés de leurs terres, devant leur désarroi, leur détresse, il a les larmes aux yeux. Il réalise, enfin, que ce conflit le dépasse. Et c'est peut-être là aussi, dans cette prise de conscience par la réalité, qu'une amorce de solution peut s'opérer. Paradis perdu Un autre passage fort est celui de cette jeune Israélienne qui refusait d'entendre parler de ce conflit, et qui finit par se rendre à l'évidence que la vérité ne peut demeurer oblitérée à jamais. Tout comme ces deux jeunes Palestiniens vivant au Liban, dans un camp de fortune dans la banlieue beyroutine, qui résument bien le point de vue des opprimés. L'un refuse de revenir en Palestine, puisque, dit-il «plus rien ne l'y rattache encore». Et l'autre qui dit vouloir marcher jusqu'à ce que ses pieds ne peuvent plus le porter et là, il rampera et marchera avec les mains. Le courage de Nabil Ayouch n'est plus à prouver. Mais là, encore une fois, il situe son propos dans une dimension universelle, qui n'est pas uniquement centrée sur le conflit au Proche Orient, mais au-delà, comme une lecture des tensions qui gangrènent la paix dans le monde. C'est dire que c'est toujours périlleux de faire un film sur une actualité brûlante dont on ne voit pas encore l'issue. Devant une confrontation résolue, il est plus aisé de remonter le cours des faits, de faire sa propre lecture des événements et de livrer une finalité. Là, face à une situation aux apparences inextricables, Nabil Ayouch reste au plus près du cœur du problème. En axant son travail sur les populations, en faisant parler les premiers touchés par la guerre et ses corolaires que sont l'embargo, l'injustice, la frustration et la peur, en écartant tous les visages politiques, en évitant tous les slogans démagogiques d'un côté comme de l'autre, il livre une œuvre humaine, qui se situe au-delà du jugement. My Land est une branche d'olivier qui est tendue, pour que verdissent d'autres sentiments qui tendent sinon vers la paix, du moins vers le calme et la sérénité des uns et des autres. On le voit bien, Nabil penche pour la cohabitation de deux peules, qui ne peuvent faire autrement. Ce qui renvoie aussi à sa vie, lui qui a cohabité dans une famille à la fois arabe, musulmane et juive. Le courage de le dire Ce film est un voyage, une route, un chemin de traverse. Certes, il ne plaira pas à tous. Evident que la controverse viendra alimenter tant de débats et de polémique sur la démarche de Nabil Ayouch. Mais nous sommes là face à une œuvre personnelle, proche de l'homme, de l'humain, à la fois dans ses thèmes, son souci de scruter la psychologie profonde, pénétrer au plus secret de l'âme pour en dévoiler, sinon quelques vérités, du moins plusieurs interrogations sur l'être dans sa quête de rédemption. Appuyé sur une mise en scène laconique, économe et sobre, le film livre une façon de faire qui ne rejoint aucun genre, en n'en créant aucun. Nous sommes à mi-chemin entre la littérature et le septième art. Entre deux frontières qui disent bien leurs noms. Le cinéma prend ici sa dimension première, celle d'un art qui met les images au service des pensées, les idées au service de ce qui fuit, comme la vérité de cette terre d'histoire.
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