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Algérie: Le PDG de Sonatrach limogé, celui d'un groupe privé en détention provisoire
Publié dans La Nouvelle Tribune le 24 - 04 - 2019

Le patron du géant algérien des hydrocarbures Sonatrach a été limogé mardi, une annonce survenant après celle de la mise en détention provisoire de la première fortune du pays, Issad Rebrab, victime de l'offensive judiciaire lancée contre de puissants patrons depuis la chute du président Bouteflika.
La télévision nationale algérienne a annoncé dans la soirée le limogeage d'Abdelmoumen Ould Kaddour, PDG du groupe pétrolier et gazier public. Aucune explication n'a été donnée pour cette décision prise par le chef de l'Etat par intérim, Abdelkader Bensalah.
Un nouveau PDG, Rachid Hachichi, a été nommé pour remplacer M. Ould Kaddour, à la tête depuis 2017 de Sonatrach, un groupe crucial pour l'économie algérienne.
Les hydrocarbures rapportent à l'Algérie plus de 95% de ses recettes extérieures et contribuent pour 60% au budget de l'Etat. L'Algérie produit 1,2 million de barils par jour.
Le géant public des hydrocarbures a été secoué ces dernières années par une série de scandales financiers qui ont fait l'objet d'enquêtes en Algérie et à l'étranger.
L'homme d'affaires Issad Rebrab placé en détention provisoire est le fondateur de Cevital, un conglomérat affirmant employer 18.000 salariés sur trois continents, dans l'agroalimentaire, le BTP, la sidérurgie, la distribution, l'électronique et l'électroménager. Le magazine Forbes estime sa fortune à 3,8 milliards de dollars, la 1ere d'Algérie et la 6e d'Afrique.
Le Parquet a délivré tard lundi un mandat de dépôt contre M. Rebrab, 74 ans, qui avait été déféré plus tôt dans la journée après avoir été entendu par la gendarmerie, a indiqué l'agence de presse officielle Algérie Presse Service (APS).
Il est « soupçonné de fausses déclarations relatives à des mouvement de capitaux de et vers l'étranger, de surfacturation d'équipements importés et d'importation de matériel usagé malgré l'octroi d'avantages bancaires, fiscaux et douaniers » au matériel neuf, selon APS.
Depuis la démission le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika, sous la pression d'un important mouvement de contestation populaire, la justice a ouvert des enquêtes contre plusieurs hommes d'affaires liés à l'ancien clan présidentiel.
M. Rebrab avait fondé Cevital en 1998, un an avant l'arrivée au pouvoir d'Abdelaziz Bouteflika, sur les bases d'une entreprise sidérurgique, Metal Sider, créée dix ans plus tôt, quand l'économie de l'Algérie était encore profondément étatique.
– Relations tendues –
Si ses activités ont prospéré sous la présidence Bouteflika (1999-2019), il entretenait cependant des relations tendues avec le clan présidentiel. Il était en conflit ouvert depuis 2015 avec les autorités, les accusant de bloquer ses investissements en Algérie.
Le ministre de l'Industrie de l'époque Abdeslam Bouchouareb l'avait accusé d'importer et de surfacturer du matériel d'occasion.
En 2016, l'enquête journalistique des « Panama Papers » avait affirmé que M. Rebrab possédait un compte offshore depuis le début des années 1990, ce qui était strictement interdit par la loi algérienne. L'intéressé avait démenti.
Lundi, le PDG de Cevital avait, dans un tweet, nié avoir été arrêté, assurant s'être présenté à la gendarmerie dans le cadre d'une enquête sur le blocage, depuis près d'un an au port d'Alger par les autorités douanières, d'équipements industriels de son entreprise.
Cevital n'a pas réagi dans l'immédiat à l'incarcération de son patron.
Cevital a notamment racheté en France le groupe électroménager Brandt (marques Brandt, De Dietrich, Sauter et Vedette) et le fabricant de portes et fenêtres Oxxo. Il y a également un projet de création d'usine de traitement de l'eau dans les Ardennes (nord-est).
En Italie, il a racheté en 2015 les aciéries de Piombino (ex-Lucchini) avant d'être contraint par le gouvernement italien, qui l'accusait de n'avoir pas honoré ses engagements, de les céder en 2018 à l'Indien JSW Steel.
– Accélérer les enquêtes –
L'Algérie est depuis le 22 février le théâtre d'une contestation inédite qui a contraint Abdelaziz Bouteflika à quitter le pouvoir. Mais les protestataires réclament toujours la fin d'un « système » accusé de corruption.
Mardi, une nouvelle manifestation d'étudiants a eu lieu à Alger pour demander « une Algérie nouvelle ».
Quatre frères de la discrète mais influente famille Kouninef, propriétaire de l'important groupe KouGC, spécialisé notamment dans le génie civil, l'hydraulique et le BTP, ont également été arrêtés dimanche et déférés devant le parquet mardi, selon les médias d'Etat.
La famille est réputée proche de Saïd Bouteflika, frère et puissant conseiller de l'ex-président.
Selon APS, les frères Kouninef sont soupçonnés de « non respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics, trafic d'influence avec des fonctionnaires publics pour l'obtention de privilèges et détournement de fonciers et de concessions ».
Début avril, l'ex-patron des patrons algériens, Ali Haddad, propriétaire notamment du 1er groupe de BTP d'Algérie et proche de M. Bouteflika, a été écroué après son arrestation nocturne à un poste frontière avec la Tunisie en possession de devises non déclarées.
Le 16 avril, le chef d'état-major de l'armée, le général Gaïd Salah, de facto l'homme fort de l'Algérie depuis qu'il a contribué à pousser M. Bouteflika à la démission, a appelé la justice à accélérer « la cadence de traitement » dans ses enquêtes sur des personnalités « ayant bénéficié indûment » d'argent public.
Mardi, il s'est réjoui de « la réponse de la justice quant à cet appel (…) qui permettra de rassurer le peuple sur le fait que son argent pillé sera récupéré par la force de la loi et avec la rigueur requise ».


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