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Free Anouzla !
Publié dans La Nouvelle Tribune le 25 - 09 - 2013

A l'expiration des délais légaux de garde à vue, Ali Anouzla, directeur du portail électronique en langue nationale Lakome, a été présenté mardi 24 septembre au soir au juge d'instruction de la Cour d'Appel de Rabat et placé en détention préventive à la prison de Salé.
Selon un communiqué du Procureur du Roi près ladite Cour, "apologie" et "incitation au terrorisme" constitueraient les principales charges retenues contre lui au terme de sa garde à vue dans les locaux de la BNPJ. Le Parquet a demandé au juge d'instruction d'enquêter sur la base d'accusations « d'assistance matérielle », « d'apologie » et « d'incitation à l'exécution d'actes terroristes ». C'est au juge de déterminer désormais si ces accusations sont fondées, ce qui entraînerait l'inculpation formelle d'Anouzla et un procès devant la Cour en charge des affaires de terrorisme.
Lakome et Anouzla, comme chacun sait, ont mis en ligne le lien renvoyant vers la vidéo d'Aqmi appelant la jeunesse marocaine à prendre les armes contre les plus hautes institutions du Royaume en présentant cette vidéo comme un « acte de propagande ». Ce film, d'une quarantaine de minutes, en langue arabe, fait effectivement l'apologie de la violence, de l'action terroriste armée et conseille aux Marocains de « préférer le Jihad à la patéra » !
C'est le journaliste d'El Païs, Ignacio Cembrero, qui a mis en ligne sur son blog hébergé par le quotidien madrilène, la vidéo d'Aqmi, considérant sans doute que ses lecteurs espagnols étaient majoritairement d'authentiques arabophones…
Bien évidemment, cette affaire a fait et continue de faire le buzz sur les réseaux sociaux, lesquels, en grande majorité, récusent la démarche officielle marocaine et prennent le parti du journaliste Anouzla. La presse étrangère, les chaînes de TV, les ONG opérant dans le champ des droits de l'Homme sont, globalement, dans le même esprit, et présentent Anouzla comme une victime, un martyr de la liberté d'expression, poursuivi et emprisonné parce que « trop dérangeant ».
C'est d'ailleurs la thèse d'un ancien journaliste, autrefois rédacteur en chef d'un hebdomadaire national qui s'est sabordé il y a plusieurs années, complaisamment publiée dans l'édition électronique du quotidien Le Monde.
Voilà pour les faits, exposés de la façon la plus neutre possible… Viennent maintenant les sentiments, les réactions, les jugements.
Sans interférer dans une affaire en cours d'instruction, et surtout, sans préjuger de la culpabilité ou de l'innocence de Ali Anouzla, on se demandera quel profit tirer de cette nouvelle levée de boucliers internationale contre le Maroc ? Quel impact cette affaire aura-t-elle sur l'image du Royaume à l'extérieur, mais également quelle importance accorder à Anouzla et ses compères, (pour la plupart confortablement installés à l'étranger) depuis fort longtemps spécialisés dans la critique systématique du « Makhzen », en une posture qui, sous couvert de journalisme, est essentiellement politique et d'opposition ?
Quel intérêt à faire d'Anouzla le héros des réseaux sociaux, le centre et le principal sujet de l'information sur le Maroc ?
Ces questions méritent d'être posées au regard des avantages et des inconvénients que cette mise en détention du directeur de Lakome entraîne pour les institutions du Royaume et leur crédibilité.
Il sera d'ailleurs aisé à tous les opposants de souligner les distorsions que cette arrestation expriment entre les dispositions de la nouvelle Constitution et la pratique des autorités, outre le fait que dans maints milieux, on présente déjà « l'affaire Anouzla » comme le moyen de détourner l'attention de l'opinion publique de la décision d'indexation partielle des carburants, démarche hautement impopulaire s'il en est.
Mais, en vérité, au quotidien, les Marocains, dans leur écrasante majorité, n'ont cure de l'arrestation du directeur de Lakome, comme le prouve amplement la très faible participation citoyenne lors des sit-in organisés par les amis de Anouzla après son interpellation.
La hausse du coût de la vie, l'absence de gouvernement depuis plusieurs mois, les perspectives de dérapage des prix pour cause de réforme de la compensation, les mesures correctrices pour les caisses de retraite et l'allongement de la durée de travail, outre les nouvelles pistes de durcissement de la fiscalité directe et indirecte, voilà les préoccupations essentielles de nos concitoyens aujourd'hui.
Alors pourquoi focaliser l'attention sur Ali Anouzla embastillé ? Faire de ce journaliste le porte drapeau de la contestation « intellectuelle » et le héraut de la liberté d'expression est, assurément, terriblement contre productif pour le Maroc, ses institutions et l'image de « pays qui fait grandir l'âme »…
Alors, « Free Anouzla » !


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