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Des Sarrazins aux musulmans: L'Occident est-il tolérant?
Par Mouna Hachim
Publié dans L'Economiste le 15 - 03 - 2011

La question de l'intolérance de l'Islam est à ce point posée de manière décomplexée à travers l'histoire de la pensée occidentale qu'il nous semble aujourd'hui légitime de retourner la question.
Que cachent tous ces débats qui se suivent et se ressemblent sur l'Islam, la laïcité, l'immigration, l'intégration, le multiculturalisme, l'identité, le voile, la burqa, les minarets, la cuisine halal…? Comment rester insensible devant tout ce battage médiatique, ces soubresauts législatifs, ces interdictions touchant à des libertés individuelles, ces dérives langagières dont celle d'une députée qui propose en toute impunité de mettre «à la mer» les immigrés ou tel autre directeur de rédaction qui déclare sur une chaîne publique qu'être «antisémite est plus grave que d'être raciste»? Derrière les discours feutrés et les faux-semblants de la bonne conscience, existe-t-il une réelle acceptation de la différence? Cette stigmatisation de l'Autre correspond-elle à un danger réel ou contribue-t-elle à flatter les phobies les plus primaires, en période de crise, pour des raisons idéologiques et électorales? Cette image détestable du musulman est-elle le fruit de notre époque, exacerbée par les attentats du 11 septembre ou devrait-elle trouver son explication dans les premiers contacts avec l'Islam?
L'approche historique ayant cela d'intéressant qu'elle permet une autre perspective, adoptons-là donc pour saisir quelques représentations et modalités de mise en place des stéréotypes.
Remontons alors aux temps des invasions islamiques en Ibérie et dans le Midi de la France, alors que les musulmans étaient jusque-là inconnus en Occident médiéval, sauf pour quelques initiés ou voyageurs, avant de faire d'emblée leur entrée en tant qu'envahisseurs.
Un événement majeur ne tarde pas à marquer tout le Moyen Âge: il s'agit de la prise de Jérusalem par les Turcs et la contre-offensive des Croisés. Au-delà de leur caractère religieux, les Croisades permirent à l'Occident à peine libéré des invasions barbares de s'ouvrir vers l'Orient en vue d'échanges commerciaux ou d'expansions territoriales. Ainsi se fabriquera simultanément l'image de l'Orient en tant qu'espace lointain, indéfini, synonyme de mystères et de mythes fabuleux. L'exotisme est déjà né... Mais cet Orient, c'est aussi le pays de l'envahisseur, objet d'une vive campagne menée par l'Eglise qui monopolisait la vie publique et culturelle en vue de galvaniser les foules et d'amener les chrétiens à la guerre sainte contre l'infidèle. Comme la propagande ne pouvait être assurée par les livres théologiques destinés aux initiés, les chansons de geste, grands poèmes épiques, prirent la relève.
Les troubadours et les trouvères se baladaient ainsi de village en village, colportant des poèmes et ajoutant à leur répertoire leurs propres chansons sur les musulmans. Des chansons déformées, caricaturées, suscitant aussi bien le rire que la peur, traduisant par là, l'ambiguïté de la représentation: mélange de haine et de fascination. Evoquons à ce titre, l'une des premières chansons de geste connues, «La Chanson de Roland», datant de la fin du XIe siècle. Le mot musulman n'apparaissant dans la langue française qu'au XVIIe siècle, les musulmans y sont désignés par le terme «Sarrazin» qui vient du latin «Saraceni», lui-même dérivé de l'arabe «Cherqui», Oriental.
Réalité géopolitique pour le moins indéterminée, l'Orient est décrit comme un monde d'extravagances, nous rappelant que le compositeur est un ménestrel, contraint de satisfaire le goût de la démesure de son auditoire et non un historien attaché à l'objectivité et à la véracité des faits.
Parallèlement à ce glissement de l'histoire vers la fable et à cette répulsion envers un monde redouté et méconnu, se décèle une fascination certaine pour ce qui est désigné comme un «réservoir inépuisable de produits fabuleux» et pour les vaillants chevaliers, «auxquels il ne manque que d'être chrétien pour être d'honnêtes hommes». Car voilà probablement l'enjeu réel de ce conflit récurrent: la conversion de l'autre qu'on veut façonner à notre image.
La période de l'Inquisition en péninsule Ibérique offre à ce titre une image effroyable de «baptêmes sanglants» qui virent de nombreuses conversions forcées de juifs et de musulmans, ainsi que des décrets d'expulsion de ces Nouveaux Chrétiens, dont le dernier datant de 1609 est considéré comme le premier cas moderne de «purification ethnique». Sans oublier toutes les formes de discriminations dont l'un des symboles le plus frappant est le «certificat de pureté de sang» dont les références commencent à être retirées des textes de loi en 1773 au Portugal et en 1865 en Espagne par décret royal.
Paradoxalement, même les Lumières qui prônèrent la liberté universelle ne brillèrent pas pareillement pour tout le monde, ayant coexisté sans états d'âme avec la réalité de l'esclavage, le «Code noir» et le mythe du bon sauvage, dégradé par le climat, transformé en bien meuble.
Pour comprendre le contexte des philosophes des Lumières dont certains étaient également d'habiles financiers, détenant des intérêts dans des ports négriers, il faut s'imprégner du rang de la religion chrétienne qui considère tous les hommes comme égaux devant Dieu. Afin de concilier les bons principes chrétiens, les valeurs prônées d'humanisme et les exigences de l'expansion coloniale et commerciale, un processus de déshumanisation des esclaves se mit mentalement et socialement en place, considérant les hommes de «ces climats», comme «la plus dégradée des races humaines», inférieurs intellectuellement, socialement et politiquement, justifiant les dérives, en se parant de vertus civilisatrices.
S'ensuivit dans cette lancée à partir du XIXe siècle, le «racisme scientifique» avec ses classifications des êtres humains sur le modèle de la zoologie et son développement de théories sur «l'inégalité des races» offrant un blanc-seing à la Présence coloniale et à la gestion politique des populations indigènes.
Des populations qui commencèrent à affluer vers le Vieux Continent, surtout avec la Première Guerre mondiale notamment pour servir de main-d'œuvre corvéable à merci. Si bien, qu'aujourd'hui, en France, à titre d'exemple, avec leurs enfants et petits-enfants, ils sont six millions de musulmans et ne sont pas moins citoyens français.
A partir de là, comme le rappelle le célèbre avocat Robert Badinter dans une virulente sortie: «A quoi tous ces colloques sur l'identité nationale et sur l'Islam aboutissent-ils sinon à donner le sentiment à ces hommes et à ces femmes qu'ils sont mis à part. Une espèce de ghettoïsation morale! (...) J'ai entendu, avec stupéfaction, parler de citoyens français d'origine musulmane. Vous imaginez ce que ça veut dire? Ça m'a ramené au moins soixante ans en arrière, quand il y avait des citoyens, français ou non, d'origine juive (…)».
Nul besoin d'enfoncer le clou et d'insister sur l'histoire bien connue de l'antijudaïsme en Europe et ses discriminations et pogroms parfois à l'échelle d'un pays comme l'édit d'expulsion des Juifs d'Angleterre en 1290, jusqu'à l'antisémitisme moderne, contemporain du nationalisme et dont le comble de l'horreur a été atteint avec l'extermination nazie.
Cela choquerait certainement quelques-uns que la question de la tolérance soit abordée sous cet angle-là, inhabituel, comme cela choque d'innombrables musulmans au quotidien leur constante essentialisation et stigmatisation. Nul n'ayant le monopole de la vertu, il serait salutaire que chacun procède à sa remise en question, en affranchissant le discours, et dépassant notamment l'hypocrisie ambiante qui se pare des voiles des valeurs universalistes pour mieux anéantir les différences, n'envisageant la présence de l'Autre que dans sa désintégration.


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