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L'impayé, la phobie des entreprises de l'hexagone
Publié dans L'Economiste le 22 - 05 - 2018

Stéphane Colliac, économiste senior en charge de la France et de l'Afrique chez Euler Hermes, spécialiste de l'assurance-crédit: «Les velléités des entreprises françaises de renforcer leur présence au Maroc nécessiteront un accompagnement...» (Ph. Euler Hermes)
- L'Economiste: Outre la proximité géographique et une croissance plutôt stable, quelles sont les autres opportunités qu'offre le Maroc pour les entreprises françaises?
- Stéphane Colliac: Le Maroc a progressé en matière d'attractivité et pas simplement parce qu'il est proche ou que sa croissance est stable. Le Royaume a développé une logistique (en particulier Tanger Med) qui permet aux investisseurs étrangers d'exporter depuis ses bases, notamment dans l'automobile. C'est en premier lieu à cette montée en charge que l'on doit l'appétit croissant des entreprises françaises pour le Maroc. Elles y envoient des machines et des pièces afin de produire sur place. Ainsi, c'est le phénomène très positif d'intégration du Maroc dans les chaînes de valeur auquel nous assistons.
- Quels seraient les freins à la politique de promotion des exportations?
- Un affaiblissement des débouchés serait évidemment préjudiciable. On exporte et on produit au Maroc en partie pour réexporter. L'insertion du Maroc au sein des accords commerciaux régionaux est capitale. Mais, ce que les entreprises françaises craignent le plus à l'étranger, c'est l'impayé. Bien évidemment, tout impayé ne s'accompagne pas systématiquement d'une défaillance, mais notons que ces dernières ont encore augmenté de 12% en 2017 et ont doublé en 5 ans au Maroc. Notons aussi que les délais de paiement client ne sont pas exactement au même niveau, puisque s'ils sont de 83 jours au Maroc et de 74 jours en France, ils ne sont que de 54 jours en Allemagne, le principal débouché de la France. Autant dire que les exportateurs français ne sont pas habitués à de tels délais de paiement. Ceci veut dire que les velléités des entreprises françaises de renforcer leur présence au Maroc nécessiteront un accompagnement, afin d'éviter qu'elles ne soient échaudées trop vite.
- Quels sont les secteurs porteurs?
- En tant que site industriel qui s'équipe progressivement le Maroc est un débouché pour le secteur français des machines et équipements, qui représente 20% des exportations de la France vers le Royaume. Et c'est aussi le secteur qui a le plus de velléités d'accroître ses exportations vers le Maroc. Mais il n'échappera à personne que l'automobile est le secteur dont la progression est la plus marquante. Il représentait 6% des exportations françaises vers le Maroc il y a 10 ans. Cette proportion a doublé aujourd'hui.
- Comment booster la compétitivité entre le Maroc et la France?
-Le renforcement des relations commerciales entre les deux pays tient au positionnement du Royaume par rapport aux pays qui pourraient le concurrencer en tant que hub régional, ainsi que dans sa capacité à effectivement agir en tant que hub. Ici, le succès n'est pas assuré. Car si l'on considère le Maroc en tant que site de production à proximité de l'Europe, le Maroc a des concurrents, dont la Tunisie ou même la Turquie. Et puis, l'ambition du Maroc d'être une porte d'entrée vers l'Afrique n'est pas non plus la chronique d'un succès annoncé. D'après nos calculs, les exportations marocaines devraient augmenter de 50 milliards d'euros entre 2017 et 2030. C'est certes un chiffre intéressant, mais nos calculs ne montrent aucune différence entre la mise en œuvre de la zone de libre-échange de l'Afrique et sa non mise en œuvre. En effet, pour le moment le Ghana apparaît mieux armé et mieux situé pour devenir le hub de l'Afrique de l'Ouest et bénéficier des effets multiplicateurs d'une telle zone de libre-échange. Pour contrecarrer ce risque de se faire précéder, il est important de continuer à réformer l'économie marocaine et à l'intégrer à celles de la zone.
Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY


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