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Expo: L'Afrique entre mélancolie et espoir
Publié dans L'Economiste le 22 - 03 - 2019

Nature morte de l'artiste Mustapha Akrim. Un véritable manifeste contre la catastrophe écologique qui semble déjà enclenchée dans le continent (Ph. CMG)
Le Comptoir des mines, adresse marrakchie incontournable dans le landerneau artistique national, est certainement, le laboratoire de création contemporaine le plus pointu.
Après avoir montré plusieurs expositions qui ont fait date, l'espace, mené par le bouillonnant marchand d'art et galeriste Hicham Daoudi propose jusqu'au 22 avril, un véritable manifeste en hommage au continent africain. Une série d'expositions, intitulées «Poésies africaines», qui s'aventurent dans les champs poétiques de la mélancolie ou du spleen.
«L'Afrique n'est pas seulement un lieu géographique producteur de signes, de rites, et de safari comme elle est dans l'imaginaire occidental, mais aussi celle de la mort, du déboisement culturel, de la désertification, et des manipulations de toute sorte», disait Mohamed Kacimi, à qui l'évènement consacre un très beau plateau, en montrant certaines de ses œuvres réalisées au Sénégal et au Mali. Une manière de créer un lien entre les artistes des précédentes générations et la scène actuelle.
Pour Daoudi, il existe des passerelles évidentes entre les travaux de Larbi Cherkaoui, Mustapha Akrim, Youness Atbane, Hassan Bourkia, Mohamed Arejdal, Khalil Nemmaoui, Simohamed Fettaka et Mohammed Kacimi: «Tous abordent sous différents angles une certaine vérité qui habite nos contrées et qui, au-delà de leurs pratiques artistiques individuelles, témoignent de nos réalités sociales et de nos préoccupations».
L'univers esthétique de Khalil Nemmaoui rappelle étrangement celui d'un David Lynch ou d'un Jim Jarmush. Un mélange d'un monde familier, banal et d'un monde extraordinairement poétique qui nous replonge dans la nostalgie d'objets symboliques (Ph. CMG)
L'ensemble dégage certes une certaine tristesse indéfinie face aux blessures du passé, les œuvres exposées n'en sont pas moins de criants témoignages des réalités sociales et des transformations auxquelles nous assistons au sein de nos sociétés. C'est par un genre emblématique que s'exprime Mustapha Akrim. Celui de la nature morte.
L'installation, faite d'animaux pétrifiés, coulés dans du ciment, loin d'une mise en scène esthétique propre au genre, est au contraire glaçante de vérité. Ces dépouilles nous rappellent que la catastrophe écologique est déjà enclenchée et la biodiversité compromise. Mohamed Arejdal, propose lui, des cartes de territoires imaginaires et irréguliers qu'il habille de découpes de tissus de «tentes sahariennes», aux motifs et couleurs distincts.
Des matériaux qu'il récupère de sa ville d'origine, Guelmim, et qui témoignent du vécu des habitants de cette région. Pour lui, la nature des liens qu'il entretient avec les territoires est surtout organique et non spatiale. Même souci des territoires chez Simohamed Fettaka, qui met en scène un continent amputé de sa partie dite «blanche» baptisée «Africa as they like it» (L'Afrique comme ils l'aiment, ndlr).
Avec ses photographies dont le personnage principal est la fameuse «R12» l'incontournable Khalil Nemaoui nous offre un voyage magistral, universel et profond. Un voyage esthétique avec un certain mélange de réalisme et d'onirisme, doublé d'un savant dosage entre ce qui nous est familier, banal un monde extraordinairement poétique qui nous replonge dans la nostalgie d'objets symboliques.
Entre mémoire et identité
L'exposition montre des œuvres qui interpellent par leur singularité dans le paysage pictural arabe de l'époque, témoignant d'une avant-garde marocaine dans les années 60 (Ph. AHM)
L'exposition de facture muséale est digne de figurer dans n'importe quelle institution prestigieuse internationale. Du MoMA à New York, au Guggenheim à Abu Dhabi à la Tate modern à Londres ou encore à Beaubourg à Paris, «Musée éphémère: autour des pionniers de l'art marocain», n'aura malheureusement duré que quelques jours.
Elle aura toutefois marqué les esprits. Installée, à l'occasion de la foire 1.54, dans l'ancienne agence de Bank Al Maghrib, place Jamaa El Fna, l'expo a réuni les pionniers de la peinture marocaine moderne. Initiée par Hicham Daoudi, elle a réuni une quarantaine d'œuvres majeures retraçant une partie de l'histoire de l'art moderne au Maroc.
«Je constate que le public de la 1-54 en visite à Marrakech n'a pas accès au récit de ce qui nous a menés à la situation plastique contemporaine. Il n'a pas accès à l'histoire. Je veux accueillir les gens en personne dans ce lieu et leur expliquer comment les choses en sont arrivées là», explique le promoteur d'art plus dynamique de la scène actuelle.
Le parcours met également face à face les géants Gharbaoui et Cherkaoui à travers une dizaine de leurs œuvres aux côtés de Chaïbia ou encore, le mystérieux et méconnu, Boujemaa Lakhdar, qui avait participé en son temps à l'exposition «Les Magiciens de la Terre» en 1988 au Centre Pompidou à Paris.
En décembre dernier déjà, Hicham Daoudi organisait une vente aux enchères dans ce magnifique espace: 28 chefs-d'œuvre d'art moderne racontaient à leur manière cet épisode historique. 50 ans après l'exposition manifeste à Jamaa El Fna en 1969, qui réunissait sur la place de jeunes artistes engagés sur des thèmes autour de l'espace public, la réappropriation du patrimoine marocain ou encore l'accès à l'art au grand public, tels que Farid Belkahia, Mohamed Melehi ou encore Mohamed Chebaa… Une sélection qui interpelle par sa singularité dans le paysage pictural arabe de l'époque, parce qu'elle adhère à une parfaite contemporanéité, témoignant d'une avant-garde marocaine dans les années 60. A rééditer d'urgence.
Amine BOUSHABA


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