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Décès de Abderrahmane El Youssoufi: La fin d'une époque
Publié dans L'Economiste le 29 - 05 - 2020

Abderrahmane El Youssoufi vient de s'éteindre à l'âge de 96 ans. Même s'il était affaibli et malade, la nouvelle de sa disparition est tombée comme un couperet. La famille des socialistes, la famille des journalistes pour laquelle il a toujours eu beaucoup de respect (lui-même ayant été journaliste à ses premières heures) mais aussi l'ensemble des citoyens sont en deuil.
Le Souverain s'était rendu au chevet de Abderrahmane El Youssoufi, hospitalisé à Cheikh Zayed en octobre 2016. L'image, saisissante, avait vite fait le buzz et secoué la classe politique et l'opinion publique. L'évocation de cette séquence rappelle une autre photo datant de feu Hassan II qui lui avait rendu visite à l'hôpital Avicennes de Rabat: Abderrahmane El Youssoufi, hospitalisé et en robe de chambre, avait un bandage autour de la tête
Dans l'inconscient des marocains, il aura été le modèle de probité, d'intégrité et d'honnêteté de la classe politique. En partant, il emporte avec lui bien des secrets que les livres de Mbarek Bouderka n'auraient pas réussi à dévoiler.
En tout cas, sa trajectoire est particulière. Après sa démission de la direction de l'USFP en 2003, il décida de quitter définitivement la scène politique et d'observer une neutralité. Depuis, malgré les multiples sollicitations et les différentes occasions, il n'a pas varié d'un iota. Chez les militants, il est resté fidèle aux principes socialistes, la défense des libertés et de progrès des couches populaires. L'itinéraire de cet avocat, épris des droits de l'homme avant l'heure, se confond avec l'USFP.
Après la mort de Abderrahim Bouabid en 1992, ancien ministre des Finances et patron incontesté des socialistes marocains, il est promu à la tête de cette formation qui faisait trembler les gouvernements de l'époque. Il a été le signataire de la Koutla démocratique (USFP, Istiqlal, PPS et OADP) qui réclamait de feu Hassan II des réformes structurelles au niveau des libertés publiques et des droits de l'homme.
Malgré les tentations et les opportunités offertes par l'exercice de pouvoir, El Youssoufi avait toujours dit «non!». Ce qui n'était pas le cas pour d'autres de ses compagnons qui avaient profité de sa proximité au moment de l'alternance pour se servir.
En dépit du scandale « Annajat » où des dizaines de milliers de jeunes diplômés ont été victimes d'une arnaque à l'emploi aux Emirats arabes unis, le Premier ministre a maintenu sa confiance dans son ministre de l'Emploi, Abbès El Fassi. Pourtant, le secrétaire général de l'Istiqlal avait opté pour le soutien critique du gouvernement dont il faisait partie (Ph. L'Economiste)
La preuve : ses camarades devenus ministres, avaient vite déménagé des quartiers populaires pour s'installer dans des villas cossues. Lui, jusqu'à son dernier souffle, a préféré vivre, avec son épouse Hélène, dans son modeste appartement du quartier Bourgogne de Casablanca. Cet homme politique intègre a marqué son époque. Ce n'est pas pour rien que le Souverain s'était rendu à son chevet, à l'hôpital Cheikh Zayed où il était hospitalisé en octobre 2016.
Avant de prendre congé, SM le Roi l'avait embrassé sur la tête. Un geste de respect et de tendresse qui en dit long sur le lien qui l'unissait au Roi. L'image, saisissante, qui avait secoué l'opinion publique, a été décodée par la classe politique dont ses plus éminents dirigeants souhaiteraient avoir un jour traitement similaire.
Qu'importe, l'évocation de cette séquence rappelle une autre photo datant de feu Hassan II qui lui avait rendu visite alors hospitalisé au CHU d'Avicennes à Rabat. Abderrahmane El Youssoufi, en robe de chambre, avait un bandage autour de la tête. Cette photo symbolique, qui restera gravée dans les annales des activités royales, illustre l'entente cordiale entre les deux hommes, malgré les turpitudes des années de plomb où le défunt était dans l'opposition.
A la mort de Hassan II, en juillet 1999, Youssoufi nommé premier ministre une année auparavant avait facilité la transition qui s'est déroulée sans le moindre couac politique. C'est le secret de la politique et de l'ancien roi qui avait engagé quelques années auparavant une sorte d'amnistie politique. On raconte que feu Hassan II, juste après sa nomination, a usé d'une célèbre phrase en présentant Abderrahmane El Youssoufi à ses deux fils: «un zaim socialiste, opposant marocain et l'un des grands trafiquants d'armes pendant le protectorat».
Abderrahmane El Youssoufi entretenait des relations cordiales avec son ministre de l'Intérieur, Driss Basri, au point de lui organiser une réception à la suite de son départ du gouvernement. Il venait d'être limogé par le Roi (Ph. L'Economiste)
En tout cas, à l'époque, il accepta de former le gouvernement sans avoir de majorité au Parlement, le Roi lui garantissant la stabilité politique. En fait, le Premier ministre voulait un gouvernement d'union nationale pour éviter «la crise cardiaque» au pays dont parlait feu Hassan II, mais le PJD et l'OADP avaient décliné l'offre, préférant le soutien sans y participer. Il faut rappeler que Youssoufi accepta de conduire le gouvernement d'alternance avec la présence du l'inamovible ministre de l'Intérieur, une charge qui a été déclinée trois ans auparavant par Mhamed Boucetta alors patron de l'Istiqlal.
Après le limogeage de Driss Basri, Abderrahmane El Youssoufi organisa une réception à l'occasion du départ du ministre de l'Intérieur. Ce qui avait révolté des activistes des droits de l'homme. Il a fait le geste malgré une tension perceptible au sein du gouvernement, particulièrement les ministres de l'USFP.
Le Premier ministre a été comblé par le montant du chèque de plus de 23,3 milliards de DH. C'était le prix du ticket d'entrée dans le capital de Maroc Telecom, versé par le groupe français Vivendi Universal. C'est à cette époque que la décision a été prise de répartir le produit de la privatisation entre le budget de l'Etat et le Fonds Hassan II pour le développement économique et social (Ph. L'Economiste)
Avant cette séquence, le Premier ministre avait voulu chasser sur les terres de Driss Basri en voulant se réunir avec les gouverneurs. Après l'avoir lanterné, il avait finalement accepté mais à condition que la rencontre ait lieu au département de l'Intérieur. Abderrahmane El Youssoufi s'y est déplacé un jour de Ramadan pour une réunion à huis clos. Sa décision d'interdire deux hebdomadaires à la fin de 2000 a été un véritable paradoxe pour celui qui a toujours défendu la liberté d'expression.
El Youssoufi restera à la tête du gouvernement jusqu'aux législatives de septembre 2002 qui devait reconduire l'USFP, parti arrivé en tête des élections, à la tête de l'exécutif. Mais, la forte polémique qui avait éclaté entre ce parti et l'Istiqlal pour la première place, en a décidé autrement. Cette mauvaise ambiance a poussé le nouveau Roi Mohammed VI à choisir un technocrate, Driss Jettou comme Premier ministre. L'USFP, dépitée, accepte de rester au gouvernement, tout en considérant que la méthodologie démocratique n'a pas été respectée.
C'est à partir de cette époque que le déclin du parti a commencé sans pouvoir s'arrêter. Avec en prime, les batailles rangées entre les frères ennemis. Aux dernières élections, l'USFP a obtenu à peine 20 sièges à la Chambre des représentants. Aujourd'hui, ce parti, dirigé par Driss Lachgar, est en proie à une crise sans précédent.
El Youssoufi attaqué par les siens
Après le tollé provoqué par le départ du puissant Noubir Al Amaoui, patron de la CDT, le feu couvait à l'intérieur de la maison USFP. Abderrahmane El Youssoufi a été victime des pires attaques, qui frisaient parfois la cruauté. D'autres dirigeants considéraient que leur tour pour être premier secrétaire du parti était arrivé. C'est le cas de Mohamed El Yazghi et ses lieutenants qui tenaient de main de maître l'appareil du parti.
Annajat
L'histoire retiendra que le gouvernement El Youssoufi II a été marqué par le scandale de l'affaire «Annajat» où des dizaines de milliers de jeunes diplômés ont été victimes d'une arnaque à l'emploi. On leur miroitait des postes de travail aux Emirats arabes unis. A l'époque, le ministre de l'Emploi, Abbès El Fassi, qui cumulait avec le poste de secrétaire général de l'Istiqlal, assuma la responsabilité morale.
Mohamed CHAOUI


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