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Renouvellement à l'Intérieur: Hamidou Laânigri promu
Publié dans L'Economiste le 28 - 07 - 2003


· Il passe à la Police pour "la restructurer"
· Confirmation de certains responsables et de nouveaux profils
Deuxième vague de changements au ministère de l'Intérieur. Vendredi dernier, 17 nominations ont été annoncées à différents échelons. Le fait marquant est le changement à la tête des services secrets. Hamidou Laânigri a cédé sa place à Ahmed Harari, ex-responsable de la section casablancaise de la DST. Laânigri part à la direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), en remplacement de Hafid Ben Hachem dont le point de chute n'est pas connu.
Laânigri serait chargé de la réforme des services sécuritaires. Sa mission en tant que patron des renseignements a été empreinte de controverses. Nommé quelque temps avant le départ de Driss Basri, cet ancien de la Gendarmerie et de la Direction générale des études et documentation (DGED) a vu son nom lié à "une montée du sécuritaire". On lui a attribué "des intimidations, des disparitions, le fait qu'il n'ait pas prévenu les événements sanglants du 16 mai…" En tout cas, jamais un responsable de la DST n'a autant focalisé l'attention. Le premier dossier qu'il trouvera sur son bureau est celui des indemnités des policiers, annoncées pour fin juillet.
Son remplaçant, Harari, est un connaisseur de la maison. Il a la réputation d'être discret. Un atout qui, tout compte fait, est requis pour un patron des renseignements.
Le départ de Laânigri n'a pas surpris. "Il était attendu", lance un ex-président de la Commission de l'Intérieur au Parlement, pour qui ces changements traduisent un "nouveau concept d'autorité".
Un vent de renouveau vient en effet de souffler sur le ministère. La majorité des nommés ont la quarantaine et des diplômes supérieurs délivrés par des universités ou de grandes écoles étrangères.
Tous sont des techniciens du ministère, chargés de faire rouler la machine au quotidien. La première remarque est que, généralement, ces nouveaux nommés suivaient "de fait" les tâches qui leur ont été attribuées. Pour beaucoup, il s'agit d'une confirmation. C'est le cas par exemple de Brahim Boufous, ex-directeur des walis, qui chapeautera la direction des Elections. Lui et Mohamed Brahimi (actuellement à la Primature) étaient les artisans des législatives de septembre dernier. D'ailleurs, ce fin connaisseur de la chose électorale était l'interlocuteur des partis politiques au moment des négociations sur la réforme du scrutin. Ainsi, le choix a reposé plutôt sur les profils que sur les noms.
La deuxième remarque est relative au timing de ces nominations. Elles sont intervenues le jour des élections des Chambres professionnelles et parallèlement à un long processus électoral qui s'annonce modeste par rapport à celui de l'année dernière. A ce propos, une grande partie des changements a touché le département des Collectivités locales, nerf du ministère. Un directeur fraîchement nommé constate à cet égard que le but est d'en faire un pôle fonctionnel, où l'Etat pourra exercer efficacement sa tutelle dans la perspective des changements institutionnels que connaîtront les villes avec le concept d'unité. Les communes ou les arrondissements prendront plus de poids avec la délégation des tâches. Beaucoup plus que le souci sécuritaire, les personnes qui viennent de l'extérieur sont spécialisées dans des métiers pointus qui requierront toute leur importance avec la réforme communale (équipement, assainissement…).
La même source insiste sur le fait que l'après-16 mai a engendré une réelle prise en compte des risques urbanistiques avec la prolifération des poches de misère. "Le lien entre cette prolifération et les intérêts locaux et électoraux n'est un secret pour personne", avoue notre source. Le fait que les hauts cadres du ministère reconnaissent ces liens occultes est en soi un exploit. A la tâche!
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Organigramme obsolète
Les directeurs nommés dans le pôle des Collectivités locales n'auraient remplacé personne. Beaucoup de postes étaient tout simplement vacants en raison de "l'obsolescence de l'organigramme". Datant de 1980, il n'a été réformé qu'en 1997, année où il a été promulgué. Or, les principaux amendements ont été concoctés durant les années 80. Le document contiendrait même une direction de l'urbanisme! Cela dit, beaucoup de tâches se sont ajoutées entre-temps. Il fallait combler le vide en attendant le changement.
Nadia LAMLILI
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La liste des jokers
La plupart des membres de l'état-major sont connus. En revanche, plusieurs viennent de l'extérieur et ont été recrutés pour des missions pointues, qui correspondent à leur profil. A noter que les biographies de 13 des 17 nommés n'ont pas été communiquées: les chefs des renseignements sortants et entrants, le directeur des Affaires générales Ben Brahim et le directeur des Finances locales, Guezzar.
· Les habitués de la maison
• Brahim Boufous, gouverneur directeur de la direction des Elections, a été confirmé dans cette tâche. Les élections, il les connaît très bien, pour avoir conduit la réforme législative. Ce juriste gadiri a effectué toute sa carrière au ministère. Déjà en 1994, il était chargé de ce dossier avant d'aller au département des walis. Avec cette nomination, il renoue officiellement avec "ses anciens amours". On attend de lui de mettre du punch au processus électoral. Quoiqu'au ministère, on insiste sur le fait que les élections ne doivent pas constituer un événement exceptionnel, mais rentrer dans les moeurs, c'est-à-dire soient normalisées.
En tout cas, la tâche s'annonce ardue avec des partis politiques en retrait après le 16 mai, mais aussi la difficile mobilisation des électeurs (le taux de participation officiel aux législatives était d'un peu plus de la moitié).
• La nomination de Charki Drais, gouverneur directeur chargé du personnel d'autorité, n'est pas un hasard. Ce Mellali était caïd et gouverneur de la province d'El Haouz. C'était l'ex-DAG du ministère. Né en 1955 et titulaire d'une licence en sciences politiques, il a intégré le ministère en 1979 en tant qu'administrateur adjoint.
• Rachid Rguibi, gouverneur attaché au ministère de l'Intérieur, vient initialement du département des Finances où il était inspecteur. C'est un connaisseur des coulisses des cabinets ministériels: aux Finances mais essentiellement à la Primature. Comme tout chargé de mission, il aura à gérer des dossiers…
• Driss Jouahri, gouverneur attaché au ministère de l'Intérieur, est né en 1962 à Rabat. C'est un homme de l'Intérieur pur jus. Après une formation de deux ans à l'école de perfectionnement des cadres du ministère, il a été désigné en 1990 caïd attaché au ministère de l'Intérieur. En 1995, il a été promu secrétaire général de province attaché à l'administration centrale, avant de devenir chef de cabinet du ministre en 1999.
• Ahmed Chouihat, directeur du patrimoine des Collectivités locales, aura à gérer le foncier. Dossier qu'il connaît parfaitement puisque qu'il était auparavant chargé des Affaires rurales, une direction qui supervise les terres collectives de l'Etat. Cet ingénieur de l'Université libre de Bruxelles était initialement à l'Inspection générale du ministère. Il a été promu à la tête des Affaires Rurales, il y a trois ans, du temps d'Ahmed Midaoui (juste après le départ de Basri). Agé de 44 ans, il a une bonne connaissance du terrain.
• Mohamed Dinia, directeur de l'Eau et de l'Assainissement, est un pur produit de la gestion locale. Agé de 53 ans, ce diplômé de l'Ecole Mohammadia des ingénieurs, a occupé successivement les postes de directeur de la Régie de Marrakech et directeur de la Régie de distribution d'eau et d'électricité de Rabat. Au ministère de l'Intérieur, il était chargé de mission à la direction des Régies et Services concédés. Deux grands chantiers l'attendent: la restructuration des régies de transport et la libération de la loi sur les concessions, prisonnière d'une commission interministérielle depuis des années.
• Mohamed Ouzgane, directeur de la Réglementation et des Libertés publiques, est âgé de 42 ans. Là aussi, c'est une confirmation car il était "chargé" de la même direction. Ce docteur es droit de l'Université de Montpellier, est aussi un ex-inspecteur de l'Administration territoriale.
• Najat Zerrouk, directeur des Affaires juridiques, des études, de la documentation et de la coopération, est la seule femme dans le lot des nommés. Agée de 43 ans, elle avait travaillé au secrétariat général du ministère de l'Intérieur. Dans ce département, on précise que ce n'est pas la première femme à avoir assumé un poste de responsabilité de cette envergure. Une dame avait déjà piloté la direction de l'Urbanisme du temps où elle était rattachée au ministère. C'est quand même une consécration pour la femme dans l'appareil sécuritaire. Najat Zerrouk est titulaire d'un DES en droit public de la Faculté de droit de Rabat, un diplôme de l'Université de Pittsburg en management du développement et une maîtrise de la Sorbonne.
· Les nouvelles têtes
• Khalid Zerouali, gouverneur directeur de la Coopération internationale, est un Ponts et Chaussées. Ce nouveau joker a fait toute sa carrière à la RAM où il a assumé plusieurs fonctions dans le centre industriel aéronautique et le département Production du personnel navigant. Il a été impliqué dans la logistique et le programme fidélisation de la compagnie. Son expérience aéronautique permettra au ministère de s'ouvrir à d'autres horizons.
• Abdelhak Haoudi, directeur de la Planification et de l'Equipement, est un autre profil venu de l'extérieur. Agé de 39 ans, Haoudi est diplômé de l'Ecole Mohammadia des ingénieurs et lauréat du cycle supérieur de gestion de l'ISCAE. Il exerçait, auparavant, les fonctions de directeur de la Stratégie, de la programmation et de la Coopération au ministère de l'Artisanat et de l'Economie sociale. Il avait été également directeur Etudes au ministère de l'Equipement et chargé de mission auprès du Conseil national de la jeunesse et de l'avenir (appelé à être dissous).
• Mustapha Kheidri, directeur des Affaires administratives, est âgé de 46 ans. Il provient de la maison des Finances où il a fait ses marques. C'est un ex-directeur du Budget et il a beaucoup travaillé à la direction des Etablissements publics.
• Noureddine Boutayeb, directeur des Affaires rurales, est âgé de 46 ans. Ingénieur de l'Ecole centrale de Paris et lauréat de l'Ecole nationale des Ponts et Chaussées et du MBA de la même école, Boutayeb avait occupé le poste de DG adjoint d'Ingema, bureau d'ingénierie conseils dans le domaine du génie civil, les ressources en eau, l'environnement et les technologies de l'information.
• Karim Mansouri, le plus jeune de tous (38 ans), a été nommé à la tête du Fonds d'équipement communal. Ce financier a occupé les postes de directeur du contrôle des risques en charge des financements structurés au sein de la BMCE et chef de la division de la restructuration de la dette et du marché financier international au ministère des finances. Ce lauréat des Ponts et Chaussées a également été secrétaire général du ministère chargé des Affaires générales du gouvernement, sous le socialiste Ahmed Lahlimi (d'ailleurs, celui-ci s'était entouré de jeunes à l'époque). Il a beaucoup travaillé avec les institutions internationales, notamment la Banque Mondiale.


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