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Souvenirs d'ex-prisonniers des camps de Tindouf
Publié dans L'Economiste le 09 - 03 - 2004

· Hssaine Oukhair, Bourgra Oulbadaz, libérés récemment après respectivement 23 et 17 ans de détention
· Travaux forcés ou fouet, le lot quotidien des détenus
· Ils ont dormi dans des fosses pendant plusieurs années
Poignant, le récit de Hssaine Oukhair, 53 ans, soldat deuxième classe des Forces auxiliaires, ex-prisonnier du Polisario, récemment libéré, ne laisse pas indifférent. Il suscite des sentiments à la fois de colère et de haine envers ces cruels geôliers, et de la compassion pour lui en raison du calvaire qu'il a vécu pendant près d'un quart de siècle. Doucement, la tête baissée, les épaules affaissées, le regard sombre, il replonge dans ses souvenirs et relate son cauchemar qui lui donnera des haut-le-coeur toute sa vie. Sa capture, il s'en souvient comme si c'était hier, pourtant, elle remonte à 23 ans. C'était le 20 juin 1981. “Je me trouvais alors en poste avec une quinzaine de collègues dans le village Msied dans la région de Tan Tan”, raconte-t-il. C'est à la suite d'une attaque du Polisario, après une bataille de plus de neuf heures débutée à cinq heures du matin que lui et quatre autres militaires ont été faits prisonniers en milieu d'après-midi. “Parmi les autres, certains ont été tués et quelques-uns ont réussi à se sauver”.
La période la plus sombre et la plus marquante de sa vie, où seule sa foi en Dieu l'a tenu en vie, commencera alors par un voyage de 8 jours à travers le Sahara. Episode durant lequel il était à demi comateux car il avait été blessé à la tête et à l'oreille. Il arriva dans cet état dans les camps de détention du Polisario. Selon lui, l'endroit qui abrite le quartier général de ce dernier se situait à 23 km environ de Tindouf et est baptisé “Robiné”. Dans ces lieux, pas question de traîner la patte, même en cas de maladie. “C'est véritablement le bagne”, se remémore-t-il. Il n'avait de répit ni la nuit ni le jour. Couché à même le sol comme un cadavre dans une fosse de 2m/2 et d'une profondeur de 2m, qu'il partageait avec trois autres prisonniers, il devait être debout dès cinq heures du matin pour être présent au rassemblement. Et gare aux retardataires. Ils n'échappaient pas aux coups de fouet lancinants de gardes sans pitié.
Un régime auquel étaient soumis même les malades qui devaient avant d'aller chercher un soin quelconque subir le même châtiment et par la suite se mettre à la tâche comme tout le monde. Démarrées à cinq heures du matin, les journées de travail étaient longues et ne s'arrêtaient qu'à minuit. “Elles n'étaient entrecoupées que de deux petites pauses pour des repas frugaux à base de soupe de légumes secs ou de vermicelles”. Les jours, les nuits, les mois, les années, aussi sombres les uns que les autres se sont ainsi succédé.
Au cours desquels, les prisonniers ont construit dans les mêmes conditions dures pendant leurs longues heures de travaux forcés bien des bâtiments à usage administratif, scolaire, d'habitation. “La mort dans l'âme, nous avons survécu ainsi pendant toutes ces années durant lesquelles le lourd labeur, qui occupait près de 90% de journées, n'a laissé le temps ni au découragement ni à l'espoir'', narre amèrement Hssaine Oukhair. Ce n'est que dernièrement que les conditions de vie des détenus, notamment au niveau de la nourriture se sont améliorées. En effet, à partir de l'an 2000, grâce à des sommes en dinars algériens, perçues à l'issue de chantiers de construction en contrepartie de travaux fournis, les détenus pouvaient s'approvisionner dans les épiceries du camp et mieux se nourrir. Ce qui a donné un semblant de vie à leurs conditions d'existence précaires dans de grandes baraques qui ont remplacé depuis 1986 les fosses. Dans ces locaux, les prisonniers s'entassaient à trente, quarante pour la nuit, seul moment de détente jusqu'en 1988, année où le vendredi fut décrété jour de repos. Ce fut la seule faveur du Polisario pour les prisonniers qui attendront 1997 pour recevoir une couverture et une tenue vestimentaire une fois par an. En disant cela, le soldat regarde sa tenue militaire qu'il arbore aujourd'hui fièrement. Il se rembrunit de nouveau et soupire. “Je suis enfin libre grâce à Dieu, mais je n'ai aucune perspective d'avenir et je ne peux plus servir à rien”. Son corps en effet, meurtri par des souffrances qui auront duré pendant 23 ans, ne peut plus supporter aucun effort. Seule lueur au tableau, il va bientôt retrouver son frère et ses sœurs.
Originaire d'Errachidia, ceux-ci constituent aujourd'hui sa seule famille, puisqu'il a perdu son père et sa mère alors qu'il était prisonnier dans les camps de Tindouf. Divorcé, ni femme, ni enfant ne l'attendent, contrairement à son ami, Bourgra Oulbadaz. Soldat deuxième classe, 61 ans, également prisonnier du Polisario pendant 17 ans, celui-ci est pressé de retrouver son épouse et ses cinq enfants. Il est d'autant plus pressé qu'il est devenu grand-père pendant ces longues années d'absence. Il va bientôt connaître ses deux petits-enfants. Mais déjà l'angoisse le saisit. Comment va-t-il assumer à son âge sa grande famille qui a vivoté à Douar Imougadir, à Foum Lahcen dans la province de Tata, en attendant son retour. En tout cas, il lui sera difficile de faire quoi que ce soit. Il souffre de problèmes d'audition, de myopie avancée et de rhumatismes entre autres, en raison des sévices subis durant sa détention. Comme son ami, il souhaiterait tant une petite part de bonheur. Leur libération en est déjà une. Mais il semble que hantés par ces pénibles souvenirs, amers et déchirants, il ne leur sera pas aisé de trouver la quiétude.


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