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Le paradigme du développement humain (2e partie)
Par Dr M'hamed Zriouli
Publié dans L'Economiste le 16 - 04 - 2008

Dr M'hamed Zriouli est socio-économiste et chercheur. Il est spécialiste des questions de gouvernance démocratique et de développement humain, coordonnateur du rapport national sur le développement humain 2005, auteur d'un ouvrage sur: Monde arabe: Gouvernance démocratique et développement social durable. Editions Okad. 2003 Rabat, Maroc
Dans notre édition d'hier, l'auteur introduisait les enjeux du paradigme du développement humain, en identifiait notamment sa pertinence mais aussi ses limites. Dans la seconde et dernière partie que nous publions aujourd'hui, il présente, entre autres, à la lumière d'études internationales, les nouvelles orientations.
Les classements des pays selon l'IDH, qui sont la synthèse au second degré des classements selon les quatre dimensions retenues, doivent être relativisés et démystifiés en en faisant une lecture intelligente au troisième degré, parce qu'ils cachent d'énormes inégalités sociales et des niveaux critiques de pauvreté et de dénuement qui sont aux antipodes de ce que suggèrent les moyennes nationales. En effet, quelle importance accorder à la valeur de l'IDH et au classement de certains pays qui devancent le Maroc en 2005 (classé 126e, avec un écart de 12,3 fois entre les dépenses de consommation des 10% les plus riches et celles des 10% les plus pauvres, et un GINI de 40,8% en 2000-01) alors que ceux-ci connaissent dans la réalité des situations sociales inégalitaires explosives où une petite minorité accapare les richesses nationales? Il s'agit à titre d'exemple de la Namibie (125e) avec respectivement un écart de 128,8 fois et un GINI de 60,5% (1993), du Botswana (124e) avec 43 fois et 60,5% (1993), de la Bolivie (117e) avec 168,1 fois et 60,1% (2002), du Paraguay (95e) avec 65,4 fois et 58,4% (2003), du Panama (62e) avec 57,5fois et 56,1% (2002) , de l'Afrique du Sud (121e) avec 33,1 fois et 57,8% (2000)…
Dans ce sillage, et à la suite de l'IPH I et II, de l'ISDH et de l'IPF, pour mesurer la pauvreté humaine, les inégalités sexo-spécifiques et la participation des femmes, les tentatives d'élaboration d'indicateurs relatifs à la liberté politique, au respect des droits de l'homme et de l'Etat de droit ou à la gouvernance démocratique esquissées par le Pnud respectivement dans les éditions 1992, 2000 et 2002 du Rapport mondial sur le développement humain, n'ont pas eu de suite et sont restées au stade d'essais, sans élaboration théorique poussée et sans vérification empirique solide, en raison de problèmes liés à la disponibilité, à la mesure et à l'agrégation d'informations sensibles qui renvoient aux enjeux de pouvoir liés à la légitimité et à la crédibilité des responsables politiques.
L'analyse désagrégée des scores nationaux de l'IDH par quintiles de revenu, entreprise dans le cadre du rapport 2006 pour 15 pays, dont treize en développement, a été une initiative riche d'enseignements en remettant totalement en cause le fétichisme de l'IDH et en démystifiant l'unicité des classements internationaux établis sur cette base, au profit d'une multiplicité de situations contrastées où plusieurs pays peuvent coexister au sein d'un même pays.
· Les nouvelles pistes
Les fondateurs de l'approche par les capabilités et le développement humain durable et les concepteurs de l'IDH sont pleinement conscients de ses forces et de ses faiblesses et des impératifs de la refondation de ses bases dans le cadre de l'ouverture de nouvelles pistes de recherche qui seraient plus attentives simultanément aux préoccupations théoriques, aux exigences des analyses empiriques et aux nécessités de la prise de décisions politiques et de l'action stratégique.
A propos de la portée analytique de l'IDH comme mesure alternative du développement, Amartya K. Sen avait affirmé avoir fait part de son scepticisme à Mahbub Ul Haq -dans une contribution spéciale au Rapport mondial 1999 du Pnud qui est dédié à sa mémoire- au départ sur la mesure sommaire du développement par l'IDH, mais a fini par se ranger à son avis consistant à présenter une mesure alternative du développement qui supplante le PIB et, par ce véhicule, intéresser les gens aux analyses critiques et aux autres riches tableaux du rapport qui renseignent sur la complexité du développement humain (RMDH 1999; p. 23).
Plus récemment, A. Sen avait déclaré, en liaison avec la mission de réflexion que lui a confiée (avec J. Stiglitz) le président français N. Sarkozy en janvier 2008, sur le changement des instruments de mesure de la croissance qui prenne en compte le bien-être économique au-delà de la simple mesure du PIB, que «l'IDH reste encore utile et que celui-ci a été conçu et réfléchi pour les pays en développement et les critères retenus, comme l'espérance de vie, ne sont pas fondamentaux dans les pays déjà développés, comme la France. Il faut donc réfléchir à de nouveaux critères comme par exemple le taux de chômage (…) en se référant à un indice de développement pour les pays riches (…)» (20minutes.fr du 8/01/2008).
Au plan théorique, les efforts s'orientent de plus en plus vers l'affinement des bases du paradigme de développement humain durable et le renforcement des passerelles avec le paradigme de la gouvernance démocratique en liaison étroite avec le paradigme des capabilités et des fonctionnements. Une véritable «école de pensée des capabilités» s'est progressivement mise en place et se préoccupe aussi bien d'approfondir les approches multidisciplinaires, les concepts de base et leur cohérence, que de forger des cadres d'analyse pour la mesure empirique des diverses capabilités et de leurs impacts en matière d'amélioration du bien-être humain, conformément à la vision de Amartya Sen. Celui-ci a fondé en 2004 à l'université de Harvard, avec l'adhésion de chercheurs des prestigieuses universités dans le monde, l'Association pour le développement humain et l'approche des capabilités (HDCA) et dont la présidence est actuellement assurée par Martha Nussbaum. Ces deux figures n'ont pas la même conception des capabilités, le premier défendant plutôt une approche générique sans délimitation de «listes canoniques de capabilités estimant qu'elles doivent émerger d'un processus de libre expression et de pensée démocratique», alors que la seconde semble défendre une vision instrumentale en proposant une liste de dix capabilités humaines centrales (central human functional capabilities) en tant que composantes des principes universels d'une bonne vie à prendre en charge par les gouvernements, mais dont la mesure qui est basée sur des enquêtes psychosociologiques et anthropologiques reste encore problématique. Car, au niveau de l'analyse des situations concrètes, le dilemme pour l'approche par les capabilités, c'est de mesurer ce qu'une personne peut faire, ou ce qu'elle aurait pu faire, à l'opposé de ce qu'elle fait actuellement.
Force est de constater que l'approche alternative basée sur les paradigmes de capabilités, de développement humain et de gouvernance démocratique ouvre, sans conteste, des perspectives prometteuses en matière de recherches pluridisciplinaires, d'analyses empiriques et de mesures multidimensionnelles du développement, appréhendé en tant que processus d'expansion des capacités humaines, des libertés et des choix des citoyens dans le respect de leurs droits fondamentaux et de leur dignité. Dans ce cadre, il convient de garder à l'esprit que la valeur du concept de développement humain, en tant que paradigme scientifique et de l'IDH en tant qu'outil pour sa mesure quantifiable, réside moins dans le fait de distribuer des notes et d'attribuer des places aux pays selon les informations existantes, les systèmes normatifs dominants et les questions de sens imposées par les visions étriquées et les approches néolibérales véhiculées par les défenseurs du consensus de Washington. Elle réside plutôt dans le fait d'engager les responsables politiques et les acteurs publics et privés du développement à travailler dans la transparence, à communiquer des informations sur leurs décisions et leurs actions et à ouvrir des débats sur les choix de société et à y associer dans la transparence les composantes citoyennes de la nation, tout en poussant à l'instauration de la culture de rendre des comptes et du choix des meilleurs décideurs pour la gestion des affaires publiques.
Elle réside aussi et surtout dans le fait indéniable que la bataille du développement national, notamment humain, est un processus cumulatif global qui relève de l'autonomie nationale de décision et du génie propre à chaque pays selon son histoire, son identité, sa culture, ses traditions, sa personnalité et son organisation politique et administrative, et qui ne doit souffrir ni de pose, ni de relâchement et encore moins de discontinuité ou de remise en cause avec le changement des majorités. Ceci signifie que le processus de développement humain doit être au cœur des stratégies et des politiques de développement et consacré en tant que priorité stratégique suprême dans le cadre d'un consensus national entre les composantes de la société et les acteurs du développement.
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Victime de son succès
Selon Sakiko Fukuda-Parr, directrice de la rédaction du Rapport mondial 2002 du Pnud, «(…) L'idée de développement humain est aujourd'hui victime du succès de l'IDH (…) malgré maints efforts, le développement humain demeure assimilé à l'IDH , ce qui amène à fermer les yeux sur les libertés politiques, la participation à la vie sociale et la sécurité physique… Si ces capacités ne figurent pas dans le calcul de l'IDH, c'est parce qu'il est difficile de leur donner une expression chiffrée, et non parce qu'elles seraient moins importantes pour le développement humain». (Pnud, RMDH 2002; p. 53).
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Mesurer le progrès social
Les travaux de recherche empiriques sont menés depuis quelques années pour tenter d'opérationnaliser et de mesurer les diverses capabilités, (C. Martinetti, 2000; Alkire.S 2002 et 2005), ou de concevoir des indicateurs de capabilités pour la qualité de vie (I.Robyns et R.J. Van Der Veen, 2007 indicateur selon une liste de treize domaines) ou de tester leurs corrélations avec l'IDH (Ranis, Stewart et Samman: Beyond HDI, 2006) pour souligner que l'extension du concept et de la mesure du développement humain à des dimensions plus larges affecterait le mode d'évaluation des performances des pays.
Dans ce cadre, l'ouverture de nouvelles pistes de recherche devrait porter sur la mise en place de nouveaux indicateurs du développement humain centrés sur les libertés humaines et les droits de l'homme et sur l'amélioration de la nature et de la qualité des variables de l'IDH et son calibrage selon le niveau de développement des pays (avec deux IDH I et II respectivement pour les pays en développement et pour les pays développés) ainsi que sur l'analyse comparative des scores de l'IDH au sein des pays et entre les pays, par tranches de revenus ou de dépenses de consommation, par milieux de résidence et par régions, tout en les corrigeant par les inégalités. L'objectif est de jeter un éclairage nouveau sur les trajectoires différenciées et plurielles de développement au sein d'un même pays selon les groupes sociaux et les espaces territoriaux, sur les mystères de la croissance économique, ses bases sectorielles et territoriales et ses acteurs privilégiés ainsi que sur les dynamiques de la pauvreté et des inégalités sociales et spatiales et leurs impacts profonds sur l'efficacité de la transformation structurelle des fruits de cette croissance en termes de développement humain.
Dans le même esprit, les décalages croissants entre croissance du PIB et bien-être humain, milite en faveur de l'affinement et de l'approfondissement des mesures multidimensionnelles du bien-être économique et social en complétant ou en dépassant la mesure par le PIB/tête, afin de mieux appréhender l'ensemble des facteurs économiques et non économiques déterminants qui impactent l'évolution des niveaux de vie des gens et leur bien-être, en particulier leur employabilité, leur niveau de formation et d'éducation, leur état de santé et leur statut socio-économique, dans des contextes marqués par la mise à l'épreuve de la cohésion sociale et par l'apparition de nouvelles formes d'inégalité et de précarité liées aux restructurations compétitives, à l'érosion des pouvoirs d'achat, à la flexibilité des marchés du travail et aux modes d'adaptation aux dynamiques de la mondialisation.
C'est dans ce sens que la Déclaration finale du second forum mondial organisé par l'OCDE à Istanbul, en juin 2007, sur le thème ‘‘Mesurer et favoriser le progrès des sociétés'' a souligné que ‘‘les initiatives prises dans plusieurs pays pour mesurer le progrès social -en dépit des différences de méthodes et de systèmes culturels et intellectuels- démontrent qu'il existe un consensus sur la nécessité de mesurer dans chaque pays le progrès des sociétés en allant au-delà des indicateurs économiques habituels tels que le PIB/habitant''. C'était d'ailleurs l'objet de la conférence de Bruxelles organisée en novembre 2007 par l'OCDE, le Parlement européen et le Club de Rome, sur le thème ‘‘Au-delà du PIB: Comment mesurer le progrès, la véritable richesse et le bien-être des nations''? A cet égard, la réflexion sur le dépassement de la mesure du bien-être économique et social par le PIB/tête (qui ne tient pas compte de l'amortissement, des coûts de dégradation de l'environnement et de la biosphère, de la durabilité des ressources, des nuisances et de la pollution et qui n'intègre pas l'économie domestique, le travail volontaire et la part totale de l'économie parallèle…), s'est traduite par la proposition d'autres indicateurs alternatifs centrés sur le développement durable, le développement humain et le progrès social (capabilités, IDH, indicateurs de santé sociale d'une nation…), la mesure du bonheur subjectif, la correction du PIB avec recours ou non à la monétarisation systématique et enfin sur des indicateurs composites pondérés.


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