Dans le Maroc de 2025, partir à la retraite n'a pas la même signification selon que l'on ait travaillé dans la fonction publique ou dans le secteur privé. À l'heure où un fonctionnaire peut espérer toucher en moyenne plus de 8.500 dirhams par mois, un retraité du privé, même après une carrière complète, doit souvent se contenter d'à peine plus de 1.800 dirhams. Le fossé est béant ! Un accident ? Rien n'est moins sûr : c'est le pur produit d'un système à deux vitesses, soigneusement entretenu. Les paramètres de calcul des pensions sont déséquilibrés, depuis toujours. Le plafonnement des salaires cotisables dans le privé, figé à 6.000 dirhams, bloque mécaniquement toute perspective d'équité. Peu importe ce que vous gagnez, votre retraite ne dépassera jamais les 4.400 dirhams. Ce plafond, on n'y touche pas, au nom du sacro-saint enjeu de la compétitivité des entreprises. Mais dans les faits, c'est une ligne de confort que personne n'ose remettre en cause. Et pourtant, ce déni collectif a un prix, celui de la précarisation silencieuse de centaines de milliers de retraités du privé. Ces «nouveaux pauvres» qui, après une vie de travail, survivent grâce à la solidarité familiale ou s'enfoncent dans la dépendance. Car dans la vraie vie, il ne suffit pas de baisser le coût du crédit ou de promettre l'inclusion sociale. Il faut garantir une vieillesse digne. Sur le terrain, la réforme structurelle du système des retraites est toujours «en cours de réflexion». On espère gagner un peu de temps, mais on oublie que les jeunes d'aujourd'hui, ceux qui financent le système, n'ont aucune garantie de bénéficier, un jour, d'une pension. C'est dire à quel point la réforme des retraites ne peut plus être pensée comme une série de rustines techniques. Elle doit affronter la réalité des inégalités entre régimes, poser la question du financement dans toute sa complexité et réparer l'injustice subie par les retraités du privé, ces grands sacrifiés du système. Meriem Allam / Les Inspirations ECO