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Des grèves à la pelle : Le temps des malaises
Publié dans Libération le 29 - 05 - 2019

S'il est un secteur où le malaise est le plus patent, c'est celui de l'enseignement, tous cycles et disciplines confondus.
Des débrayages plus ou moins longs, il y en a toujours eu, mais des solutions efficientes qui s'attaquent aux véritables racines du mal, jamais pour ne pas dire pas encore.
La grève qui paralysera aujourd'hui et demain les différents établissements publics d'enseignement supérieur ne déroge donc pas à la règle quelles qu'en aient été la pertinence et la justesse des revendications catégorielles qui l'ont sous-tendue.
Ceci d'autant plus que les données rendues publiques récemment par le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique, n'incitent nullement à l'optimisme et augurent de lendemains qui ne pourront nullement chanter que faux ou vaticiner à tout va.
De fait, ce n'est un secret pour personne que l'université marocaine souffre d'un sous-encadrement structurel grave et d'un déséquilibre avéré entre les établissements à accès régulé et ceux dits à accès ouvert. Cette dégradation du taux d'encadrement résulte du grand déphasage entre une volonté politique d'accroître le nombre d'étudiants dans l'enseignement supérieur (croissance de 108% entre 2011 et 2016) sans pour autant assurer les ressources humaines nécessaires, sachant que l'effectif des enseignants n'a augmenté que de 12% sur cette même période.
En outre, l'analyse de l'évolution des effectifs des enseignants-chercheurs par tranche d'âge entre 2001 et 2016, montre clairement qu'il y a une inversion de la pyramide des âges avec un vieillissement de ce corps de métier.
En effet, l'effectif des enseignants-chercheurs âgés de 55 ans et plus a connu une forte croissance, plus particulièrement pour la tranche des 60-64 ans. Ainsi, en 2016, le nombre d'enseignants-chercheurs de cette tranche d'âge est 19 fois plus élevé qu'en 2001, soit un accroissement annuel moyen de 21,7%.
Les enseignants-chercheurs âgés de 50 à 54 ans ainsi que ceux de la tranche 45-49 ans ont, eux aussi, vu leurs effectifs augmenter durant cette période mais avec des rythmes différents. Les premiers ont plus que doublé, alors que les seconds n'ont enregistré qu'une progression de 15%.
A l'opposé, les enseignants-chercheurs les moins âgés ont connu une baisse dans leurs effectifs. Elle s'accentue pour les plus jeunes d'entre eux, en particulier pour les 30-34 ans et les moins de 30 ans : respectivement -64% et -79%. Cette baisse s'explique par la mise en voie d'extinction du statut d'assistant, les délais nécessaires pour achever une thèse ainsi que le recrutement, à partir de 2012, des fonctionnaires ayant déjà un certain âge.
En l'absence de données sur les recrutements, les départs anticipés à la retraite, les départs volontaires ainsi que les décès, il est difficile d'émettre des prévisions exactes concernant l'effectif des enseignants-chercheurs qui atteindront l'âge de départ à la retraite dans les années à venir. Cependant, sachant que cet âge est défini à 65 ans et en se basant sur la répartition des enseignants-chercheurs par tranche d'âge en 2015, le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique a estimé, sans tenir compte des paramètres précédents, cet effectif ″sortant″ à 1.565 en 2020. Il s'élèvera, selon la même source à 2.744 en 2025 et 2.784 en 2030. Ainsi le cumul des départs serait de 7.332 enseignants-chercheurs entre 2015 et 2030, ce qui représente 57% de l'effectif total du personnel enseignant-chercheur en 2015.
En outre, la tendance baissière de la masse salariale entre 2013 et 2017 est allée de pair avec la détérioration du taux d'encadrement, particulièrement dans les filières à accès ouvert.
La baisse de la masse salariale montre que le remplacement des enseignants partant à la retraite devient de plus en plus problématique.
Cette situation s'est traduite par une baisse des coûts unitaires de fonctionnement par étudiant dans les filières à accès ouvert. En effet, la baisse tendancielle du taux d'encadrement dans ces filières (83 étudiants par enseignant en 2016) renseigne sur la baisse de la masse salariale par étudiant dans un contexte de forte croissance des effectifs. Le coût unitaire de fonctionnement pour chaque étudiant inscrit dans une filière à accès ouvert a ainsi connu une forte baisse entre 2009 et 2015. Ce coût fut à sa plénitude avec le Programme d'urgence qui a injecté des budgets conséquents en 2009. L'on comprend aisément qu'à moins d'investissement soutenu, ce coût baisserait davantage pour les années suivantes, au regard des départs prévus à la retraite et des difficultés de remplacement auxquelles font face les universités.
Ce qui remet au goût du jour la vieille antienne selon laquelle tout cela ne serait nullement fortuit et qu'il s'inscrit bel et bien dans le cadre d'une volonté manifeste de privatisation de ce secteur que d'aucuns estiment comme stratégique pour le devenir du pays.
Cela pose aussi cette incontournable question : quelle est la finalité de cet enseignement supérieur qui souffre d'autant de dysfonctionnements et à quoi prépare-t-il les dizaines de milliers de lauréats qu'il met annuellement sur le marché de l'emploi ?
Si selon certaines données de presse, moins de 20% de ceux-ci reçoivent, effectivement, une formation utile qui les habilite à trouver chaussure à leur pied, les milliers d'autres n'ont d'autre choix que d'aller grossir les rangs des chômeurs ou de postuler pour des emplois précaires et sans perspectives d'avenir.
Est-il encore temps de prendre le taureau par les cornes et les décisions courageuses qu'il faut pour éviter que pareille situation ne perdure ?
Peut-être. Encore faut-il le vouloir réellement.


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