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Répression tous azimuts dans les camps de la honte
Publié dans Libération le 24 - 06 - 2019

Fadel Breika, Mahmoud Zeidane et Moulay Abba Bouzeid sont trois jeunes Sahraouis qui vivent dans les camps de Tindouf. Ils ont en commun d'exprimer leur ras-le-bol des pratiques inhumaines du Polisario et de la répression imposée par les généraux algériens.
Ils ont également en commun d'être blogueurs et défenseurs des droits humains, longtemps muselés par le Polisario et privés du statut de réfugiés et interdits de circulation en Algérie. Ces trois jeunes gens, pour exprimer leur ras-le-bol, se sont rendus devant la représentation du Haut-commissariat aux réfugiés à Rabouni, où ils ont organisé un sit-in. Mais comme ils ne sont pas les seuls habitants des camps à en avoir assez de cette situation caractérisée par les mensonges des dictateurs à la direction du Polisario, leur sit-in avait drainé des centaines de gens solidaires et énervé les commanditaires algériens et leurs sbires du Polisario qui n'ont pas hésité à arrêter les meneurs du mouvement.
Membres du mouvement Initiative pour le changement au Sahara (ICS), les interpellés furent conduits à des endroits connus des seuls tortionnaires du Polisario, poussant les familles à se manifester craignant pour les leurs. En exemple, Khalil Ahmed est porté disparu depuis dix ans et dont on est sans nouvelle si ce n'est qu'il était entre les mains des renseignements algériens.
Exilé en Mauritanie et ayant subi les mêmes procédés d'enlèvement que les trois jeunes gens, Moustafa Sidi Mauloud a lancé un appel conjointement avec les membres de la direction de l'ISC.
Dans l'appel lancé à travers sa page Facebook, il dénonce la campagne d'intimidation lancée par «l'aile pro-algérienne au sein du Polisario». Il exhorte les peuples libres à intervenir pour faire cesser la campagne lancée à l'intérieur des camps visant les militants sahraouis et demande au Haut-commissariat aux réfugiés d'intervenir immédiatement pour protéger les réfugiés et préserver leurs droits». C'est l'occasion pour lui de s'adresser également aux opposants du Polisario établis à l'étranger.
«J'appelle tous les opposants du Front Polisario à l'étranger à se rencontrer le plus tôt possible en Mauritanie et à se rendre dans les camps de Tindouf. La communauté internationale se doit d'assumer ses responsabilités pour protéger nos proches dans les camps», dit-il.
Par cet appel, Moustafa Salma invite, enfin, les Sahraouis établis à l'étranger à «manifester devant les ambassades algériennes afin de faire connaître les souffrances du peuple sahraoui dans les camps aux Parlements et gouvernements de différentes régions du monde».
L'ex-inspecteur général de la police du Front Polisario rappelle à partir de la Mauritanie où il est exilé que plusieurs groupes politiques d'opposition existent au sein des camps de Tindouf, citant à cet égard le Rassemblement démocratique sahraoui, la Ligne du martyr et l'Initiative sahraouie pour le changement. «Cela concerne tous les Sahraouis, même ceux qui vivent dans les provinces du Sud du Maroc car les Sahraouis sont comme un seul corps ; lorsqu'un membre souffre, c'est l'ensemble du corps qui réagit.
Solidaire de ses frères, Salek Mahjoub, président du Mouvement Khat Achahid, a dénoncé la vague d'arrestations auprès de l'agence espagnole. Il a déclaré que Mahmoud Zeidane, connu pour «ses opinons et sa défense de la liberté d'expression», était «porté disparu depuis mardi soir et personne ne sait où il peut se trouver».
Mercredi dernier, Mahmoud Zeidane a indiqué sur sa page Facebook que certains dirigeants du Polisario lui auraient «demandé de quitter le camp». Ils lui auraient aussi suggéré de se rendre dans un lieu sûr et de limiter ses mouvements. «Je suis prêt à tout interrogatoire, à condition que cela soit fait conformément aux règles juridiques et morales. Mais je ne vais pas fuir et quitter le combat de la conscience», a-t-il précisé.
Réagissant aux dénonciations provoquées par l'arrestation des trois militants, la direction du Polisario a publié un communiqué officiel par lequel elle déclare que le tribunal de cassation des camps de Tindouf a indiqué que les trois opposants ont été arrêtés selon les lois en vigueur, notamment le Code pénal et le Code de procédure pénale et conformément aux dispositions des articles 74, 99,148,… du Code pénal et délits de diffamation, insulte, incitation à l'insurrection, sans préciser les autres chefs d'accusation retenus contre les trois militants.
La Cour a indiqué que l'unité de contrôle judiciaire de la gendarmerie serait responsable de l'arrestation des trois personnes entre les 17 et 19 juin 2019. Il s'agirait de Moulay Abe Bouzard, Mahmoud Zaidane et El Fadel Breika, afin d'enquêter sur les faits qui leur seraient imputés avant d'achever les procédures de recherche et d'enquêter sur le transfert de leurs dossiers à la justice.
Dans le même contexte et selon un enregistrement vocal d'un dirigeant du Polisario, les trois hommes feraient également l'objet d'accusation d'intelligence avec les renseignements marocains.
Pour les observateurs, ce n'est pas la première fois que le Polisario arrête et torture des opposants, surtout quand il s'agit de blogueurs susceptibles de dénoncer la corruption et la gabegie qui sévissent parmi les membres de la classe dirigeante du Polisario.
Réagissant au communiqué de la direction du Polisario et son prétendu tribunal, l'Initiative sahraouie pour le changement a précisé que les trois militants sont actuellement incarcérés dans la sinistrement célèbre prison de Rachid.
Dans un communiqué publié par un média espagnol et narguant la presse des camps de Tindouf, l'organisation a jugé que les «accusations» portées contre les trois activistes, telle la «diffamation», «sont très en vogue dans la presse à la solde de Ghali et ses compagnons», soulignant qu'au grand dam de cette presse propagandiste, on peut noter l'absence de «haute trahison, de conspiration et autres charges, généralement retenues contre les détenus».
Pour le bureau de l'Initiative sahraouie, cette vague d'interpellations «n'est qu'une piètre opération politique visant à faire oublier les revers subis dernièrement par la diplomatie d'Alger et du Polisario et à intimider les gens pour avoir critiqué les dirigeants».
Surprise par le silence de la prétendue Commission sahraouie des droits de l'Homme sur un sujet, relevant en théorie de sa compétence exclusive, l'ISC exige en conséquence la présence d'observateurs internationaux dans le procès des trois militants. Mais sachant que le Polisario est allergique à toute présence d'observateurs étrangers aux procès qu'il initie, cette demande n'a que peu de chances d'aboutir.


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