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Moubarak, l'autocrate déchu à l'image corrompue
Publié dans Libération le 27 - 02 - 2020

Hosni Moubarak a promené sa silhouette trapue et ses lunettes noires pendant 30 ans sur la scène internationale, mais dans l'histoire, l'ex-président égyptien --détrôné lors du Printemps arabe-- restera le dirigeant d'un régime corrompu.
Décédé mardi à l'âge de 91 ans, l'ancien raïs avait été contraint à la démission devant le soulèvement populaire de 2011, alors qu'il était devenu l'un des dirigeants africains les plus anciens.
Hosni Moubarak est vice-président le 6 octobre 1981 lorsque son destin bascule. Assis en grand uniforme aux côtés d'Anouar el-Sadate lors d'un défilé militaire, il échappe aux balles des islamistes visant le président égyptien, artisan d'un accord de paix avec Israël signé deux ans plus tôt.
Légèrement blessé dans l'attentat, cet ancien pilote de chasse, connu pour sa santé de fer et son mode de vie ascétique, remplace alors le président assassiné à la tête du pays. Sa « baraka » devait ensuite lui servir pour échapper à six autres tentatives d'assassinat.
Il s'installe à la tête du pays, maintenant en place pendant trois décennies l'état d'urgence décrété après l'attentat.
Mais comparé à ses prédécesseurs --le charismatique Gamal Abdel Nasser et le politicien rusé Sadate-- il fait pâle figure et sera rapidement surnommé "la vache qui rit", pour sa ressemblance supposée avec la célèbre mascotte du fromage français.
Bien avant sa chute, ses détracteurs lui ont reproché d'être corrompu, de manquer de charisme et de ne pas mener à bien les réformes nécessaires.
« Il avait cette image de personnage corrompu à travers les activités de ses fils et ses liens avec les hommes d'affaires du pays », raconte Mostafa Kamel el-Sayyed, professeur de sciences politiques à l'université du Caire en évoquant les Affaires sulfureuses des deux fils Alaa et Gamal.
Après sa chute, le président a dû répondre à une série d'accusations de corruption. Lui et ses deux fils ont notamment été condamnés à trois ans de prison pour un détournement de quelque 10 millions d'euros.
Toutefois, « l'économie a eu un taux de croissance respectable » pendant les années Moubarak, nuance M. el-Sayyed, avant de préciser que la période a été également marquée par « un certain degré de liberté d'expression, avec des télévisions indépendantes et des journaux d'opposition » autorisés sous la pression de l'allié américain.
Jusqu'au dernier moment, le président a défendu son bilan: le 1er février 2011, en plein soulèvement populaire qui devait précipiter sa chute, il déclarait: « Ce pays, j'y ai vécu, j'ai fait la guerre pour lui, et l'histoire me
jugera ».
Pragmatique, volontiers patelin, aimant les tournées à travers le pays, il est pourtant très vite apparu comme coupé du peuple et orgueilleux, s'appuyant sur un redoutable appareil policier et un système politique dominé par un parti unique à sa dévotion.
Des élections sont organisées sur fond de soupçons de fraude. En 2005, il l'emporte haut la main et son principal opposant Ayman Nour est mis en prison.
S'il s'est montré un adversaire résolu de l'islamisme radical façon Al-Qaïda, il n'a pas réussi à endiguer la montée progressive de l'islam traditionaliste des Frères musulmans.
En politique étrangère, M. Moubarak est resté résolument pro-américain, préservant l'accord de paix avec Israël. S'imposant comme une figure familière des réunions internationales, il a fait de son pays un pilier modéré au sein du monde arabe.
Né le 4 mai 1928 dans une famille de la petite bourgeoisie rurale du delta du Nil, Mohammed Hosni Moubarak a été pilote de Spitfire dans les années 1950, avant de gravir un à un les échelons de la hiérarchie. Chef de l'armée de l'air pendant la guerre du Kippour en 1973, il était nommé vice-président deux ans après.
A ses côtés, Suzanne, son épouse, a marqué la présidence de son empreinte en intervenant dans le domaine des inégalités entre hommes et femmes, donnant ainsi à son mari une image moderne.
L'ancien autocrate, qui avait espéré passer le flambeau à son fils Gamal provoquant la colère des Egyptiens, a finalement été détrôné par le Printemps arabe.
Par la suite, il est apparu malade devant un tribunal, transporté sur une civière dans une cage métallique. Sa santé a été l'objet depuis sa chute d'incessantes spéculations faisant état tour à tour de dépression aiguë, de cancer, d'accident cardiaque ou de problèmes respiratoires.
Premier président égyptien à avoir été traduit en justice, il n'a été autorisé à quitter l'hôpital militaire où il était détenu qu'en mars 2017. Il avait notamment été condamné à la perpétuité, puis acquitté, pour complicité dans la mort de 846 manifestants durant
la révolte.


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