Les dirigeants algériens isolés de la dynamique de l'histoire    Pantins et commanditaires obnubilés par une guerre imaginaire    Contrôle de conformité des produits industriels : De nouvelles normes marocaines    Bouznika : Début du 5ème round des négociations inter-libyennes    La RDC s ' en tire à bon compte face à la Libye    Volontaires, l' une des clefs de l'organisation du CHAN    Compteur coronavirus : 1.138 cas testés positifs et 29 décès en 24 heures    Fusion Danse Morocco, un nouveau rendez-vous artistique pluriculturel    Sonia Bennis expose ses récentes œuvres à Marrakech    LF 2021 : voici les principales mesures fiscales [Document]    Le vaccin est enfin arrivé au Maroc...vers un lancement imminent de la campagne anti-Covid    Entraînement en mer: Deux stagiaires commandos de la Marine Royale portés disparus    2M et la DGSN s'associent pour lutter contre les violences faites aux femmes    Dakhla-Oued Eddahab : Soutenir les commerçants et TPE...    Hommage / Covid-19 : ces soignants morts sur le front de l'épidémie    Le Vaccin AstraZeneca arrive au Maroc    Les 10 risques pour les entreprises en 2021, selon «Allianz Risk Barometer»    Vaccins anti-Covid-19 : La fièvre des «vaxxies» va bientôt atteindre le Maroc    Restauration : comment les professionnels comptent se réinventer pour tirer leur épingle du jeu en 2021    L'inflation augmente de 0,7% en 2020    TPME : L'Observatoire et le Ministère de l'Industrie renforcent leur partenariat    Défense aérienne : Le Maroc acquiert le fameux système de défense aérienne "Patriot"    USA: Majoritaires au Congrès, les démocrates pressés de mettre en œuvre l'agenda de Biden    Hassan Baraka, le premier marocain à nager 1.600 mètres dans une eau à moins de 5 degrés    Meknès : 6 ans de prison pour le violeur d'un enfant de 7 ans    Al Aroui : Vol d'un coffre-fort renfermant une arme à feu et de l'argent    Maroc-Rwanda à 17h : qualification et confirmation en ligne de mire    Le Rallye Aïcha des Gazelles reporte sa 30eme édition    La RAM achemine le vaccin anti-covid à Casablanca (photo)    Groupe C : Maroc-Rwanda / La qualification au prochain tour en ligne de mire    L'homme aux chaussettes rouges quitte DFC    Première édition de «Blabl'Art» à Casablanca    CRI : Crise sanitaire ? Connais pas !    L'Inde donne son feu vert pour l'exportation du vaccin vers le Maroc    Joe Biden marque la rupture avec Trump à son arrivée à la Maison Blanche    Le Maroc plaide pour une stratégie africaine de l'éducation    Le Maroc et Israël signent un accord pour des vols directs entre les deux pays    SM le Roi reçoit le ministre émirati des affaires étrangères et de la coopération internationale    "Le secret de la lettre " , nouveau roman de Mohammed Ennaji    Lutte contre la corruption : des experts internationaux plaident pour une approche solide et coordonnée    L'Opinion : Distorsions espagnoles    Radios privées, une «mue» bienfaitrice!    L'ONU condamne le meurtre de deux Casques bleus, dont un Marocain, en République centrafricaine    Casablanca: mise en échec d'une tentative d'exportation illicite de pièces géologiques    «Mohammed VI, la vision d'un Roi : actions et ambitions»    «Livre de chevet : les effets positif de la pandémie»    A la découverte de l'univers fantastique de Yassine Balbzioui à Rabat    Mise au point : Les "attaques injustifiées" et les "assertions diffamatoires" de RSF ne passent pas    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Burundi : une guerre civile se profile à l'horizon
Publié dans Libération le 27 - 10 - 2011

L'attentat du 18 septembre à Gatumba, au Burundi, a été le départ d'une nouvelle vague de conflits tribaux : est-ce le début d'une nouvelle guerre civile ? Les derniers développements des enquêtes de la police – apparemment très lentes et inefficaces selon la population et l'opposition politique – jettent une ombre sur l'action du gouvernement, suspecté d'avoir un rôle dans toute cette résurgence de violence.
Le pays connaît en même temps une grave crise politique et économique, causée en grande partie par la guerre civile entre Hutu et Tutsi de 1993 et 2005. Après six ans de gouvernement de transition sous le contrôle ONU, les élections du 2005 étaient remportées par le parti dénommé Conseil National pour la défense de la démocratie – Force pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD) de Pierre Nkurunziza. La paix semblait restaurée, même si demeuraient encore des factions engagées dans la lutte armée – notamment le FNL (Front National de Libération) d'Agathon Rwasa, leader actuellement en exil au Congo. La situation économique du Burundi est aujourd'hui critique. Le PIB annuel par tête est estimé à 180 dollars, environ 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté et 56,8% des enfants souffrent de malnutrition. Il n'y a pas de donnés détaillées sur le chômage et l'Indicateur de Développement Humain DH est de 0,282 (166ème pays au monde).
Sur ces bases instables, les élections communales et présidentielles de 2010 on signé le début d'une nouvelle saison de crise. La légitimation du CNDD-FDD de Nkurunziza s'est affaiblie, vu l'incapacité du parti à réactiver la croissance économique et à maintenir la paix. Le gouvernement s'est montré très répressif envers les partis d'opposition – le FNL et le ADC-Ikibiri (Alliance Démocratique pour le changement). Même si sa côte de popularité était tombée au-dessous des minimums historiques, le CNDD a remporté encore la victoire électorale avec les 2/3 des votes aux communales du 25 mai: l'opposition a immédiatement dénoncé des fraudes, mais, contre toute attente, les observateurs de l'ONU et de l'UE ont estimé que les scrutins étaient réguliers. L'opposition s'est alors faite rapidement entendre avec de nombreuses manifestations, qui ont malheureusement dégénéré en émeutes, après la découverte de preuves de fraudes. Les leaders de l'opposition ont été arrêtés.
Cependant, en même temps, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon se rendait dans le pays, poussant pour la reprise du processus électoral - mais en rendant visite seulement au président Nkurunziza sans commenter les fraudes et les arrestations. Cet acte a été considéré par les manifestants comme une sorte de légitimation par l'ONU de la prise de pouvoir…illégitime du gouvernement, envenimant ainsi indirectement les rivalités politiques.
Le FNL invitait à boycotter le processus électoral des présidentielles du 26 juin, continuant par ailleurs les manifestations, sitôt réprimées par la force par le gouvernement. Les élections ont été remportées encore par Nkurunziza et ont marqué le début d'une nouvelle période de suppression de toute opposition politique, vue comme « source d'instabilité » pour le pays. Jusqu'à l'été 2011, les oppositions continuaient leur lutte politique de manière relativement pacifique, même si l'on assistait encore à des violences de la part de groupes paramilitaires indépendants. Human Rights Watch a par exemple rapporté des meurtres d'ex-leaders du FNL en juillet, août et septembre.
Le vrai tournant est venu avec l'attentat de Gatumba du 18 septembre : au bar « Chez les amis », des hommes armés en uniforme militaire ont fermé les sorties du bâtiment et fait feu, tuant 26 personnes (39 selon des sources alternatives). Selon des sources locales, une des victimes était affiliée au parti de gouvernement. Le Président, après avoir rendu visite à la ville et déclaré trois jours de deuil, a annoncé l'institution d'une commission d'enquête sur l'affaire.
L'attentat a signé le début d'une nouvelle période d'instabilité : en l'espace d'une semaine environ, dans tous les recoins du pays on a assisté à des manifestations anti-gouvernamentales et des émeutes localisées – un possible retour à la guerre civile, selon certains analystes.
La fuite d'informations concernant l'enquête du 9 octobre a contribué au regain de tensions au sein du pays. Les autorités semblent condamner Agathon Rwasa comme organisateur de l'attentat, en collaboration avec l'ADC. Le FNL et l'ADC ont immédiatement nié ces accusations, mais le gouvernement continue à produire des preuves contre eux, même si cela est de manière discutable. Car tout n'est pas clair…
De nombreux journalistes ont en effet dénoncé les différents points obscurs de l'attentat : par exemple, la police avait mystérieusement « disparu » des environs du lieu de l'attentat juste quelques minutes avant l'attaque ; le gouvernement a interdit aux médias de parler de l'attentat ; les leaders de l'opposition ont été perquisitionnés et arrêtés sans motif. En outre, sur des motifs très fragiles, des journalistes radio ont été interrogés par la police sur leur possible participation à l'attentat. Sur ces bases, la presse et les analystes locaux suspectent fortement que le gouvernement a eu un rôle actif dans l'attaque.
A vrai dire, l'hypothèse est tentante : il n'est pas difficile voir que Nkurunziza a un intérêt à cette situation, vue ses tendances absolutistes démontrées dans les années passées. L'attaque lui donne la possibilité de « légitimer » la répression violente contre l'opposition et de renforcer son pouvoir.
Mais si cela était avéré, le Président n'aurait alors pas prévu un élément assez simple: sa stratégie de créer chaos pour imposer sa « dictature légalisée » n'aurait pas de sens, car la répression indiscriminée des libertés civiles forcera l'opposition à manifester sans cesse contre un gouvernement qui ne sait que répondre pat la force. Le résultat de ce cocktail est l'escalade de violence qui, dans un pays si instable, pourra rouvrir les portes de la guerre civile.
* Economiste de l'Université Federico II à Naples en Italie
analyste sur www.unmondelibre.org.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.