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Coronavirus : La pandémie des liens sociaux brisés
Publié dans L'opinion le 28 - 09 - 2021

Bouleversée par la pandémie, notre vie sociale a vu disparaître bon nombre de relations et de connaissances,
happées par la suspension de certaines activités et la divergence d'avis sur le protocole sanitaire.
L'arrivée au Royaume du variant Delta, responsable de la récente flambée des cas positifs au Covid-19 qui s'approchaient dangereusement de la barre des 2000 cas quotidiens, semble donner raison à une partie de la population qui continue à se confiner alors qu'une autre partie continue à vivre sa vie, sans prendre plus de précautions. Cette pandémie qui se propage facilement par le biais du contact social attaque les relations humaines en modifiant radicalement les façons dont les humains interagissent.
Pour de nombreuses personnes, la pandémie était une épreuve difficile à surmonter, séparant pour longtemps des couples et des familles, ou encore obligeant à rester sous le même toit des personnes qui ne s'entendaient pas parfaitement.
Les débats sur la pandémie divisent
Dès le début de la pandémie, une série de polémiques s'est déclenchée: port du masque et des gants, pour ou contre la vaccination, et plus récemment encore le pass sanitaire, divisant ainsi la société en opinions divergentes et éclatées. Ces polémiques ont également causé des déchirures au niveau des familles, des couples et des amis.
« J'ai des relations qui ont changé, j'ai été vraiment déçue par certains comportements égoïstes de ma famille et de mes amies ». Alors que Layla a repris le cours normal de sa vie, elle n'a toujours pas revu celle qu'elle considérait comme l'une de ses meilleures amies. Les deux femmes, la trentaine, partagent pourtant de nombreux centres d'intérêt : « On s'appelait et se voyait presque tous les jours, on partageait nos déboires sentimentaux et professionnels, nos joies et nos doutes ». Mais tout semble les opposer au temps du Covid-19.
Avec sa boîte de masques FFP2 et son gel hydroalcoolique dans son petit sac à main- et déjà complètement vaccinée, Layla n'est pas du genre à prendre des risques face au Coronavirus. Tout l'inverse de son ancienne amie qui « organisait des rencontres chez elle en plein confinement, voyait des gens, ne respectait aucun geste barrière. Ça a mis une certaine distance entre nous»...
L'amour à l'abri des tensions ?
Un autre pan des relations sociales mis à mal avec la crise du Covid-19 reste les relations amoureuses, qu'elles soient naissantes ou existantes. Ces dernières ont connu aussi des tensions et des changements à cause de la pandémie.
Selon une étude du Haut-Commissariat au Plan (HCP) intitulée « Rapports sociaux dans le contexte de la pandémie Covid-19 », un Marocain sur quatre a vécu des situations de conflit avec les personnes avec qui il s'est confiné et 34% d'entre eux ont eu des conflits avec le conjoint (33% parmi les femmes et 35% parmi les hommes). L'éducation des enfants, la gestion du budget et le travail domestique ont été les causes principales de conflit au sein des couples pendant le confinement, affirme le rapport.
« Je suis marié depuis plus de 20 ans, mais ma situation de couple a commencé à se dégrader depuis le début de la pandémie », soupire Omar, fonctionnaire dans un ministère. « Bien que ma femme a un bon niveau éducatif, elle croyait en toutes les rumeurs qui circulaient et aux scénarios complotistes. Elle ne portait pas de masque, ne respectait pas les gestes barrières... Résultat des comptes : on a attrapé la maladie, et on a perdu sa maman à cause de la Covid au moins de deux mois », déclare-t-il les larmes aux yeux. « Aujourd'hui, elle sombre dans un état de regret continu, on évite de se parler pour que ça ne se transforme pas en querelles », ajoute Omar.
La vie des jeunes chamboulée
En phase de construction de leurs personnalités, la nouvelle génération des jeunes marocains s'est trouvée confrontée à des conditions de vie difficiles avec des interactions sociales limitées. Enseignement à distance, confinement, exposition accrue aux outils technologiques créant une forte addiction (téléphones, pc, etc.), la pandémie a créé des problèmes pour un grand nombre de jeunes.
Jamila, 50 ans, nous confiait : « Ma fille de 15 ans avait hyper peur depuis le début de la pandémie. Elle n'est pas sortie de la maison pour plus de 6 mois continus. Depuis, elle a perdu contact avec toutes ses amies et est devenue addicte à son téléphone ». Une peine que partage également Soumya : « Mon fils a 22 ans, il faisait ses études dans une autre ville, dès qu'il devait revenir vivre avec nous, il nous a déclaré la guerre », déplore la jeune maman. « À chaque fois qu'on commence à parler, ça dégénère . Il nous déclare honnêtement qu'il attend impatiemment que son université revienne au système présentiel pour quitter la maison».
Nul ne peut nier que les interactions sociales ont été mises à mal durant cette pandémie et les différentes mesures gouvernementales imposées ont modifié notre façon d'appréhender la relation avec autrui. Si cette pandémie a été une dure épreuve pour nos relations humaines, certains espèrent que les liens d'amour et de sympathie reprendront une fois la pandémie passée.
Hiba CHAKER
Repères
Des impacts à long terme ?
Le Covid-19 va-t-il faire de nous des asociaux enfermés dans une bulle sociale réduite au minimum ? Pas la peine de paniquer. La pandémie fonctionne plus comme un accélérateur de tendance qu'un déclencheur. Des études scientifiques britanniques ont montré que les personnes qui souffraient de solitude avant le Covid-19 ont plus de risque de se sentir encore plus seules. Pour les autres, aucun changement durable n'est observé. Ces conséquences ne sont alors que ponctuelles face à une nature humaine qui se tourne instinctivement vers le groupe social.
Des professionnels de la Santé mentale bénévoles en aide aux citoyens
Pour les spécialistes, les liens sociaux affectés par la pandémie ne sont qu'un reflet d'états psychiques déstabilisés. Raison pour laquelle des professionnels de la Santé mentale et de la psychologie ont mis en place plusieurs plateformes à distance afin de fournir un soutien psychologique et des services de conseil aux citoyens qui développent de graves symptômes de détresse, de dépression ou de troubles de panique aiguë résultant des nouvelles conditions d'enfermement.
On peut citer à titre d'exemple : l'Unité d'urgence de santé mentale lancée par l'Association Marocaine de Psychiatrie en coordination avec l'Ordre National des Médecins, ou la plateforme de soutien psychologique pour Covid-19 lancée par la Faculté d'éducation de l'Université Mohammed V à Rabat.
L'info...Graphie
Statistiques
Rapports sociaux dans le contexte de la pandémie Covid-19

Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié un rapport portant sur l'évolution des rapports sociaux et des perceptions de l'accès à l'enseignement à distance et aux soins médicaux, dans le contexte du confinement sanitaire instauré pour lutter contre la pandémie de Covid-19 en 2020.
Selon ce rapport, un Marocain sur quatre (25,4%) a vécu des situations de conflit avec les personnes avec qui il s'est confiné (28% parmi les femmes et 22% parmi les hommes). 34% d'entre eux ont eu des conflits avec le conjoint (33% parmi les femmes et 35% parmi les hommes), 60% avec un membre du ménage autre que le conjoint (56% parmi les femmes et 54% parmi les hommes) et 6% avec le conjoint et un autre membre du ménage (11% parmi les femmes et 0.2% parmi les hommes).

Liens sociaux
Recentrer ses relations sur « l'essentiel »

Alors que la pandémie de Covid-19 a plongé les uns dans la solitude, elle a créé des problèmes relationnels pour d'autres... Elle n'a pas manqué également de renforcer des liens sociaux déjà existants.
Marlee Bower, spécialiste de la solitude à l'Université de Sydney, et Roger Patulny, sociologue à l'Université de Wollongong, étudient les relations sociales de 2000 personnes depuis le début de la pandémie. Les premiers résultats indiquent déjà que des changements de comportement dus à la pandémie sont à l'oeuvre.
Le premier effet de la pandémie, on s'en doute, est la réduction du cercle social. Ce changement quantitatif s'accompagne d'une modification qualitative. On observe ainsi un recentrage des relations sur des « sous-groupes très particuliers ». Ce retour à « l'essentiel » est également mis en lumière par le sociologue François Dupuy qui a étudié la façon dont les Français et Françaises ont vécu le confinement.
Lors d'un webinar organisé par EDHEC Online, il évoquait notamment un renforcement des liens au sein de la famille élargie – les cousins au premier degré – pendant cette période. Ce ralentissement – et parfois arrêt – de la mobilité à cause de la situation sanitaire illustre la prééminence de la proximité géographique dans les relations habituelles.
« Lorsque les interactions sociales migrent en ligne, seulement certains types de relations semblent survivre, explique Marlee Bower à la BBC. Ce sont des relations où les points communs sont plus forts que le fait de partager le même travail ou le même loisir ». En temps de crise mondiale, les amis d'enfance ou la famille deviennent des valeurs sociales refuge.

3 questions à Mohcine Benzakour
« Au début de la pandémie, il y avait une vague médiatique qui a instauré un sentiment de peur dans la société »

Mohcine Benzakour, psychosociologue, a répondu à nos questions sur l'impact de la pandémie sur les relations sociales.
- Nous remarquons que la société se divise actuellement en deux groupes : les provaccins et les antivaccins, les personnes qui respectent les mesures sanitaires et celles qui ne le font pas : comment cela se répercute-t-il sur les relations ?
- Il faut comprendre d'abord la raison de cette division. Je vais être un peu méchant et je dirai que les personnes qui refusent de se vacciner, de respecter les gestes barrières, etc., sont des personnes qui manquent de civisme. Ce ne sont pas des choix qui résultent d'un choix idéologique mais d'un manque de civisme. Alors, tant que pour une majorité ce ne sont pas des actes résultant d'une forte croyance, contrairement à la France par exemple où il y a des mouvements anti vaccination par exemple, ça ne pourrait pas influencer fortement les relations interpersonnelles. Chacun pourrait exprimer ses opinions à travers ses actions sans atteindre une ségrégation sociale.
- Quel impact a eu la Covid sur les relations intimes (amis, familles) ?
- Au niveau micro relationnel, ça a une relation principalement avec la psychologie. Au début de la pandémie, il y avait une vague médiatique, comprenant beaucoup de fake news, ce qui a instauré un sentiment de peur dans la société qui s'est conjugué aux comportements des individus par des maladies psychiques, augmentation de la violence conjugale, montée des divorces. Mais une fois le savoir et la connaissance ont pris place, on a commencé à être moins stressé, moins angoissé, le contact est devenu plus fluide et les relations ont commencé à s'améliorer.
- La société marocaine a toujours été connue par la chaleur humaine, la force des relations interpersonnelles... Est-ce que la Covid pourrait modifier cette donne ?
- Je ne pense pas parce que cette chaleur a persisté même durant le confinement en se manifestant à travers la grande solidarité entre les différentes parties de la société. D'ailleurs, plus de 20 millions Marocains sont aujourd'hui vaccinés et les autres continuent à se diriger vers les centres de vaccination, ce qui prouve l'envie des Marocains non seulement à se protéger mais également de revenir à la vie normale, leur attachement à la joie de vivre et de se rencontrer, à l'échange et au partage.

Propos recueillis par Hiba Chaker


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