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Mustapha El Khalfi, “Salim Cheikh défend d'autres intérêts”
Publié dans MarocHebdo le 20 - 04 - 2012

INTERVIEW. La réforme du secteur audiovisuel public est dans l'oeil du cyclone. Son artisan, le ministre de la Communication, Mustapha El Khalfi, répond à ses pourfendeurs.
Maroc Hebdo International: Quelle est votre réaction au tollé médiaticopolitique qu'a suscité votre réforme de l'Audiovisuel?
Mustapha El Khalfi: Je ne sais pas comment qualifier ce flot d'attaques dont je suis la cible depuis l'approbation par la HACA, le 29 mars 2012, des nouveaux cahiers de charges des chaînes de télévision nationales, à savoir la SNRT et 2M. Or, j'ai respecté à la lettre les textes de loi en vigueur avec en toile de fond le fait que ces cahiers de charges font partie d'un projet visant la réforme du paysage audiovisuel public conformément à l'esprit de la Constitution. Laquelle consacre l'identité plurielle du Maroc et consolide les droits et libertés des citoyens.
Vous affirmez avoir respecté les procédures réglementaires dans le processus d'approbation des cahiers de charges alors que des dirigeants de partis de la majorité (PPS, MP) vous accusent d'avoir fait cavalier seul…
Mustapha El Khalfi: J'ai lu et entendu ce genre d'accusation. L'article 49 de la loi 77/03, promulguée en 2005, concernant le secteur audiovisuel public, stipule que le gouvernement prépare les cahiers de charges des chaînes de la télévision et de la radio nationales. Et depuis 2008, le décret des attributions du ministre de la Communication le charge explicitement de préparer ces cahiers de charges, qu'il remet au chef de l'Exécutif. C'est ce dernier qui a la faculté de les présenter à la HACA (Haute Autorité de la Communication audiovisuelle) pour approbation. Les nouveaux cahiers de charges 2012-2014 ont été finalisés le 28 mars, le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, les a remis à la HACA, qui les a approuvés le 29 mars 2012… Et rien ne m'oblige à les soumettre d'abord au Conseil de gouvernement, étant donné qu'il s'agit là de textes réglementaires relevant du département de la Communication.
Pourquoi ne pas en avoir discuté au sein de la majorité?
Mustapha El Khalfi: Vous me posez cette question comme si j'avais préparé ces textes-là dans le plus grand secret. Or, aussi bien les professionnels, les experts, les syndicats que les acteurs de la société civile ont été impliqués.
Salim Cheikh, directeur général de 2M, souligne, lui, que vous leur avez imposé le cahier de charges sans aucune consultation préalable…
Mustapha El Khalfi: C'est faux et archi-faux, ce que déclare Salim Cheikh depuis le lundi 16 avril 2012. Dès que j'ai pris mes fonctions au ministère, j'ai tenu une dizaine de réunions avec les directeurs des chaînes relevant du paysage audiovisuel, dont trois avec les dirigeants de 2M. Au sein du ministère, et avec des experts externes, nous avons procédé d'abord à une évaluation des deux précédents cahiers de charges (2006 et 2009). Nous avons étudié diverses expériences étrangères, notamment européennes, pour avoir un cahier de charges qui apporte un plus. J'ai reçu un mémorandum de la part de la direction de 2M et me suis déplacé au siège de la chaîne, le 17 février 2012, pour une réunion avec le directeur général et ses proches collaborateurs. Et la majorité des remarques et propositions contenues dans ledit mémorandum ont été retenues dans le cahier de charges. Le syndicat du personnel de 2M a été associé et a salué la teneur du document. Et, contrairement à ce que dit M. Cheikh, les professionnels de la chaîne considèrent comme une avancée ce qui a été proposé dans le cahier de charges…
Une avancée alors que l'on vous accuse de vouloir instaurer une télévision islamiste, entièrement arabisante…
Mustapha El Khalfi: Islamiste? Je ne comprends pas ce que cela veut-il dire. Le Maroc est un pays musulman, ce n'est pas moi qui l'ai décidé. Je veille, comme mes prédécesseurs, à ce que les programmes de télévision ne heurtent pas les sentiments des Marocains. Quant à la question de la langue arabe, que certains m'accusent de vouloir privilégier quitte à sacrifier le français, je dis que c'est faux. La Constitution marocaine adoptée le 1er juillet parle de la consolidation de la diversité linguistique du pays en mettant l'accent sur l'arabe et l'amazigh comme langues nationales mais en prônant l'ouverture sur les langues étrangères. Et je ne peux pas produire un texte de loi qui soit taxé d'anticonstitutionnel. Dans l'ancien cahier de charges, 2M pouvait avoir jusqu'à 30% de ses programmes en langue française, mais dans les faits elle ne faisait que 23%. Ce que nous proposons maintenant, c'est un pourcentage allant de 20 à 25%. Donc pas de régression sur ce volet-là.
Et pour les bulletins d'informations en français…
Mustapha El Khalfi: Les discussions fructueuses que nous avons eues avec la direction de 2M ont conduit à laisser aux responsables de la chaîne la latitude de programmer le bulletin d'information en français à l'heure qui leur paraît la mieux adaptée. Nous avons également débattu avec les dirigeants de 2M de la composition de la commission de la programmation et revu les parts consacrées aux sociétés de production externes…Pour Radio 2M, nous avons insisté sur la pluralité linguistique… Avec la SNRT, nous voulons consacrer cette pluralité et nous y mettrons les moyens qu'il faut pour développer la chaîne Tamazight en collaboration avec l'IRCAM (institut de la culture amazighe). D'ailleurs, dans ce but, j'ai tenu des réunions avec Ahmed Boukous, recteur de l'IRCAM. Ceci pour vous dire que c'est un faux procès que l'on me fait là. Pour moi, l'ouverture du Maroc sur son environnement est un choix stratégique. Le Maroc a des relations économiques très développées avec l'Occident et ce n'est pas moi ou le gouvernement auquel j'appartiens qui remettrions cela en cause. Au contraire. En préparant les nouveaux cahiers de charges, j'avais en tête cette donnée tout comme j'avais en tête les centaines de milliers de Marocains vivant à l'étranger…
Pourquoi alors cette sortie pour le moins virulente du directeur général de 2M contre votre réforme?
Mustapha El Khalfi: Salim Cheikh s'en prend à moi, personnellement. Je pense qu'en agissant ainsi Salim Cheikh défend d'autres intérêts dont ceux des lobbys qui craignent pour leur argent si jamais le paysage audiovisuel public franchit ce nouveau cap… C'est clair, la résistance à la réforme s'organise. Et ce n'est pas uniquement dans le secteur des médias, mais c'est toute la politique de réforme initiée par le gouvernement qui est visée.
L'interdiction des émissions des jeux de hasard (loto, Totofoot) est-elle une des raisons de cette levée de boucliers?
Mustapha El Khalfi: Concernant cette interdiction, je ne fais qu'appliquer la loi. La loi 77/03 parle dans un article spécifique de l'interdiction de toute publicité de nature à nuire physiquement ou moralement aux mineurs. La constitution exige de l'Etat de protéger les mineurs. C'est à partir de là que j'ai introduit dans le nouveau cahier de charges cette interdiction-là. Reste le problème du soutien au football, sport national par excellence. Et là je peux vous affirmer qu'on a mis en place une batterie de mesures pour compenser la perte consécutive à l'interdiction des passages des résultats des paris sportifs…