Maroc. Radisson Hotel Group ouvre quatre nouvelles plateformes hôtelières    Monétique: le CMI affiche des chiffres records pour le mois de juillet    Liban : l'UE est prête à imposer des sanctions pour peser sur la formation d'un gouvernement    En Algérie, deux superstructures sécuritaires à couteaux tirés pour s'emparer des leviers du régime    JO 2020. Les Marocains El Guesse et Oussama qualifiés pour les demi-finales du 800 m    JO-2020: Le programme du dimanche 1er août    Covid-19. Les vaccins, une voie à la fois sûre et fiable vers l'immunité    GB: les femmes enceintes fortement encouragées à se faire vacciner, face au variant Delta    Hausse de 4,1% du crédit bancaire en juin (BAM)    Levée des subventions sur le gaz butane, le sucre et la farine: ce qu'il en est vraiment    Conjoncture économique: les prévisions du HCP pour 2021 et 2022    Le Maroc s'inscrit, conformément à ses priorités, dans une perspective diplomatique multilatérale (ambassadeur)    Causalités foireuses et jugement médiatique orienté    Etats-Unis : les déclarations d'impôts de Trump doivent être transmises au Congrès    Libye : de retour, le fils de Kadhafi songe à se présenter à la présidentielle    Elections : L'Istiqlal déterminé à renforcer la position des Chambres de Commerce, d'Industrie et des Services    Le Président du Parlement arabe salue les réalisations accomplies par le Maroc sous le leadership du Roi Mohammed VI    Finale de la Coupe du Trône de basketball (2020-2021) : Le FUS Rabat remporte le titre face au Kawkab Marrakech    Au sujet des paris sportifs... L'ITIA et la FRMT suspendent à vie Mohamed Hirs et 35 000 $ d'amende !    Fête du trône : les vœux de Justin Trudeau    En Algérie, le scandale de faux comptes de désinformation liés au régime    Al Haouz: Fermeture d'un établissement hôtelier pour violation des mesures sanitaires    Covid-19. Le ministère de la Santé lance un appel à éviter les centres de vaccination à grande affluence    Covid-19 : Les objectifs de vaccination sont loin d'être atteints (OMS)    Maroc/Météo:Temps chaud, ce samedi 31 juillet    Pays-Bas : découverte d'un grand laboratoire de drogues de synthèse    Covid-19 au Maroc. Port du masque: les autorités serrent la vis    CEA-ONU : Les Initiatives Royales pour la promotion de la condition de la femme, saluées par Vera Songwe    La sélection nationale de Breakdance se prépare à Ifrane au Championnat du monde    Tunisie : le président Kaïs Saïed confie le portefeuille de l'intérieur à Ridha Gharsallaoui    Le président russe félicite SM le Roi à l'occasion de la Fête du Trône    BCP : Un Produit net bancaire de 10,2 milliards DH à fin juin    ONCF. De bonnes performances et une nouvelle feuille de route à l'horizon    JO 2020. Les Marocains El Bakkali et Tindouft qualifiés pour la finale du 3 000 m steeple    Banques participatives/ BAM : les dépôts à vue collectés grimpent de 49% en 2020    Tunisie : L'hôpital de campagne marocain à Manouba opérationnel    Marocanité du Sahara : Une reconnaissance américaine historique    Slalom Kayak aux J.O de Tokyo : Le Marocain Mathis Saoudi perd en demi-finale    Basket-ball : La finale féminine de la Coupe du Trône reportée à cause de la Covid-19    "Allayla Sahratena": Une soirée spéciale fête du Trône, samedi à 21h45    Yassine Saibi, la musique dans la peau    Pegasus, médiatus, propagus    "Réduction des risques... le Manifeste" : un ouvrage qui décortique les urgences du monde en temps de pandémie    Lever de rideau sur le 22è Festival international de luth    Art contemporain : La Fondation nationale des musées met en avant la jeune scène artistique    "Nektachfou Bladna"-Replay: Visiter le Maroc autrement avec les artistes    Fête du Trône : «Nehzzo lwan dyialna !», l'appel pour exprimer la fierté du pays    Maroc : découvertes de vestiges archéologiques majeurs à Casablanca    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Au cœur du camp d'immigrés subsahariens à Fès
Publié dans MarocHebdo le 22 - 05 - 2017


Face à la misère, le rêve de l'Europe
Dans la ville de Fès, l'assassinat par des immigrés camerounais d'un Marocain lors d'un cambriolage dans la nuit des 13-14 mai 2017 attise les tensions envers les immigrés clandestins. Reportage dans le camp d'immigrés près de la gare ferroviaire, le plus grand dans la ville spirituelle.
"Vous voulez visiter le camp des herraga? Empruntez ce boulevard, et tournez à droite. Marchez une cinquantaine de mètres, et vous trouverez la porte d'entrée. Cela vous évitera les ennuis de grimper les murs". Par ces mots, Abdelkarim, un petit commerçant, nous indique le trajet vers le célèbre camp d'immigrés subsahariens près de la gare ferroviaire de Fès. Après avoir suivi ses indications à la lettre, nous sommes arrivés à notre destination. Devant l'immense porte du camps, un groupe d'immigrés subsahariens. Assis dos au mur, se protégeant au passage d'un soleil de plomb qui domine le ciel en cet après-midi étouffant de chaleur, ils nous aperçoivent de loin et ne nous quittent pas des yeux. Pas question de franchir la grande porte du camp sans gagner leur confiance, ou du moins se présenter. A entendre le mot journaliste, certains se redressent tout d'un coup et adoptent un comportement plus méfiant. «Pas de photo s'il vous plait», nous lance l'un d'eux. Après une brève tentative pour apaiser les esprits, ils acceptent de nous répondre et désignent un porte-parole, Wilson.
Ce jeune homme originaire du Congo est au Maroc depuis près de trois ans. Âgé de 28 ans, il porte toujours, comme à l'instar de la majorité écrasante des immigrés installés dans ce camp, le rêve de partir en Europe. «J'ai essayé à plusieurs reprises mais j'échoue à chaque fois». Cela ne le décourage pas pour autant, car, derrière, les motivations ne manquent pas. «Je ne peux pas retourner dans mon pays car je suis ici pour ma famille que j'ai laissée au Congo sans rien. Ils n'ont rien à manger, et je suis leur seul espoir», poursuit-il, avec autant d'émotion que d'optimisme. Il faut dire qu'ici, malgré les conditions misérables, les locataires de ce camp de fortune sont animés par une volonté tant bien mystérieuse qu'inébranlable pour arriver à leur objectif, à savoir l'eldorado à l'autre rive de la Méditerranée.
Le rêve européen
Après ce court échange avec Wilson, nous franchissons la porte pour découvrir de plus près le camp. Sur un immense terrain vague, les immigrés trouvent refuge sous des tentes improvisées, essentiellement faites de plastique et de bois, et en moindre mesure de carton. Ici, on compte une centaine de huttes abritant un nombre variable de migrants allant de 400 à 700. La présence des femmes et des enfants est assez faible, étant donné les conditions de vie très pénibles, et donc insupportables, dans le camp. Celui-ci ne dispose pas du réseau d'eau potable ni d'assainissement, ce qui empire la situation. Les odeurs nauséabondes s'allient à la chaleur étouffante pour aggraver la situation et rendre la vie de ses immigrés encore plus compliquée.
A cela s'ajoute le problème des insectes qui profitent de la végétation environnante pour se multiplier et envahir le camp. «C'est l'enfer ici. Et en hiver, nous souffrons du froid glacial de Fès», se plaint George, un immigré ghanéen que nous avons interrogé. Il faut dire que la nature a rarement été clémente avec lui et ses voisins. Sans oublier bien évidemment les incendies qui ravagent leurs habitations. Le plus récent remonte à un mois et demi, la nuit des 29-30 mars 2017, lorsque les flammes ont détruit deux tentes, faisant trois blessés. Il s'agissait du deuxième incident du genre en moins d'un mois.
Situation misérable
Malgré cela, un minimum d'organisation régit la vie ici. En effet, ce rassemblement est divisé en clans sur la base de nationalités. On retrouve ainsi, entre autres, un clan camerounais, malien, guinéen, ivoirien, pour ne citer qu'eux. D'autant plus que le camp se caractérise par sa grande hétérogénéité, avec la présence de plus d'une quinzaine de nationalités différentes. Quant au chef de clan, il a plusieurs prérogatives dans la gestion de son clan, et il est surtout son représentant face aux autres chefs de clans. D'autres critères comme la langue parlée (anglophone, francophone) représentent également, mais moins que la nationalité, un critère d'organisation au sein du camp.
Pas loin de l'entrée, la partie malienne nous est la plus accessible. Le chef de clan, Ibrahima, 30 ans, se contente de nous accorder une sorte d'autorisation de s'adresser à ses compatriotes, mais refuse de répondre lui-même à nos questions. Nous nous tournons donc vers Modibo. «Je suis arrivé au Maroc en février 2016 et j'ai commencé à travailler directement après». Mais, face aux conditions imposées par ses employeurs, le jeune homme de 26 ans, titulaire d'un diplôme en mécanique, décide d'arrêter. «J'ai cherché un autre boulot dans des garages, mais on refuse de nous embaucher», regrette-t-il. Quoi qu'il en soit, Modibo, comme presque tous les autres immigrés ici, n'ont qu'un but dans l'esprit. Récolter assez d'argent pour pouvoir retenter leur chance pour partir en Europe. Après leur long périple qui les emmène de leurs pays d'origine jusqu'au Maroc, impossible d'échouer devant la dernière marche. Un périple que Ali Bedjo, 24 ans, installé au Maroc depuis trois ans, accepte de raconter. «J'ai fait presque tout le trajet à pieds. Je suis parti tout seul mais j'ai fait des connaissances en route, et finalement on est entrés à Oujda en groupe, après quelques jours passés en Algérie », nous explique-t-il. Un retour en arrière qui lui rappelle des événements tristes. «C'était horrible. Il y en qui décèdent avant d'arriver au Maroc. Il y beaucoup d'obstacles, et il y en a même certains qui se font tirer dessus. Les militaires sont violents, surtout les Algériens», poursuit-il.
Un périple infini
Mais rien ne semble pouvoir arrêter Ali. Dans sa quête pour l'Europe, il a dû faire le tour du nord Maroc: Tanger, Nador, Fnideq. Après avoir passé plusieurs mois à chercher un travail, il parvient à décrocher un poste dans une société privée à Rabat. Toutefois, le salaire est extrêmement faible et il n'a pas pu continuer. «Les employeurs ne respectent pas leurs engrangements contenus dans le contrat, du coup j'ai décidé de laisser tomber le travail, et j'ai recommencé à essayer de partir en Europe».
Cette intarissable envie a conduit Ali à tenter plusieurs méthodes. Dans un premier temps, il dépense toutes ses économies, 1.200 euros, pour une place dans une embarcation clandestine à Nador en direction des côtes espagnoles. Une mésaventure qui se solde par un échec cuisant. Il décide alors de partir à Fès et de s'installer dans ce camp. Une attitude assez étonnante alors que la capitale spirituelle, comparée à d'autres villes marocaines, ne se retrouve pas près des frontières de l'Europe. Pourtant, ce camp, ainsi que deux autres dans la ville de Fès, sont des sites préférés des immigrés.
«Ma famille à Bamako n'a plus d'argent à m'envoyer donc il n'est plus question de partir par la mer, du coup j'essaie de m'infiltrer à Melilla en outrepassant le grillage qui sépare la ville du territoire marocain», indique Ali. Quant à son ami Souleyman, l'important maintenant est de trouver un moyen de récolter 400 ou 500 dirhams, qui lui permettront de survivre quelques jours au nord, près de Nador, afin d'essayer d'accéder à Melilla. Mais incapable de trouver un travail, il doit se reposer sur la mendicité et la charité. Alors que les associations semblent ignorer les locataires de ce camp, quelques Marocains prennent de temps à autre l'initiative de leur livrer des aides. De la nourriture ou de l'argent pour subvenir à leurs besoins basiques, essentiellement.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.