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Mohamed Ziane, entre rejet et admiration
Publié dans MarocHebdo le 19 - 06 - 2018


L'avocat qui ne laisse personne indifférent
Beaucoup estiment que M. Ziane est allé trop loin. En cause, sa façon « particulière » de défendre le directeur de publication du quotidien Akhbar Al-Youm.
Certains le disent fou, et il est vrai qu'à force d'accumuler les sorties médiatiques extravagantes, Mohamed Ziane ne fait rien pour arranger son image. Au contraire, ce Rifain, natif de la ville de Malaga, en Espagne, en février 1943, avocat et coordinateur général du Parti marocain libéral (PML), semble goûter d'en jouer, tant que cela lui permet de rester sous le feu des projecteurs. «Il sait ce qu'il fait,» assure un de ses proches.
Pourtant, beaucoup estiment que M. Ziane, est allé trop loin. En cause, sa façon «particulière» de défendre le directeur de publication du quotidien Akhbar Al-Youm, Taoufik Bouachrine, arrêté le 23 février 2018 pour des faits présumés de traite d'être humain, abus de faiblesse, usage du pouvoir et de l'autorité à des fins sexuelles de manière habituelle au moyen de la menace et du viol (lire Maroc Hebdo, n°1246, du 2 au 8 mars 2018).
Défense extravagante
Vendredi 8 juin 2018, il a passé plusieurs heures entre les mains des éléments de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) à la wilaya de Rabat-Salé- Kénitra, deux jours après avoir essayé d'aider la journaliste A. H., témoin dans l'affaire Bouachrine, à se soustraire à une convocation du président de la chambre criminelle de première instance de la cour d'appel de de Casablanca, qui traite ladite affaire, en la cachant à son domicile.
Comme l'a détaillé le jeudi 7 juin une dépêche de l'agence MAP (Maghreb arabe presse), A. H. s'était réfugiée dans le coffre de la voiture de H. B., rédactrice en chef du site web d'Akhbar Al-Youm et également témoin; laquelle voiture était stationnée dans le garage de la villa de M. Ziane au quartier Souissi de Rabat. Le procureur général près la cour d'appel de la capitale a, selon la même source, ordonné l'ouverture d'une enquête à l'encontre de toutes les personnes impliquées.
Défrayer la chronique
A. H. a été arrêtée et placée en garde à vue, de même que deux fils de M. Ziane, présents au moment de l'intervention de la BNPJ et qui ont soutenu n'avoir fait qu'appliquer les ordres de leur père. Défense également brandie par l'épouse de l'avocat, elle aussi entendue et qui a affirmé avoir été impliquée à son corps défendant. Les personnes arrêtées ont été relâchées au bout de 48 heures. Si certaines sources affirment que M. Ziane aurait éclaté en sanglots pendant son interrogatoire à la wilaya de Rabat-Salé-Kénitra, vraisemblablement coupable d'avoir mis les siens dans l'embarras, le principal concerné soutient cependant qu'il continuera encore à défendre M. Bouachrine.
«Je n'ai jamais pensé à me retirer,» a-til confié au journal électronique Lakome, dans des propos publiés le samedi 9 juin 2018. Pourtant, M. Ziane ne croirait pas aux chances de son client de s'en sortir, bien qu'il ait défrayé la chronique en déclarant que les vidéos accablant son client seraient fausses et montreraient une personne disposant d'un arrière-train d'«une tonne et demi», bien plus volumineux selon lui que celui du journaliste.
"Front du refus"
Selon le journal électronique Barlamane, l'avocat aurait confié à ses collègues de la défense qu'«[il] sait qu'ils vont (…) condamner» M. Bouachrine. «Pourquoi je rêve? Je sais qu'ils vont lui asséner cinq à dix ans minimum et que l'affaire n'ira au bout de l'appel et de la cassation que dans deux ans au minimum,» aurait-il lâché. En vérité, M. Ziane chercherait, à travers l'affaire Bouachrine, à régler ses propres comptes politiques. Premier visé, le ministre de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Aziz Akhannouch, dont il partage l'inimitié avec le directeur de publication d'Akhbar Al-Youm.
En juillet 2016, M. Ziane avait notamment annoncé vouloir poursuivre M. Akhannouch pour «terrorisme» pour sa responsabilité présumée dans l'importation de déchets italiens en vue d'être utilisés comme combustible par la société de matériaux de construction LafargeHolcim. Quelques mois plus tard, en février 2017, il avait accusé celui qui est également secrétaire général du Rassemblement national des indépendants (RNI) d'avoir profité de la libéralisation, en décembre 2015, du secteur des hydrocarbures pour augmenter la marge de bénéfices de sa compagnie Afriquia.
Ce qui lui avait valu la réponse suivante de M. Akhannouch: «Certains avaient fermé leur parti et n'ont même pas pu se présenter aux élections et maintenant leurs langues se sont déliées,» en référence au boycott par le PML des élections d'octobre 2016, à la veille desquelles le parti du lion s'était constitué en un «front du refus» avec le Parti Al Ahd Addimocrati et le Parti du renouveau et de l'équité (PRE). Beaucoup voient d'ailleurs dans l'agitation de M. Ziane un signe de son aigreur, lui qui regretterait de n'avoir pas été justement récompensé "pour ses quarante ans de bons et loyaux services".
Un signe d'aigreur
En novembre 2017, Me Ziane avait accusé le secrétaire général d'alors du Parti authenticité et modernité (PAM), Ilyas Elomari, d'avoir cherché à comploter contre le roi Mohammed VI lors des événements qui avaient agité la province d'Al Hoceima; ce qui lui a valu d'être poursuivi pour dénonciation d'un crime qu'il sait n'avoir pas été commis. Les détenus avaient notifié à Me Ziane et son collègue Isaac Charria qu'ils ne voulaient plus les compter dans leur défense. Aux yeux de beaucoup, Taoufik Bouachrine serait bien inspiré de faire de même.


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