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Lettre ouverte de Sion Assidon à Robert Assaraf, président du centre de recherche sur les Juifs du Maroc.


LA CLARTE D'ABORD
Monsieur le Directeur, suite à l'article paru dans les pages 14 et 15 de votre livraison N° 388 datée du 8 au 14 Octobre 1999, article sous la plume de Monsieur Robert ASSARAF sous l'intitulé "BAROUKH HABA, MAIS...", dans lequel je suis à plusieurs reprises personnellement mis en cause, et dans le cadre du droit de réponse, je vous fais parvenir ci-joint sous forme de lettre ouverte à l'auteur de l'article, une mise au point concernant les contre-vérités énoncées dans l'article cité. Parfaitement convaincu de votre disponibilité à me permettre d'exercer pleinement mon droit, je vous confie le texte joint. Dans l'attente de sa parution, je vous prie d'agréer, Monsieur le directeur, l'expression de mes salutations.
Monsieur le président, votre titre semble indiquer que vous participez de la logique de la 'recherche'. Attaché à une compréhension scientifique et non policière du terme, j'ai l'avantage de vous adresser les précisions qui suivent concernant l'article que vous avez commis sur les colonnes du numéro 388 de Maroc Hebdo International, daté 8-14 octobre 1999, en pp.14-15 dans lequel ma personne se trouve impliquée.
· 1ère erreur:
En effet, bien que la méthode dictée par vos commanditaires soit quelque peu perfide, il s'agit sans aucun doute possible de ma personne lorsque vous parlez d'un "autre 'juif-arabe'portant le nom de famille prédestiné de Sion".
· 1ère précision:
Mon nom de famille est Assidon, c'est mon prénom qui est Sion. Sion, en hébreu, signifie, par métonymie, Jérusalem/Al Qods. Prédestination, assurément: la Palestine est depuis longtemps au centre de mes préoccupations. Je porte le nom de la ville de la paix: l'antique Our-Salem que chante Fayrouz. Et je crois que la paix reviendra dans le cur des hommes quand enfin Al Qods -Jérusalem libérée du sionisme sera de nouveau la capitale palestinienne de la paix.
· 2ème erreur:
Vous m'attribuez, avec d'autres le lancement "après la marche verte de Novembre 1975 [d']un mouvement révolutionnaire maoïste".
· 2ème précision:
En 1975, je croupissais depuis déjà 3 ans, sous le numéro d'écrou 18603 dans les oubliettes du royaume. J'ai en effet été enlevé et séparé de ma femme et de ma fille ­ qui fêtait ce jour-là ses 4 mois - le 23 Février 1972 (information rapportée à l'époque par le journal Le Monde).
Cela pourrait facilement être prouvé par une 'recherche'auprès de vos commanditaires dont les archives contiennent certainement encore le double de mon dossier de police - dont je tiens copie à la disposition de tout chercheur honnête .
J'ai été mis immédiatement au secret (yeux bandés et menottes dans le dos, jeté dans la sinistre Dar El Moqri, route des Zaer) pour une longue période, durant laquelle j'ai été torturé selon des méthodes dans lesquelles notre police excelle (et que je me réserve de décrire en temps utile), cela sous la responsabilité personnelle du commissaire de la Brigade Nationale de la Police Judiciaire Abdelmalek Hamiani. Dans l'équipe des tortionnaires qui s'est occupée de notre groupe, quelques personnages "illustres" comme Yousfi Kaddour occupaient une place de choix...
A notre procès, en Août 1973 à Casablanca, j'ai été "jugé" et lourdement condamné sur la base des seuls faits établis (et revendiqués) devant le Tribunal d'avoir imprimé artisanalement et distribué quelques tracts et un journal.
A cette époque, notre régime flirtait avec l'Espagne Franquiste, et si monsieur le président du centre de recherche se donnait seulement la peine de demander à ses commanditaires de lui fournir les minutes de notre procès, il y trouverait toutes précisions utiles sur mes déclarations -y compris celles concernant "l'occupation coloniale du Sahara, 16 ans après la fin du régime du protectorat"- citation de mémoire. Je ne pouvais donc pas être en 1975 en train de fonder un groupe politique quelconque. Néanmoins, cette période n'a pas été sans nouvelles aventures.
En fouillant dans les archives de vos commanditaires, vous trouverez qu'à ce moment-là précisément, j'ai été extrait par la force de la prison de Kénitra et de nouveau accusé de "tentative de renverser le régime" ! Si la chose ne s'était pas accompagnée de tortures au commissariat de Kenitra (sous la responsabilité personnelle du commissaire Guessous de la Police Judiciaire) et du harassement de mes parents âgés, cela prêterait à rire.
Cela nous a coûté "seulement" six mois de cachot. Et devant le ridicule des "charges" portées au dossier, le premier juge d'instruction s'est empressé d'annuler les poursuites.
· 3ème erreur:
Ce qui précède nous permet de clamer que toutes les fables que vos commanditaires vous demandent de raconter tel "Tout le groupe est arrêté en 1977" relèvent de l'intoxication, dans la pire tradition Goebbelsienne.
· 4ème erreur:
Et contrairement à ce que vous déclarez, sans avoir même pris soin de vérifier vos informations, les juges aux ordres ne m'ont pas fait l'honneur d'"une peine d'emprisonnement à perpétuité", mais seulement de celle de 15 ans de réclusion.
Ayant donné des informations sur lesquelles je suis prêt à apporter tous les éléments de preuve que serait en droit d'exiger une commission d'enquête impartiale qui chercherait seulement à établir la vérité, je laisse les lecteurs juges du lien que vous tenez absolument à établir entre ma condamnation en Août 1973 et "la guerre entre le Polisario et les Forces Armées Royales".
· 5ème erreur:
"Il n'en demeure pas moins que Hassan II acceptera de mettre les huit compagnons du groupe Serfaty, au bout de quelques années, en surveillance allégée, d'où ils essaieront de s'évader"
· 3ème précision:
Pour affirmer ce qui précède avec un tel aplomb, monsieur le "directeur du centre de recherche" a certainement accès à des informations de la plus haute confidentialité..
Il me semble néanmoins qu'il faut d'abord ici rendre hommage au courage des médecins qui ont -malgré les pressions policières qui s'exerçaient sur eux- exigé, en toute indépendance, l'hospitalisation d'un certain nombre de prisonniers à cause de divers affections résultant des conditions exécrables de notre détention.
Quant à moi, c'est pour soigner un ulcère à l'estomac qui menaçait de perforer que les médecins ont demandé mon hospitalisation. Les archives, Monsieur le directeur du centre de recherches, cela existe.
Ceci dit, la tentative d'évasion du 13 Octobre 1979 concernait trois prisonniers, parmi lesquels le regretté Rehhal Jbiha, qui a trouvé la mort suite à une chute de 35 mètres, pour contourner le dispositif de surveillance en place qui n'avait rien de "léger".
· 6ème erreur:
"Deux d'entre eux seront tirés par les policiers lors de leur poursuite et le jeune Balafrej blessé"
· 4ème précision:
Là, on est dans le feuilleton policier de série B.
Monsieur le directeur de recherche devrait se méfier des racontars de ses commanditaires.
Nos policiers réels sont beaucoup moins présentables que ceux de votre feuilleton.
D'abord, au moment des faits, en 1979, mon ami Anis Balafrej était libre, retourné aux siens depuis 1977.
Mais comme des centaines de personnes durant notre évasion qui a duré quelques jours, il a été soumis à un harcèlement policier intensif, visant à obtenir des informations sur le lieu de notre refuge, informations qu'il ignorait totalement. Pire, tout le personnel para-médical qui était en contact professionnel quotidien avec les malades a subi l'innommable.
En quelques heures d'un travail selon des méthodes dans lesquelles son expertise ne fait pas de doute, la police a pu disposer d'autant de scénarios d'évasion et de complices qu'il y avait de torturés. Sans autre effet que de faire régner une terreur noire dans l'hôpital Ibn Sina de Rabat.
Monsieur le commissaire M'Zaiti, responsable de la sécurité de la ville de Rabat, avait manifestement "carte blanche" donnée par le plus haut niveau.
C'est la seule hypothèse que j'ai personnellement pu formuler pour expliquer, entre autres, la sauvagerie avec laquelle les familles des évadés -y compris celle de Rehhal qui avait trouvé la mort- ont été traitées.
Retenus en otages et torturés. Une femme âgée de ma famille, qui ne pouvait bien évidement rien savoir du lieu de notre refuge, a été ainsi prise en otage et brutalement torturée durant plusieurs jours.
La manière avec laquelle les policiers, épuisés par leur rétention en service continu durant plusieurs jours, ont pris leur revanche sur les évadés repris sera racontée en temps utile. C'est beaucoup moins spectaculaire que votre feuilleton de série B, Monsieur le directeur du centre de recherche. Et beaucoup moins montrable.
· 7ème erreur:
"Quelques années plus tard en 1988, Sion et Balafrej, avec un nouveau groupe de huit, écrivent leur demande de grâce et l'obtiendront : l'un redevient professeur de mathématiques, l'autre fonctionnaire..."
· 5ème précision:
1988 ? Anis Balafrej était en liberté depuis 1977. J'ai été libéré avec une quarantaine de personnes le 24 Août 1984 (donc après 12 ans, 6 mois et un jour de détention). La totalité des personnes qui ont été jugées ces années-là dans divers procès politiques et lourdement condamnés étaient tous adoptés par Amnesty International qui, à cette époque-là, n'avait de ce fait pas droit de cité dans notre pays.
Ceux qui sont sortis cette fois-là comme ceux qui sont restés jusqu'en 1991 (ce qui portait à 17 ans pour la plupart d'entre eux la durée de leur détention pour délit d'opinion). Aucun des libérés de 1984 et de 1991 n'a présenté de demande de grâce. Les campagnes d'opinion publique internationale pour demander la libération des prisonniers de conscience dans notre pays se sont développées par vagues successives, piétinant les plates-bandes du "jardin secret". Toutes les organisations de droits humains opérant au plan international ont pris part à ces campagnes.
Ma présence parmi les détenus a permis que s'y associe le Comité International des Mathématiciens, avec à sa tête cet homme exceptionnel qu'est Laurent Schwartz. Je suis fier de cette contribution internationale des mathématiciens à la cause des droits humains dans mon pays.
Le soutien précieux du mouvement international des droits humains à la cause des libertés dans notre pays doit être ici souligné et apprécié à sa juste valeur. Je mets Monsieur le directeur du centre de recherches au défi d'exhiber une "demande de grâce" qui aurait été écrite par moi.
Je me réserve d'apporter devant une commission impartiale qui en serait chargée le témoignage détaillé sur ce que j'ai subi comme traitement dégradant de la part de personnages qui continuent d'occuper des postes de responsabilité ou qui jouissent de protections leur permettant de prétendre jouer un rôle dans la vie publique de mon pays.
Et j'appelle l'ensemble des victimes de ces années à faire de même. Il est temps que cette honte cesse. Le Maroc doit se réapproprier l'histoire de ces quarante années.
Nous méritons la vérité sans fard. On ne tournera pas les pages sans les avoir lues haut, fort et en public. Il ne s'agit pas de revanche. Il ne s'agit pas de chasse aux sorcières. Il faut, pour que nous quittions définitivement l'ère de la détention arbitraire, de la torture et de la disparition forcée que la vérité soit publiquement énoncée. Et que les sorcières aient au moins la décence de s'effacer discrètement...
Il me reste, monsieur le directeur du centre de recherche, à vous plaindre d'être à ce point dépendant de vos commanditaires que vous acceptiez de signer un tel tissu d'insanités. On vous traite bien mal.
Mais ayant choisi, durant toutes ces années noires, de rester silencieux malgré les sollicitations dont vous avez été l'objet comme personnage responsable au sein de votre communauté, méritez-vous mieux ?
* Chef d'entreprise à Casablanca