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L'enfance violée Le viol: mode d'emploi
Publié dans MarocHebdo le 22 - 02 - 2002


La guerre à la pédophilie est déclarée
L'enfance violée
Dérive sociale jusque-là voilée par la honte et le poids des tabous, les crimes sexuels exercés contre les enfants sont de plus en plus dénoncés. Etat des lieux.
• Des enfants manifestant contre la pédophilie.
De Loubna à Assia en passant par Adib. La première n'a pas eu le temps de voir son agresseur derrière les barreaux. La petite fille avait été ligotée, violentée, violée de la manière la plus atroce qu'on peut imaginer. La seconde, elle, se rappellera longtemps des mains sales de son instituteur qui se promenaient sur son corps, de ces mots obscènes qu'il lui chuchotait dans l'oreille et de ces attouchements coupables qui ont souillé à jamais son corps plein d'innocence. Le petit Adib, à peine bébé, n'oubliera également jamais les violences sexuelles que lui faisait subir l'épicier du coin.
Au registre de l'inceste, l'histoire de cet immigré qui séquestrait sa fille à Tétouan pour lui faire subir les pires sévices sexuels n'est pas un cas isolé. L'ampleur de ces comportements qui font de l'enfant, du débile, du handicapé, une chair toujours disponible est telle qu'on est en droit de savoir s'il s'agit d'un véritable séisme ou tout simplement d'une petite secousse amplifiée par les médias. Pour ce qui est des chiffres, il va falloir repasser, ce n'est pas les quelques cas qui ont traversé la chape de la honte et des tabous pour atterrir chez le procureur qui peuvent renseigner sur le phénomène.
Violences
Les chiffres extrêmement précaires recueillis en marge du forum arabo-africain contre l'exploitation sexuelle des enfants qui s'était tenu à Rabat du 24 au 26 octobre 2001 montrent que même si le tabou est toujours de rigueur, le phénomène, lui, est en hausse constante.
Les données officielles recueillies par la police et la justice, qui ne reflètent en réalité qu'une partie de la vérité puisqu'elles sont basées exclusivement sur les cas qui se sont présentés, font état d'un saut notable: de 102 cas de maltraitance sexuelle présentés à la justice en 1999, on est passés à 210 cas uniquement pour le 1er trimestre de l'année 2001.
Il s'agit d'ailleurs de cas extrêmes où la victime est au mieux complètement charcutée et au pire assassinée après avoir subi toutes les formes de sévices sexuels qui existent. Dans la plupart des cas, c'est une tierce personne qui intervient pour faire éclater l'affaire. Le sexagénaire incestueux de Tétouan qui faisait subir régulièrement à sa fille de 18 ans des sévices sexuels n'a été dénoncé par la mère que le jour où sa fille lui a avoué avoir perdu sa virginité.
La mère de la victime, qui avait adressé une plainte écrite, n'osait pas se présenter au commissariat, par crainte de la honte, a fini par adresser une plainte à la police après avoir été informée par sa fille des tentatives répétées de viol exercées par le père.
Par crainte du scandale, la jeune fille avait longtemps hésité avant de dénoncer les pratiques obscènes de son père. Le papa indigne qui avait contraint sa fille à interrompre ses études en l'enfermant à la maison, poussait la délicatesse jusqu'à lui faire parvenir des lettres d'amour où il lui demandait de se soumettre à ses fantasmes sexuels.
Humiliation
Plus encore, si un mineur est constamment en danger de viol, il l'est encore plus s'il se retrouve derrière les barreaux. Quand on jette en pâture un mineur à deux grands criminels à la prison de Khénifra, le résultat est facilement prévisible.
Les deux détenus condamnés respectivement à perpétuité et trente ans de prison ferme après avoir violé le jeune garçon qui avait été bourré de barbituriques n'ont pas hésité à procéder à un tatouage sur le corps de leur victime en inscrivant des expressions humiliantes. L'OMDH a d'ailleurs publié un communiqué le 6 février 2002 dans lequel l'association dénonce le viol et précise que "l'administration de l'établissement pénitentiaire est impliquée dans cet odieux acte à travers son mutisme, les pressions exercées sur la victime pour la faire taire, et le refus d'engager une enquête sur les tenants et les aboutissants de cette affaire en vue de l'étouffer une fois pour toute".
Impunité
L'instituteur pédophile de Salé, lui, a fait plusieurs écoles avant d'être suspendu pour "attouchements" sur ses élèves.
L'amateur des petites filles a pourtant fait l'objet de nombreux rapports dans ce sens mais, il a fallu que des mères se plaignent au directeur de l'école pour que le délégué du MEN envoie une commission qui est revenue avec un rapport accablant sur l'instituteur pédophile. Dénominateur commun à toutes ces affaires, la violence inouïe exercée sur les victimes et la chape de silence qui est loin d'être brisée.
Longtemps étouffée, la parole des enfants, quand ils dénoncent les violences sexuelles dont ils sont victimes, ne vaut pas un clou. Parce que, justement, tout le monde sait et se tait. Les criminels sexuels, encouragés par l'impunité en premier lieu.
Les enfants et les parents, par honte. Les crimes sexuels restent des crimes silencieux. Il n'y a souvent pas de preuves physiques de la maltraitance. Encore moins quand les affaires sont révélées plusieurs années après qu'elles se sont déroulées. Lorsque les enfants parviennent à se confier, on les écoute sans les croire.
Pour l'affaire de la petite Loubna, il a fallu une marche de protestation qui a rassemblé à Oujda des centaines de personnes en janvier 2002 pour que les pouvoirs publics s'émeuvent et que les associations concernées se mobilisent l'espace de quelques jours. On a raté ainsi le débat public sur la question. L'enfant violé, violenté, privé d'un tel soutien de l'opinion publique , aura toujours du mal à faire entendre sa plainte, étouffée dans les méandres des tabous.
Sous la pression des organisations internationales, la définition et la criminalisation des violences sexuelles sont reconnues de facto mais la législation rechigne encore à sévir comme il faut pour briser les tabous. La justice ne suit pas .
Les droits fondamentaux de l'enfant, peinent à s'opposer aux tabous, aux intérêt économiques, et à la politique du silence. Même s'il ne représente qu'un des aspects de l'exploitation sexuelle des mineurs, le tourisme sexuel qui fait rage à Agadir, Tanger ou Marrakech pour ne citer que ces villes-là, est l'objet de l'impunité totale. Les personnes qui ont été poursuivies en justice pour avoir organisé des voyages sexuels qui offrent des enfants prostitués ne se comptent même pas sur les doigts d'une seule main.
Souffrances
Chaque année, des milliers de petits Marocains et de petites Marocaines sont sacrifiés sur l'autel des perversions et des appétits sexuels divers.
Pour protéger l'enfance et tenter de mettre fin à la criminalité sexuelle dont sont victimes les enfants, la prévention est incontournable.
Il faut que les enfants apprennent très tôt que leur corps leur appartient et que personne, pas même leurs proches parents, n'a de droit sur ce corps. La protection va de soi mais c'est le renforcement des lois qui a valeur d'exemple. Tant que les pervers, les détraqués sexuels et autres violeurs se promènent en toute impunité dans nos rues, tant que les pédophiles avérés récidivent sans se soucier de la justice, d'autres Loubna se feront massacrer et d'autres Larbi disparaîtront dans les pires souffrances. Pourtant la définition du crime sexuel exercé sur les mineurs est claire puisqu'il s'agit en l'occurrence de toute participation d'un enfant ou d'un adolescent à des activités sexuelles qu'il subit sous la contrainte, par violence ou séduction. Récemment, la mise en place d'un Hot Line accessible aux enfants victimes d'abus, qui a vu dernièrement le jour au Maroc est une initiative intéressante mais insuffisante. Le travail que font des organismes comme l'Observatoire national des droits de l'enfant ou des associations comme Bayti également, est utile, mais c'est au niveau du politique, du législatif et surtout des mentalités que tout reste à faire.
Aujourd'hui, puisque les drames se suivent et se ressemblent, il est temps d'interroger les catégories mentales surgies d'un autre temps qui guident souterrainement nos manières d'appréhender le crime sexuel. L'avenir en la matière reste incertain, et tout est encore à faire pour protéger nos enfants de l'abjection.
Le viol: mode d'emploi
Elles aiment ça! Lorsqu'une femme ose accuser un homme de l'avoir violée, juges et policiers reçoivent la plainte avec suspicion. Une suspicion qui traduit une vision des choses où la femme est en grande partie, si ce n'est totalement - responsable de ce qui lui arrive. Une femme qui ne tourne pas les talons au premier regard d'un homme est une allumeuse en puissance. C'est une vision qui induit une complicité de la victime dans le crime qu'elle subit. L'inégal empressement de l'opinion publique pour dénoncer le viol tient à une vision ancienne de la femme et de la sexualité. Le viol reste pourtant l'acte le plus dégradant que l'on puisse infliger à une femme. Rares sont les femmes qui l'avouent mais la plupart vivent avec la crainte d'être violées. Dans les quartiers, on apprend aux jeunes garçons à pratiquer le viol très tôt. Le mâle est de plus en plus mal à l'aise face à l'ascension sociale et professionnelle des femmes. De plus, les hommes sont écartelés entre leur aspiration au grand amour, au mariage et un discours de plus en plus permissif sur les "facilités féminines". Ceux qui ne sont pas assez équilibrés pour gérer leurs envies ou leurs frustrations sombrent parfois dans la violence. Sur la question du viol, l'Association Démocratique des Femmes du Maroc avait rendu publique en décembre 2001 une étude où elle épingle le Code pénal: "en ce qui concerne le viol. Lorsque la femme victime de l'agression est vierge et qu'il y a défloration, cela devient une situation aggravante pour l'auteur de l'infraction, qui n'est pas censé être au courant. Cette disposition introduit une hiérarchie entre femmes puisqu'une femme vierge est plus protégée contre les attentats aux mœurs qu'une femme qui ne l'est pas. Si une femme vierge est sodomisée, l'aggravation n'existe pas parce qu'elle n'a pas été déflorée. Ces discriminations sont donc le reflet une organisation sociale et familiale dégradante pour la femme. C'est le produit d'un regard d'une société masculine et patriarcale".
Pour nous consoler, rappelons que même en France il a fallu attendre la loi votée en 1980 pour enfin considérer le viol comme un crime.
"Tout acte de pénétration sexuelle, dit la loi de décembre 1980, de quelque nature qu'il soit , commis sur la personne d'autrui, par violence, contrainte ou surprise, constitue un viol".
A.E.A.