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Voyage au bout du pélerinage
Publié dans MarocHebdo le 07 - 02 - 2003


Récit du parcours rituel d'un pèlerin
Les temps changent, le pèlerinage aussi. Avant, le pèlerinage était une
aventure unique qui demandait beaucoup de conviction et un grand courage. Aujourd'hui que tout est préalablement aménagé, la foi semble se perdre
dans des considérations parfois un peu trop matérielles.
Le vieil homme est chétif, ses bras décharnés et burinés par le soleil de la Mecque contrastent avec la blancheur immaculée du tissu qui tient à peine sur ses frêles épaules. Pourtant, le petit bonhomme n'a pas l'air de sentir la morsure glaciale du marbre climatisé, gambadant allègrement autour de la Kaaba. "La foi soulève les montagnes!", je compris enfin la portée de cet adage. L'image de ce petit vieux ne quittera pas mon esprit tout au cours de mon pèlerinage.
Les pèlerins montent à l'assaut de la Kaaba les bras tendus vers le ciel.
On écoute ici avec plus de plaisir les scansions du Coran qui vous allège le corps et vous berce l'âme. La rébellion des esprits semble enfin apaisée. Ou, tout simplement, endormie. Dieu, que ta maison est douce!
Foi
La tradition musulmane rapporte que la Kaaba a été fondée par Adam et que son emplacement a été indiqué à Abraham par inspiration divine: "Le premier temple qui ait été fondé pour les hommes est, en vérité, celui de Bakka. Il est béni et sert de direction pour les quatre points cardinaux. On y trouve des signes évidents: "le sanctuaire d'Abraham, quiconque y pénètre est en sécurité", (Coran).
Le voyage au bout du pèlerinage est presque intemporel. La notion du temps communément connue n'existe plus. La première épreuve du cinquième pilier de l'Islam est inhérente à sa durée et à l'âpreté du périple qu'endurent religieusement plus de 2 millions de pèlerins venus des quatre coins de la planète.
• T. Chadi en compagnie d'Abdeljalil, un pélerin afghan à Mina.
"Laver ses péchés" commence, d'abord, par de longues heures d'attente sous les ombrelles du Terminal hadj de Jeddah, où tous les pèlerins, toutes nationalités confondues, se plaignent des procédures adoptées par le Royaume wahabite. Dures, ces mesures qui rendent impossible l'accès à ce pays de candidats à l'émigration clandestine, sous couvert de pèlerinage.
Les autorités saoudiennes, manifestement trop marquées par les événements du 11 septembre et par le spectre de la guerre en Irak, prennent tout leur temps pour accomplir aux pelerins les formalités sécuritaires et douanières.
Viennent en suite, les déplacements à l'intérieur de l'Arabie saoudite. Elles ne sont pas toujours de tout repos, même si les routes et autoroutes saoudiennes sont parmi les meilleures au monde. Le problème est surtout la longueur des distances à parcourir, très souvent de nuit et en manque de sommeil.
Les pèlerins sont dans l'obligation de traîner d'une ville à l'autre, munis de leurs bagages, des fardeaux qui prendront encore plus de poids à chaque étape, à Médine, à Mina, à la Mecque, et aussi à Jeddah. Ainsi va le pendant-villégiature du pèlerinage, au fil des emplettes, jusqu'au dernier sou d'un pécule souvent maigre, en pensant au retour au pays.
Tout le temps en mouvement, pris par les obligations du pèlerinage, mais également éblouis par les charmes lumineux des villes saoudiennes, et succombant aux attraits de leurs commerces, nombre de pèlerins ne dorment pas assez, ils connaissent ainsi une fatigue qui ajoute au stress du rituel.
Obligation
Totalement dépaysés et dénués de repères, ils ont beaucoup de mal à se situer, à se mouvoir, voire à exister dans un tel univers. Il s'ensuit des difficultés d'adaptation aux exigences de la vie à l'hôtel; des personnes s'égarent, perdent leur argent, ou se le font subtiliser... Pris dans la multitude qui le presse à l'étouffement, tout pèlerin a conscience qu'au moindre faux-pas ou geste malencontreux, il peut se blesser ou se faire piétiner, lors de l'accomplissement des rituels du "Tawaf" autour de la Kaaba, du parcours de Safa et Marwa et de la lapidation de Satan, à Mina.
Le danger de la foule est également dans les risques de transmissions microbiennes et virales, liés à la très forte concentration humaine, à la promiscuité et à des conditions d'habitat et d'hygiène souvent sommaires, en particulier au campement de Mina.
Les 29 immeubles où les pèlerins marocains logent, à la Mecque, sont généralement, et par rapport aux années précédentes, de condition confortable.
Lapidation
La fixation du nombre de Marocains devant effectuer le Hadj est décidée chaque année, par les autorités marocaines et saoudiennes. Le quota réservé aux pèlerins marocains cette l'année est de 30.000. Sur ce total, 10.000 sont affectés à 164 agences de voyages par la commission d'attribution des quotas relevant du ministère du Tourisme. Le reste est géré par les services du ministère des Habous et des Affaires islamiques, en collaboration avec les autorités locales dans les différentes préfectures et provinces du pays.
La répartition du quota des pèlerins au titre de l'année 2003 par région indique que la ville de Casablanca arrive en première position, avec 3.150 et 52 agences de voyages, suivie respectivement de Rabat avec 1.250 et 20 agences et de Tanger avec 725 pèlerins et 12 agences de voyages. La ville d'Agadir s'est attribué 700 autorisations pour 12 agences, Oujda 600 pour 10 agences, Fès 500 pour 7 agences, Marrakech 475 pour 8 agences, Béni-Mellal 300 pour 5 agences, Berkane 200 pèlerins pour 4 agences, Houceima 125 pèlerins pour 2 agences de voyages et le reste est réparti entre les autres villes et régions du Royaume.
Les prix des packages, eux, varient de 25.000 à 100.000 dirhams par pèlerin optant pour les services d'une agence de voyages.Il faut noter qu'il y a deux catégories de pèlerinage. Un pèlerinage dit «économique», pour les classes moyennes, et un autre réputé de «luxe», dédié aux plus aisés. Les démunis, eux, ne font pas le pèlerinage, parce qu'ils n'en ont pas les moyens. Leur pèlerinage à eux c'est leur trajectoire dans la vie largement expiatoire, si il en était besoin. Ils sont ainsi dans une cohérence totale avec l'esprit de l'Islam.
Pour protéger les pèlerins, un contrat-type liant le client et le prestataire de service a été élaboré. Aussi, toute réclamation devrait être adressée sur place à l'inspection générale du département du Tourisme marocain. Une commission est chargée de vérifier, aux Lieux Saints, la conformité des prestations aux engagements contenus dans le contrat et de proposer, le cas échéant, des sanctions contre l'agence de voyages qui ne respecte pas son cahier de charges. Celle-ci encourt le risque de son exclusion définitive du marché du pèlerinage et doit par ailleurs indemniser ses clients pour préjudices subis.
"Il est vrai que chaque année, nous recevons les plaintes de pèlerins insatisfaits des conditions de leur pèlerinage, mais nous faisons de notre mieux pour mener à bien notre mission qui consiste à les assister et à les encadrer. Notre devoir est de leur offrir un séjour des plus convenables pour accomplir Al Hadj", souligne Larabi Bouariche, responsable de la mission administrative marocaine à la Mecque.
Recueillement
Malgré l'effort fourni par le staff de la délégation marocaine, des pèlerins mécontents, il y en a eu et il y en aura certainement toujours. Certains se sont plaint de leurs conditions d'hébergement, dans des chambres collectives, sans tenir compte de leurs affinités, leur âge, ou leur état physique. On a vu des Marocaines et des Marocains disciplinés à l'arrivée et, à leur sortie de l'aérogare des pèlerins de Jeddah, faisant calmement la queue par petits groupes pour prendre les autocars devant les amener à Médine. Mais sitôt rassemblés, le charivari prend le dessus et se propage, dans les ascenseurs, les halls d'hôtel, les locaux aménagés pour le commerce et la restauration et bien au-delà. Le théâtre de cette «anarchie» organisée étant Médine et même la Mecque.
Comme chaque saison, l'ignorance a été une des plaies de ce pèlerinage 2003. La grande majorité des pèlerins découvrent pour la première fois les réalités de la vie citadine et ses exigences, d'où des comportements spontanés qui dénotent avec les standards souhaités.
A leur décharge, rien n'est fait, au départ, pour leur permettre de s'adapter plus ou moins rapidement, une fois sur place. Des pèlerins marocains se montrent souvent abusivement exigeants envers la mission d'encadrement.
Pour eux, la mission leur doit tout, et même plus. Le moindre petit pépin débouche sur beaucoup de morgue et d'agressivité. Tant bien que mal, et avec beaucoup d'abnégation, les responsables de la mission essayent de tenir le coup. Mobilisés 24 heures sur 24, dans un pays où les autorités n'ont pas une culture de collaboration avec les étrangers, ils doivent déployer des trésors de patience.
Fort heureusement, les temps changent, le pèlerinage aussi. Avant, on partait pour le pèlerinage au risque de mourir de soif, de se perdre dans l'immensité des déserts du Hijaz ou de subir les razzias des tribus nomades. Le pèlerinage était une aventure unique qui demandait beaucoup de conviction et un grand courage. Aujourd'hui, que tout est préalabelement aménagé, que la marge de risque est toujours de plus en plus réduite, la foi semble se perdre dans des considérations parfois un peu trop matérielles.
À Arafate, et sous un soleil de plomb à plus de 33 degrés Celsius, une masse humaine blanche envahit le mont rocailleux et la vallée avoisinante, implorant Allah, dans le recueillement et la dévotion.
Les autorités saoudiennes déploient des milliers de policiers le long des routes menant au mont Arafate, pour assurer la sécurité des pèlerins, venus de plus de 120 pays. Des hélicoptères des forces de sécurité survolent en permanence le secteur.
"Me voici Seigneur, me voici, me voici! Tu n'as aucun associé. Me voici! À Toi la Louange, la Grâce et la Souveraineté. Tu n'as aucun associé!", répétaient en chœur les pèlerins, tout de blanc vêtus. Des milliers d'arroseurs aspergent d'une pluie fine les pèlerins, pour les soulager de l'effet de la chaleur, alors que des sachets contenant de l'eau, du jus et des fruits sont distribués gratuitement par les autorités saoudiennes aux fidèles.
Le rassemblement sur le mont de la Miséricorde à Arafat symbolise l'attente des hommes, le jour du Jugement Dernier. Au coucher du soleil, les fidèles se rendent sur la vallée Mouzdalifah, à quelques kilomètres d'Arafate, pour y passer la nuit, avant de regagner, mardi, Mina, le jour de l'Aid El Kebir, pour immoler une bête en souvenir du sacrifice d'Abraham. Ils doivent passer trois autres journées dans la vallée de Mina pour lapider les stèles symbolisant Satan, selon la tradition. Lors de son pèlerinage, le Prophète Mohamed a dit: «Prenez exemple sur moi pour l'accomplissement de vos rites.» Son exemple est donc constamment rappelé afin de permettre au pèlerin d'accomplir un pèlerinage agréé, dont la récompense promise est le pardon des péchés et l'obtention du Paradis.
«Empressez-vous d'obtenir le pardon de votre Seigneur et de gagner un paradis, vaste comme les cieux et la terre préparé pour ceux qui craignent Dieu.» (Coran 3-113).