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Paradoxe. Plus le processus démocratique se consolide, plus le malaise s'installe dans le champ politique. Les désillusions du 7 septembre 2007 ne sont pas encore surmontées. Le Maroc es t-il bien gouverné ?
Publié dans MarocHebdo le 07 - 03 - 2008

Plus le processus démocratique se consolide, plus le malaise s'installe dans le champ politique. Les désillusions du 7 septembre 2007 ne sont pas encore surmontées.
Le Maroc es t-il bien gouverné ?
L'ancien Premier ministre Ahmed Osman aime à raconter cette histoire sur son départ du gouvernement à la fin mars 1979. Il avait fait cette sortie devant feu Hassan II : « Majesté, le pays n'est pas gouverné… » Ce qui lui vaut cette sèche réplique du Souverain : « Il est gouverné, mais il est mal géré, et cette situation est de votre responsabilité ». Quelques jours plus tard, Maâti Bouabid était désigné Premier ministre.
Ce vif échange, voici pratiquement vingt-neuf ans, garde-t-il quelque pertinence ? On serait tenté de le croire, tant le parallèle, mutatis mutandis, peut être fait dans de nombreux domaines. Et, tout d'abord, quel est l'état d'esprit aujourd'hui ? Force est de faire ce constat : le moral n'est pas au beau fixe, tant s'en faut. C'est que le climat politique accuse depuis des mois une déflation qui paraît s'installer comme si elle initiait un cycle durable. Pourtant, sur le papier pourrait-on dire, les motifs légitimes de satisfaction ne manquent guère.
Malaise
Ainsi, les élections législatives du 7 septembre 2007 ne se sont-elles pas déroulées dans des conditions globalement correctes, éligibles aux standards des démocraties occidentales ? Ainsi encore, le principe démocratique n'a-t-il pas fonctionné de manière significative lors de la désignation du Premier ministre puisque Abbas El Fassi, leader du parti de l'Istiqlal arrivé en tête, a été appelé par le Roi à former le nouveau cabinet ? Il faut rappeler en passant que cette même logique n'avait pas été sollicitée en octobre 2002, puisque c'est Driss Jettou, sans appartenance politique ni partisane, qui avait succédé à Abderrahmane Youssoufi, au lendemain du scrutin législatif de septembre de cette année-là.
Abbas El Fassi. Une Koutla bien claudicante.
Mais le paradoxe, ou si l'on veut les ruses de l'histoire, c'est que plus le processus démocratique avance et se consolide et plus le malaise, voire la sinistrose s'installe dans le champ politique. Les 37% de participation électorale, le 7 septembre 2007, ont été une épreuve de vérité qui n'a pas encore été surmontée.
À quoi tient ce taux élevé de 63% d'abstentions décliné d'ailleurs jusqu'à 75-80% à Casablanca et dans d'autres grandes villes ? De plus, l'élargissement des espaces de liberté –avec la prolifération des journaux, l'activisme des ONG et, généralement, le temps de la parole retrouvée– offre une caisse de résonance à un état d'esprit trouvant dans les médias des facteurs de rebond et d'amplification.
C'est dans un tel contexte que le nouveau gouvernement, nommé le 15 octobre 2007, s'est heurté à des difficultés de départ qui n'ont guère joué en sa faveur. La crise interne de l'USFP, marquée notamment par les conditions de la participation de cette formation et par la place qui lui était faite, a non seulement déstabilisé cette formation, mais elle a aussi plombé la nature politique de ce cabinet. Si bien que la valeur ajoutée que pouvait être le succès de la Koutla (PI, USFP, PPS), appelée à diriger le gouvernement dans l'esprit du cabinet d'alternance 1998-2002, s'est plutôt traduite par une moins-value. Si bien que Abbas El Fassi porte à bout de bras, à son corps défendant, une Koutla gouvernementale claudicante bien en retrait dans ce cabinet.
Crise
À cela, il faut ajouter d'autres faits qui, cumulativement, ne contribuent pas à dynamiser l'action gouvernementale : l'étroitesse de la majorité parlementaire, qui n'est que relative, pèse évidemment dans ce sens surtout que le groupe parlementaire de 36 membres, formé par Fouad Ali El Himma et familier du Méchouar, s'est assuré un rôle charnière pour tenir entre ses mains la longévité de ce cabinet ; que le Mouvement Populaire, de culture gouvernementale du fait de son ADN "génétique" de départ, ait été bouté dans l'opposition dans des conditions brouillonnes, n'est pas non plus négligeable ; enfin, comment nier que certains profils promus au rang ministériel ont proprement atterré les élites bien-pensantes mais aussi les couches les plus populaires…
De quoi nourrir un négativisme plus présent qu'il n'y paraît dans la culture sociale parce que la politique ne fait plus rêver à des lendemains qui chantent ; qu'elle n'induit plus l'espoir ; que l'ascenseur social est plutôt en panne ; et que les perspectives d'amélioration paraissent bien virtuelles.
Déficit
Rien d'étonnant que la chose publique accuse un déficit de confiance difficile à surmonter. Pour être précis, peut-être faut-il distinguer entre une nouvelle élite émergente d'acteurs économiques accompagnant le gouvernement dans sa politique économique et dans la promotion de l'entreprise et les élites dites politiques qui, elles, se démobilisent et freinent la transition démocratique.
Le pari de SM Mohammed VI, depuis le début de son règne, est parti d'un postulat : substituer aux partis existants une nouvelle articulation en phase avec le processus démocratique qui est l'une des composantes de son projet de société.
Hamidou Laanigri et Fouad Ali El Himmaau Sahara.
S'il a multiplié durant des années les critiques les plus fermes en direction des partis –assimilés à la formule et au système du précédent règne, considéré à bien des égards comme un contre-modèle–, c'était pour espérer que, par leur dynamique propre, ils pouvaient engager cet "aggiornamento" qu'il appelait de ses vœux. Or, il semble bien qu'aujourd'hui le Souverain soit revenu à une autre approche. Il continue, certes, à gérer ce que lui apporte le système partisan tel qu'il est, notamment pour les besoins du parlementarisme majoritaire, mais, dans le même temps, il supplée son déficit en encourageant la société civile et le tissu associatif, jugés plus proches des citoyens, sans oublier une politique de cantonnement de leurs périmètres respectifs. On l'a vu dans le cabinet actuel, où pas moins de douze ministres et secrétaires d'Etat ont été proposés par le Palais parce que les partis ne pouvaient exciper de profils adéquats. Que les cinq partis formant ce gouvernement aient tous décliné des départements comme celui de l'Education nationale, jugé "casse-gueule", n'a pas bonifié la perception royale à leur endroit. Loin de là.
Au fond, c'est la logique même du régime qui a fini par s'imposer : premier responsable du Royaume, le Roi doit régner et gouverner. Plus encore, il entend s'inscrire dans le cadre de la monarchie exécutive, tel qu'il l'a annoncée en septembre 2001 dans une interview au quotidien français Le Frigaro. S'il parcourt des dizaines de milliers de kilomètres par an dans le Royaume –et dans les coins les plus reculés– c'est qu'il entend non seulement imprimer une dynamique, mais aussi suivre en personne les chantiers. Cette forte implication, accompagnée d'une visibilité quasi-quotidienne, ne présente pas que des atouts.
Passif
Qu'il soit absent –ce qui fut le cas, dernièrement, où il a séjourné à l'étranger une quarantaine de jours– et voilà la machine qui accuse le coup, la vie politique étant pratiquement frappée d'atonie. Sans oublier qu'une telle absence, non traitée en termes communicationnels pour des raisons incompréhensibles, ne pouvait que susciter des rumeurs, certaines d'entre elles lancées par une officine spécialisée espagnole. Qu'il lève le pied pour telle ou telle raison et le passif gouvernemental de se creuser –on l'a encore vu avec le bilan qu'il a dressé des secteurs de l'Enseignement et de la Justice, pourtant confiés depuis 1998 à des ministres de partis de la Koutla qui nous serinaient dans le temps sur la "crise" du système éducatif ou judiciaire…
Panier
Une autre forme de gouvernement s'impose à l'évidence. Tout le monde la réclame, mais sa faisabilité reste problématique. Les politiques publiques à l'ordre du jour ont retenu la création de 250.000 emplois par an dès 2008. Des programmes sectoriels sont en cours de finalisation pour l'année en cours tout en s'inscrivant dans la perspective 2012.
Mais, en attendant, comment faire face aux impatiences et aux besoins des citoyens, confrontés à la cherté de la vie et à la crise sociale ? La renchérissement des prix des matières premières, l'envol du cours du baril de pétrole, le trou de plus de 20 milliards de dirhams de la Caisse de Compensation rendent difficile le discours officiel, de moins en moins audible au quotidien. Quand le panier de la ménagère peine à assurer les stricts besoins des familles, toutes les explications du monde sur les "grands chantiers structurants" et les "effets de la mondialisation" passent au-dessus des têtes. Enfin, ce climat déjà alourdi, a été encore assombri ces dernières semaines par les conséquences du démantèlement de nouveaux réseaux terroristes.
À n'en pas douter, l'inquiétude est grande et partagée par toutes les classes sociales. Comment cela a-t-il été possible ? Les services de sécurité ont dit qu'ils ne savaient pas qu'il y avait un tel arsenal caché ici et là ? Et ce n'est qu'à la faveur d'un contrôle de passeport à l'aéroport Mohammed V de Casablanca que l'un des membres de la cellule terroriste a été interpellé, ce qui a conduit à la neutralisation des autres.
Comment évacuer cette interrogation de principe : la gouvernance sécuritaire fonctionne-t-elle de manière satisfaisante ? Il est établi, pour commencer, que cet appareil a enregistré une forte instabilité depuis 1999 : trois directeurs généraux à la DGED (Abdelhak El Kadiri, Ahmed Harchi, Mohamed Yacine Mansouri); trois patrons de la DGSN (Abdelhafid Benhachem, Hamidou Laânigri et Charki Draïs) et trois directeurs généraux à la tête de la DST (Hamidou Laânigri, Ahmed Harari et Abdellatif Hammouchi). La question sécuritaire est-elle si complexe et si professionnelle qu'elle ne trouve pas durablement des hommes aux profils requis ? Et puis, comment nier le rôle qu'y a joué un temps, jusqu'au début août 2007, un proche du Roi, Fouad Ali El Himma ?
À noter encore que seul le corps de la Gendarmerie royale, dirigé par le général de corps d'armée Hosni Benslimane, reste stabilisé dans tout ce remue-ménage, sans doute parce que son responsable s'y distingue depuis des décennies par un professionnalisme qui fait toujours justice de certaines campagnes de presse instrumentalisées par certains. Des objectifs, des moyens : voilà le credo de base du sécuritaire, comme d'autres secteurs. La doctrine sécuritaire est confrontée aujourd'hui à un nouveau danger qui a pour nom le terrorisme jihadiste. Rien de bien comparable au final avec les exigences de la contre-subversion des années soixante et des décennies qui ont suivi.
Après les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, l'urgence d'une refonte du système en place s'est imposée d'elle-même; mais a-t-elle porté tous ses fruits? Le démantèlement du réseau Belliraj témoigne du travail qui reste encore à faire. Il s'en est suivi une "militarisation" de l'appareil sécuritaire parce que l'adversaire a lui-même investi le terrain des armes.
Exigences
Un cadrage de la lutte antiterroriste ne peut faire l'impasse plus longtemps sur une institutionnalisation des moyens et des instruments de l'Etat : dans le sens d'une sorte de mutualisation des ressources et de l'infiltration; dans les techniques de répression; dans la spécialisation et la professionnalisation des effectifs aussi. Pour autant, la question d'un Conseil national de sécurité –à l'instar de tant de pays démocratiques– n'est pas inopportune, parce qu'elle permettra, sous l'autorité du Souverain, d'optimiser dans un seul cadre et par la voie d'un seul canal l'information et le traitement de toutes les questions pouvant menacer la sécurité intérieure et extérieure du Royaume.
Le pire ne serait-il pas de continuer à gérer les choses en l'état, sans prendre la peine d'opérer une mise à plat des difficultés de la gouvernance tant politique que sécuritaire actuelle, qui ne répond vraiment ni aux exigences de la charge du Roi ni aux légitimes créances des citoyens?