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Qui dirige l'armée au Maroc ?
Publié dans MarocHebdo le 12 - 06 - 2009

Au titre de cette première décennie du nouveau règne, quels changements ont été opérés au sein des Forces Armées Royales et suivant quelle feuille
de route?
Si la transition politique reste diversement appréciée par les uns et les autres, les mutations enregistrées au sein de l'institution militaire du Royaume paraissent participer d'une démarche marquée au coin de la lenteur et de la mesure. C'est qu'en effet les FAR ne relèvent pas de la même comptabilité que les autres composantes civiles ou politiques du système. Mais pour autant, par touches successives, s'est opéré un processus de mise à niveau qui n'a pas fini d'emporter tous ses effets.
Nul doute que dès le début de son règne, le Souverain avait des idées significatives sur cette institution, ses hommes, ses structures ainsi que sur son rôle. Nommé quatorze ans auparavant, en 1985, par son père, feu SM Hassan II, en qualité de coordinateur des bureaux et services de l'état-major, il a eu tout le temps de sa familiariser avec ce grand corps. Disposant d'un bureau à la tête de cet organe, il était au carrefour de tous les flux et des procédures rythmant la vie de cette institution. Accessible à tous, disponible, à l'écoute des uns et des autres, il a pu ainsi se pénétrer de la teneur d'une culture d'entreprise propre aux FAR. Dans le même temps, il a détecté et mémorisé les jeunes profils dotés d'un potentiel, laissant à son père la gestion de leurs aînés.
Continuité
Au lendemain de son accession au Trône, il a pourtant veillé à une certaine continuité organique. Des avis de chancelleries occidentales donnés de manière informelle
-Washington et Paris- ont recommandé pratiquement le statu quo au sein de l'establishment des FAR, invoquant la préservation des équilibres. Une suggestion allant au-devant des intentions du nouveau Souverain, attaché à une “rupture” avec le précédent règne, mais par des actes symboliques donnant des signes forts de son projet de société.
Au titre de cette première décennie du nouveau règne, quel est l'état des lieux dans ce domaine? Quels changements y ont été opérés et suivant quelle feuille de route? L'invariant, pourrait-on dire, a trait au statut et au rôle du Roi. Le corpus juridique en vigueur s'articule autour des textes de 1956 et de 1966/67. Le texte de référence relatif à l'organisation de la défense du royaume, à savoir le décret royal du 5 septembre 1967, précise le contenu et la portée du concept même de défense nationale: «La défense consiste à assurer en tout temps et en toutes circonstances la sécurité et l'intégrité territoriale du Royaume ainsi que la protection de la vie et des biens de la population». Il définit également l'articulation de la défense: service militaire, organisation, attributions du chef d'Etat-major, création de l'inspection générale des FAR, compétences et attributions du ministre de la Défense…
Génération
Mais, à la suite des événements de Skhirat (10 juillet 1971) puis de l'attentat contre le Boeing royal (16 août 1972), cet édifice est profondément remanié avec l'annonce par le Roi Hassan II, le 19 août 1972, de nouvelles mesures: suppression du ministère de la Défense nationale, ainsi que des fonctions de major général et de major général-adjoint; institution de l'Administration de la Défense nationale rattachée au Chef de l'Etat. Dans la conception marocaine qui veut que le pouvoir est un et indivisible, le Roi est l'autorité suprême militaire, civile et religieuse. Il est ainsi titulaire du monopole de la production juridique relative à la défense nationale. Et c'est sur la base de ce crédo qu'il faut appréhender les principes fixant la place de la défense nationale dans l'Etat ainsi que dans la Nation.
Le premier d'entre eux est fondamental et il est celui-là même enraciné dans les démocraties occidentales: la subordination de la force armée au pouvoir civil; les moyens de la Défense nationale sont ainsi placés sous l'autorité du pouvoir exécutif. Il existe en effet une séparation entre les autorités qui donnent l'impulsion, ainsi que les ordres généraux, et celles qui détiennent directement la force armée.
Compétence
Dans cette même ligne, un texte de référence éclaire les fondements et l'articulation du corps militaire: il s'agit du règlement de discipline générale dans les FAR qui précise que «conformément à la Constitution, les Forces Armées Royales relèvent directement de Sa Majesté le Roi, Chef suprême, garant et défenseur des valeurs sacrées de la communauté, de l'intégrité et des institutions fondamentales de la Patrie».
Il en résulte tout naturellement que le droit de commandement est conféré par décision individuelle du Roi en sa qualité de Chef Suprême et Chef d'Etat Major des Forces Armées Royales. Le Souverain exerce ainsi une compétence générale et suprême dans le domaine de la défense nationale, mais il est également investi d'autres fonctions décisives et opérationnelles liées à ce statut. Depuis 1972, il exerce également les attributions de ministre de la Défense nationale. Qui dirige l'armée? Le Roi, bien sûr. Et si des organes ont pu être mis sur pied dans le passé, ils sont pratiquement “désactivés” depuis des lustres. Ainsi le Haut Conseil de la Défense, créé au début des années 1980 par SM Hassan II et dont le secrétaire général était le général Abdelhak El Kadiri, n'a finalement tenu que quelques réunions avant sa mise en sommeil apparemment durable…
Discipline
De même, le sort d'un autre organe, en l'occurrence le Conseil national de sécurité mis sur pied au printemps 1978 et qui associait des leaders de partis politiques, n'a pas été marqué non plus par une longévité particulière après quelques réunions seulement. Enfin, quel rôle joue le Haut Comité de Défense nationale, réactivé en interne de temps à autre, mais qui reste pratiquement en stand-by?
Sur un autre registre, la concentration des attributions militaires entre les mains du Roi reste celle-là même opérée en 1972. Ainsi la “normalisation” institutionnelle du ministère de la Défense nationale n'est pas réalisée depuis cette date puisque ce département est réduit à l'administration et qu'il est délégué auprès du Premier ministre.
Si le décret royal du 5 septembre 1967 confie au Roi la définition de la politique de défense en conseil des ministres et que «les décisions en matière de direction générale et de direction militaire de la Défense sont arrêtées par Notre Majesté», il faut aussi de souligner que «la mise en œuvre des décisions arrêtées en matière de Défense nationale est assurée» par le Roi (art. 3).
Longévité
Il s'ensuit que le Souverain exerce également, à ce titre, les fonctions de chef d'Etat Major, lesquelles ne sont donc pas organiquement autonomisées. Celles-ci couvent, rappelons-le, plusieurs domaines: élaboration des plans d'organisation militaire du Royaume, sécurité des moyens de défense, mise au point des directives, plans et décisions d'emploi des FAR dans le cadre national et interallié, sans oublier tous les éléments utiles donnés au ministre de la Défense sur l'élaboration des plans de développement et d'équipement des FAR (infrastructures, budget, nomination et gestion des personnels militaires non officiels…).
S'il garde donc la haute main sur la Défense nationale, le Roi n'en délègue pas moins des pans entiers à des structures militaires sur la base de compétences d'attribution sectorielles ou fonctionnelles. L'organigramme de direction des FAR s'articule autour de pôles d'inégale importance, indépendamment de la valeur personnelle de ceux qui en sont chargés. Au plan administratif, c'est l'inspecteur général Abdelaziz Bennani, général de corps d'armée, qui se classe à la tête de la hiérarchie. Nommé à ce poste en 2004, il a été longtemps le “Monsieur Sahara” en sa qualité de commandant de la zone sud où se trouvent aujourd'hui quelque 160.000 hommes.
Un autre général de même rang, Hosni Benslimane, dirige la Gendarmerie royale depuis 1972. Fort de 22.000 gendarmes, dont un millier d'officiers, ce corps se distingue aujourd'hui par sa professionnalisation et sa politique de promotion des ressources humaines.
Ahmed Boutaleb, général de division, est, lui, à la tête de l'Aviation. Proche de SM Mohammed VI -il a été son aide de camp lorsqu'il était prince héritier- il a été formé aux Etats Unis. Son alter égo dans la Marine est le général de brigade Mohamed Gouzi Berrada, qui justifie d'une formation polyvalente en France, en Espagne et aux Etats-Unis. Il a succédé au général Triki, mis à la retraite.
Avec le général de division Hamidou Laânigri, nommé en qualité d'inspecteur général des Forces auxiliaires en 2006, c'est un profil moins conventionnel qui doit être mis en relief. Militaire de formation, il peut exciper d'un long cursus opérationnel en interne et à l'international. Dans la Gendarmerie royale puis à la tête du contre-espionnage à la DGED avant de diriger la DST puis la DGSN, il a aussi engrangé des missions en Afrique et aux Emirats Arabes Unis à la tête du contingent marocain dépêché dans cette monarchie du Golfe. Quant à la structuration organique de la direction des FAR, elle se décline en cinq bureaux. Le général Meddah coiffe le 1er bureau (administration et gestion du personnel). Le 2ème bureau, lui, est placé sous la direction du colonel-major Hamdoune et il a en charge notamment l'appréhension des risques et menaces ainsi que l'armement ennemi. Une mission d'évaluation et de renseignement.
Le 3ème bureau est dirigé par le général de corps d'armée Bouchaïb Arroub. Si son parcours a été heurté -il avait été écarté dans les années 1980- ses qualités professionnelles sont reconnues. Patron du renseignement militaire, il dirige également le poste de commandement avancé (PCA) attaché au Roi. Le 4ème bureau est placé sous la direction du général de brigade Mohamed Tamedi. Il a en charge les achats de matériel et d'armement. Enfin, le 5ème bureau est confié depuis août 2006 au colonel-major de la Gendarmerie, Mohamed Maïch, après le limogeage du général Mohamed Belbachir. Un poste de premier plan puisqu'il couvre la sécurité militaire dans ses multiples aspects (mouvement et activités, attachés militaires, état d'esprit, mesures contre la propagande et les menées islamistes…).
Promotion
Cette radioscopie à grands traits de l'armature générale des FAR serait incomplète si l'on n'y ajoute pas deux autres données. La première a trait au général de division Mimoun Mansouri, à la tête de la Garde royale depuis des décennies. Dédiée, à côté de la Gendarmerie d'ailleurs, à la sécurité du Roi, son titulaire garde lui aussi toute la confiance de Mohammed VI. Quant à la seconde donnée, elle regarde le statut de Mohamed Yassine Mansouri, nommé à la direction de la DGED en février 2005. S'il est un civil, à la différence de tous les autres responsables militaires des FAR, il a pour mission de s'atteler à tout ce qui peut porter atteinte à la sécurité nationale au dehors. Mais dans ce champ, peut-il, en complémentarité et/ou rivalité avec le 5ème bureau, se désintéresser de la vie de l'institution des FAR, dont le Chef suprême est le Roi? Sa nomination avait d'ailleurs dérogé à une tradition qui voulait que ce soit un gradé de haut rang et de grande proximité avec le Roi qui assure cette fonction, que ce soit Ahmed Dlimi (1973-1983) ou Abdelhak El Kadiri (1983-2001). Il faut sans doute y voir le souci du Souverain d'avoir une relation personnelle directe avec un responsable qui a été son condisciple au Collège royale.
On ne bouleverse pas un corps comme les FAR comme on le ferait dans d'autres secteurs de l'Etat (Intérieur, Justice, entreprises publiques…). Pour autant, SM le Roi entend faire prévaloir une culture de résultat dans le management de l'outil militaire. Des grands généraux de corps d'armée
-Bennani, Benslimane et El Kadiri- ont été maintenus et même confortés dans leurs responsabilités respectives, sauf à relever que le dernier gradé cité a été déchargé -à sa demande?- pour des raisons de santé. D'autres généraux de division, eux, tels Bouchaïb Arroub ou Hamidou Laânigri, ont repris du service à un niveau opérationnel.
Cursus
S'ils ne sont pas directement affectés à l'Etat Major des FAR, une bonne moitié des généraux dirigent des départements clés. Outre ceux déjà mentionnés (Bennani, Boutaleb, Gouzi Berrada, Arroub, Tamedi ou Maïch), il faut également citer Ahmed Ameur et Mokhtar Zouhri (inspection de l'Infanterie), Mohamed Zeggaoui (inspection des Blindés), Abdallah Maâfa (inspection du Génie), Boujemaâ Bouraâda (inspection des Transmissions). D'autres gradés de même rang affectés au QG de Rabat restent cependant sans affectation dans l'attente d'un départ à la retraite… Au commandement sud à Agadir exercent les généraux Mustapha Rafaï et Ahmed Banyass. Les bases militaires de Meknès et de Benguérir sont dirigées respectivement par Mohamed El Ouadi et Mohamed Berrada.
La haute hiérarchie militaire n'est pas figée depuis 1999. Bien au contraire, des processus étudiés de renouvellement et de promotion ont été mis en œuvre suivant des modalités diverses. Dès le printemps 2001, SM Mohammed VI a promu une dizaine de colonels-majors au garde de général de brigade -parmi eux, figurait Mohamed Belbachir. En 2005, ce fut la nomination de 24 généraux de brigade comme généraux de division.
Paramètre
Est ainsi mise en œuvre une politique de “nomination” des carrières avec des promotions et des départs à la retraite d'une bonne quinzaine d'entre eux s'apparentant parfois à une sanction (Moulay Driss Archane, patron de la Santé militaire; Ahmed Harchi responsable de la DGED; Mohamed Belbachir; Triki de la Marine royale; le général Belhaj, de l'Académie militaire de Meknès; le général M'hamed Allam, à la tête de l'Ecole de Perfectionnement des cadres du ministère de l'Intérieur de Kénitra.)
À la veille du Xème anniversaire de son intronisation, nombreux sont ceux qui, dans les rangs des FAR, attendant ou espèrent que le Souverain accélère et élargisse les effectifs des promotions quelque peu corsetées par le passé pour de multiples raisons. Les 80 colonels-majors en instance d'avancement, les 200 lieutenants-colonels inscrits au même registre ou des généraux de divers grades escomptent un signe royal fort à cet égard. Indépendamment des propositions de la commission ad hoc formée des généraux Benslimane, Bennani, Arroub et Maïch et de Abderrahmane Sbaï, ministre délégué à l'Administration de la Défense nationale, SM Mohammed VI tient compte de ses propres paramètres, que ce soit le cursus professionnel, les filières de formation poursuivies ou le profil personnel des postulants. Il a sûrement en tête une projection d'avenir des FAR et il entend y donner forme et contenu au moindre coût: moderniser, professionnaliser, assurer le renouvellement générationnel sans nourrir des ferments de déstabilisation d'une institution de cette nature et de cette importance