Clusters à Tanger : les autorités durcissent les mesures et ferment des entrées    Fonds d'aide cinématographique : 19 projets retenus et plus de 24 MDH d'avances accordées    Croissance économique : Une régression de 5,8% anticipée par le HCP en 2020    Covid-19: 203 nouvelles contamination et 5 décés ces dernières 24H    Alerte météo : temps chaud et orages jusqu'à lundi au Maroc    Coronavirus : 3212 cas actifs dimanche 12 juillet à 18 heures, 12.283 guérisons    Sainte Sophie. Erdogan veut mettre la main sur l'Islam    Bourse: le flou persiste pour Casablanca    Espoir, engagement et responsabilité    Préférence nationale : voici les mécanismes qui seront opérationnels    Malheurs des ouvrières agricoles    Oppo A92 désormais disponible au Maroc    Sit-in des robes noires en solidarité avec le sulfureux Me Ziane    Test de dépistage pour le voyage... et pour la reprise du travail    8e réunion de la Commission ministérielle chargée des MRE et des Affaires de la Migration    Youssef Zalal: «Je veux devenir le meilleur au Monde!»    Abdeladim Chennaoui n'est plus    Le tourisme de demain sera celui de la Culture, de l'Ecologie et du Bien-être    Lkraimi, une vie à l'ombre...    Turquie: l'ancienne basilique Sainte-Sophie redevient mosquée    Le dilemme Santé/Economie!    Pour la création d'une Haute Autorité de la Santé [Tribune]    RAM : Les passagers empruntant les vols au départ du Maroc sont dispensés de tests, mais...    Mohamed Hayak, directeur général de Chada FM, n'est plus    Marrakech : Hadirate Al Anwar signe une nouvelle œuvre [Diapo]    RAM renforce ses fréquences sur deux liaisons    Maroc vs Amnesty: Le gouvernement insiste sur les preuves    Liga: les résultats et le classement de la 36e journée    Le coup de gueule des Marocains souhaitant regagner leurs pays de résidence (VIDEO)    Casablanca: Abdeladim Chennaoui inhumé au cimetière Chouhada (VIDEO)    Dialogue social: un 2ème round aura lieu    Athlétisme: Drôle de meeting et un gros bug à Zurich    Une série de réunions de la DTN pour développer le football national    L'OMDH préoccupé par les relations du Maroc avec Amnesty International    Musée Mohammed VI d'Art moderne et contemporain    Reprise des activités à la Maison de la culture de Béni Mellal    "Papicha" au Festival du cinéma arabe de Séoul    Mohamed Benabdelkader : La réforme du système judiciaire passe par l'amélioration des conditions de travail des magistrats    Le Cameroun n'a pas encore donné son accord officiel pour la tenue du dernier carré de la C1    Driss Guerraoui porté à la présidence du Réseau Afrique des maisons de la francophonie    US Round Up du vendredi 10 juillet – DeSantis, De Niro , Mode & Covid19, NBA, Hôpitaux    Champions League: voici les affiches des quarts (PHOTO)    Messages de condoléances du Roi Mohammed VI au Roi d'Arabie Saoudite et au Président ivoirien    Bus de Casablanca. Le PJD agent commercial d'Erdogan    Le roi Mohammed VI a envoyé un message au roi Salmane    Le président ivoirien a reçu un message du roi Mohammed VI    De nouveaux bains de sang évités en Tunisie    Guerre mémorielle autour de l'ancienne basilique Sainte-Sophie    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Adda M'Rabbih, rescapé des bagnes du Polisario et fondateur du Mouvement du 5 Mars à Rabouni
Publié dans Libération le 20 - 01 - 2020

En 2011, à la faveur de ce qui était appelé le Printemps arabe, les langues avaient commencé à se délier, un peu partout dans les pays arabes. Ce vent de liberté avait touché les camps de Tindouf dont la jeunesse est opprimée et qui ne peut espérer sortir de cette situation que par ses propres moyens à travers les sacrifices qu'elle est disposée à faire face à ce qu'on appelle dans les camps «la bande». Ce nom est donné aux tortionnaires, aux trafiquants, aux détourneurs d'aides humanitaires et autres malfaiteurs érigés par les services de renseignements algériens en chefs de mouvement, prétendument de libération.
C'est alors que M'Rabbih Adda, en compagnie d'autres jeunes gens, fondèrent le Mouvement du 5 Mars pour dénoncer tous les maux auxquels sont soumises les populations des camps de Tindouf par les membres de la bande. M'Rabbih est bien introduit dans les milieux sahraouis, notamment de la jeunesse, du fait de son appartenance à une famille connue pour son savoir et l'enseignement coranique dont ont profité de nombreux jeunes Sahraouis.
Ce qui lui a permis de recadrer le sieur Bougattaya, parlementaire algérien membre du FLN et président de la Ligue algérienne d'amitié avec le peuple sahraoui. C'était lors d'un meeting organisé à l'occasion d'une visite qu'effectuait Bougattaya dans les camps vantant le soutien apporté par l'Algérie aux Sahraouis, que le jeune Adda prit la parole en déclarant : «M. Bougattaya, la lampe qui vous éclaire est payée par une ONG espagnole, les produits alimentaires que nous avons sont tous payés par des ONG qui versent leurs dons au HCR, les établissements scolaires, en terre battue ont été construits par nous et équipés par des ONG internationales tout comme les semblants de dispensaires où l'on envoie mourir les Sahraouis et où officient de jeunes stagiaires sahraouis et cubains. La question que je vous pose est : où est cette aide dont vous nous cassez les tympans ? A moins que vous ne pensiez aux millions de dollars que les services algériens versent à ceux qui les servent aveuglément et qu'ils ont imposé au commun des Sahraouis».
Ceci lui avait valu d'être surveillé et enlevé, quelques jours plus tard, par des barbouzes algériens qui allaient lui réserver le même sort que Khalil Ahmed qui a été enlevé et dont on ignore le sort jusqu'au jour d'aujourd'hui.
Adda a eu la chance d'être reconnu par l'un de ses geôliers du bagne d'Errachid avec lequel il était en relation avant son arrestation. Ce qui lui permit de réaliser un enregistrement pour dévoiler au monde enfin où le Polisario comptait le garder, sous la torture pendant 15 jours avant de le remettre aux Algériens qui l'avaient enlevé le premier jour.
Il a ainsi fait fuiter un enregistrement où il informait toutes les organisations humanitaires internationales de l'endroit où il était incarcéré et tenait le HCR pour responsable de tout ce qui pouvait lui arriver.
Libé : Pourquoi teniez-vous le HCR pour responsable de tout ce qui vous est arrivé au bagne d'Errachid ?
Adda M'Rabbih : Pendant six mois, en compagnie d'un grand nombre de jeunes gens, nous avons organisé des sit-in même si je suis certain que tous les représentants de l'ONU dans les camps sont à la solde des renseignements algériens. Nous avons organisé toutes nos activités dénonçant la bande devant le bureau du HCR, car toutes nos revendications étaient adressées à l'ONU. Le Polisario qui m'avait arrêté à deux reprises devant ce bureau du HCR que nous avions choisi pour nos sit-in pensant que son statut onusien allait nous couvrir, a attendu je me sois absenté pour démonter la tente que j'avais dressée et communiquer aux services algériens que je me trouvais à Tindouf et qu'ils pouvaient me faire subir le même sort que Khalil. Les algériens me cherchaient d'ailleurs pour avoir dit à Bougattaya la vérité. C'était 25 jours après la dispersion par le Polisario du sit-in.
Quelles étaient les revendications que vous aviez formulées au HCR ?
Nos revendications étaient :
Tous, natifs des camps de Tindouf, donc en territoire algérien où nos parents ont vécu plus de quatre décennies, on revendiquait notre droit à la nationalité de notre pays de naissance.
Le droit à la carte de réfugiés qui nous permet de travailler et de nous installer partout ailleurs dans le monde.
La liberté d'expression et celle de circulation. Sachant que tout Sahraoui devant aller en Algérie, même à Tindouf, doit détenir un laissez-passer fourni par le Polisario.
Le droit de recevoir les aides humanitaires, directement des organisations internationales et non à travers la direction du Polisario qui les détourne et ne nous en donne que des miettes.
Réparties comme suit : 1 kg de sucre, un kg de riz, un kg de lentilles, un litre d'huile et deux kg de farine par mois, les populations des camps doivent vivre avec ces rations, alors que les membres de la bande vivent dans des villas à Tindouf. Ils se font soigner dans les meilleurs hôpitaux européens ou américains et leurs enfants sont envoyés dans les plus grandes écoles américaines, espagnoles, françaises ou suisses.
Racontez-nous votre kidnapping par les barbouzes algériens et ce qui s'en est suivi.
J'étais à Tindouf, en plein mois sacré de Ramadan, lorsque trois individus masqués m'interpellèrent ; l'un d'entre eux, un géant de deux mètres, me souleva, comme une poupée en faillant me tordre le cou. Ils me bandèrent les yeux et m'embarquèrent dans une voiture aux vitres fumées pour me conduire au secteur. Là on m'introduisit chez le général commandant du secteur. Celui-ci me traita des noms les plus abjects. Je restai stoïque, sans réaction, la tête baissée. Ce qu'il prit pour de la peur. Il me demanda «lève ta tête, fils de… et ne réponds pas sale chien ». Je lui répondis dans le même langage en lui disant : «Tue-moi si tu peux» Ce qui était très audacieux de ma part car j'étais convaincu que ma mort n'avait aucune importance pour lui. Mais je préférais cette mort à la torture que me feraient subir ses sbires. C'était la direction du Polisario qui lui disait que pour me ramener à Rabouni, ils ont envoyé une équipe. Cette équipe à bord d'un véhicule sans vitre me conduisit directement au bagne hideux d'Errachid. C'était le 26 du mois béni. Deux jours durant, on me garda dans un trou où je ne pouvais me tenir qu'accroupi ou recroquevillé. Ils ne procédèrent pas aux tortures qui ont fait la renommée des geôliers d'Errachid. Le troisième jour coïncidait avec la fête d'Al Fitr. Mon geôlier amena un plat de viande dont la vue me dégoûta et je me mis à vomir. Voyant cela, le geôlier m'envoya l'assiette et son contenu à la figure, annonçant le début de mes séances quotidiennes de torture. Ces tortures qui durèrent 8 jours comportaient deux séances par jour dont je revenais, la plupart du temps, groggy. Mais l'enregistrement qui a été diffusé par mon gardien de prison a été repris par la presse et les organisations internationales. Il avait ébranlé la direction du Polisario qui permit à mon père, qui est membre de leur prétendu Parlement, de me rendre visite. Mon état l'avait bouleversé au point de se mettre à pleurer. Il me dit que pendant tout ce temps qui a précédé la diffusion de l'enregistrement, le Polisario lui avait déclaré que c'est la sécurité algérienne qui m'avait arrêté et qu'il ne savait pas où j'étais, lui conseillant de s'adresser aux Algériens. C'est exactement le même sort qu'avait subi Khalil Ahmed dont le seul tort est d'avoir voulu dénoncer des actes de tortures et de disparition auxquels étaient mêlés des officiers de la fameuse DRS algérienne.
Comment êtes-vous parvenu à vous échapper du bagne ?
Le directeur de la sûreté du Polisario, sachant que mon problème est devenu international, a convenu avec ma mère sur laquelle il a fait pression, d'une sortie qui justifie ma libération. Malgré les visites que j'ai reçues dans ma cellule dont celle d'un médecin que je remercie pour honorer son serment de médecin et qui a dit au directeur de la prison que si je n'étais pas soigné, j'allais mourir, en plus des membres de ma famille, il a tenu à ce que je sois filmé par la chaîne de télévision du Polisario en déclarant que je n'ai jamais été emprisonné. Je fus donc libéré.
Que pensez-vous du problème artificiel du Sahara et quelle solution préconisez-vous pour ce conflit?
Ce problème a été créé et entretenu par l'Algérie dans le seul but de nuire au Maroc, à sa position en Afrique et à ses intérêts et les seules victimes sont les populations sahraouies dans les camps de Tindouf.
Selon les analyses faites par différents observateurs, partant du fait que le problème est créé par l'Algérie pour nuire au Maroc, la solution doit être trouvée à travers les négociations entre le Maroc et les vrais représentants des Sahraouis qui ne sont pas les membres du Polisario. Ces représentants doivent avoir les mains propres, ne pas être mêlés aux violations des droits de l'Homme perpétrées sur des Sahraouis et ces conditions sont remplies par les membres de l'Initiative sahraouie pour le changement. Sachant que face à la proposition du Maroc d'autonomie, l'Algérie n'a rien à proposer. Cette autonomie sous la souveraineté marocaine tant souhaitée par les populations des camps peut être réalisée à travers les membres de l'ISC.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.