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Flirts entre les chefs d'Etat et ministres occidentaux et les dictateurs arabes : Une histoire de relations intimes
Publié dans Libération le 15 - 03 - 2011


Suite et fin
Dans ce contexte, et sans vouloir faire un mauvais jeu de mots, la Libye est devenue l'alibi pour tenter de faire oublier le soutien des puissances occidentales aux régimes antipopulaires, ainsi que leurs inquiétudes et leurs hésitations au déclenchement des révolutions démocratiques arabes.
L'alibi de la Libye
Le soutien tapageur apporté aux revendications démocratiques populaires en Libye, la grande campagne médiatique occidentale déclenchée dans ce sens tendent à faire croire que les principaux Etats occidentaux ont choisi définitivement leur camp: celui des peuples arabes et de la démocratie.
Mais voilà. Certains Etats occidentaux, notamment les USA, perdent toute mesure dès qu'il y a quelque part un parfum de pétrole, lequel agit sur eux comme un aphrodisiaque. Ils sont tentés d'exploiter la situation. On parle désormais d'intervention militaire en Libye en faveur de laquelle se prononcent, très vite, de vagues groupes libyens de l'extérieur, qu'on s'efforce de présenter comme patriotes parce qu'ils sont pour une intervention…dans l'espace aérien et pas terrestre. L'accent est mis avec insistance sur les bombardements, car ils pourraient servir à justifier une «intervention humanitaire» mais aucune image n'est produite.
Bref, la situation en Libye semble être devenue l'enjeu d'une guerre médiatique où informations et désinformation se mêlent et où il est difficile de séparer le faux du vrai. On doit se souvenir de l'énorme manipulation des (faux) massacres de Timisoara, qui ont précipité la chute de Ceausescu, ainsi que d'autres affaires montées de toutes pièces lors de l'invasion du Koweït puis de la guerre contre l'Irak.
Il est clair que l'Occident est tenté de solder ses comptes avec Kadhafi, lesquels traînent depuis 40 ans. L'occasion est trop belle et la proie est rendue facile par le caractère fantasque et excentrique, de plus en plus accentué avec l'âge et le pouvoir personnel du dirigeant. Mais, comme pour Saddam Hussein, est-ce le dictateur qui est visé ou bien le dirigeant nationaliste qui a osé, un temps, braver l'Occident, soutenu l'Algérie lorsqu'elle a nationalisé son pétrole, qui a été un des initiateurs du front du refus contre les accords de camp David et que Reagan a tenté d'assassiner au vu du monde entier. Est-ce le Kadhafi d'aujourd'hui, celui qui a fait son temps, qui ne comprend pas ou qui ne peut comprendre les aspirations démocratiques de son peuple, qui refuse de laisser la place jusqu'à faire courir à son pays le risque d'un bain de sang, et qui s'était d'ailleurs rapproché de l'Occident ces dernières années, ou est-ce le leader libyen nassérien d'hier ? L'Occident hésite entre ces deux Kadhafi.
Le bilan des dictatures nationalistes est à faire. L'émergence de régimes démocratiques arabes permettra d'autant mieux de le faire. Ce bilan est terrible en matière d'atteintes aux libertés, aux droits de l'Homme et en termes de souffrances humaines. Rares étaient ceux qui ont eu la lucidité, à l'époque, de se dresser pour la défense à la fois de la démocratie et des aspirations nationales. Certes, on ne peut refaire l'Histoire. Mais il faudra bien comprendre pourquoi ces dictatures ont pu être populaires et se prolonger, pour certaines jusqu'à aujourd'hui.
La vérité doit être dite, et évidemment sous tous ses aspects contradictoires. Kadhafi représente aujourd'hui une forme de pouvoir insupportable mais, au siècle dernier, il était dictateur au sens où on pouvait le dire de Fidel Castro, de Mao, d'Ho chi min, de Nasser, de Boumediene, etc.., au sens de cette génération du 20ème siècle, celle du «centralisme démocratique» et du parti unique, à une époque où la question de l'alternance au pouvoir était considérée par «les révolutionnaires» d'alors comme formelle, voire du «démocratisme bourgeois». C'est l'histoire d'une génération de leaders à la fois patriotiques et autoritaires, voire patriarcaux, comme l'ont été de grandes figures de notre mouvement de libération nationale et continuent de l'être d'ailleurs certains de ceux d'entre eux encore vivants. Mais c'est une autre histoire.
Dans ce sens Kadhafi est un homme du 20ème siècle, comme ses références le révèlent sans arrêt. Là est justement tout le problème et même le drame, celui de cet anachronisme, de ces dirigeants dont le pouvoir traîne dans ce 21ème siècle de l'Internet, du Facebook et du Twitter, et surtout du développement de l'exigence universelle de la démocratie.
Pour faire court, disons que les révolutions de libération arabes du 20ème siècle étaient nationales sans être démocratiques, comme les révolutions socialistes, qui les ont souvent inspirées du point de vue des méthodes, ne l'étaient pas elles aussi. C'est la raison principale de l'échec du nationalisme arabe du 20ème siècle. Privé de l'énergie historique de la démocratie, il a enfanté des systèmes non seulement de plus en plus autoritaires mais aussi de moins en moins nationalistes, se dépossédant eux-mêmes de leur légitimité antérieure. Ceci est particulièrement visible pour les vieux régimes nationalistes qui ont survécu, dont les positions nationales sont devenues de plus en plus faibles malgré un discours nostalgique, comme un vieillard qui perd ses forces mais pas ses souvenirs. C'est ainsi que tous les régimes arabes ont fini par se ressembler dans une atmosphère de fin d'époque.
C'est la raison à la fois de l'unité et des différences de situations dans les pays arabes: l'unité, car tous les peuples arabes font face à des régimes non démocratiques à divers degrés, et tous ont tiré de façon irréversible la principale leçon de la période historique précédente, celle de la nécessité de la démocratie. Des différences, parce que sur la question de la lutte anticoloniale, et plus généralement celle de la dignité nationale, l'histoire de chaque régime arabe, et donc de son image auprès de son opinion, ne sont pas les mêmes. C'est ce qui explique que des régimes comme celui du président Ali Abdallah Salah au Yémen (qui a réalisé l'unité du pays), ou Kadhafi qui a été un temps une figure du mouvement national arabe, ou des formations politiques comme le FLN, gardent à des degrés divers une influence.
C'est d'ailleurs, paradoxalement, là où les régimes ont été les plus nationalistes, que la question de la transition démocratique risque d'être la plus douloureuse, comme en Algérie, en Octobre 1988, ou en Libye ou au Yémen actuellement, et où il faut d'autant plus veiller à une solution pacifique, la plus consensuelle possible.
Et c'est là, surtout, qu'il faudra prendre garde aux ingérences étrangères, qui, sous le prétexte de nous épargner des souffrances, vont nous en apporter encore plus, et qui, comme en Irak, tenteront certainement de transformer la crise démocratique en crise nationale, aux dépens de notre indépendance.
Ces lignes étaient déjà écrites lorsque Mouammar Kadhafi a donné une interview (France 24, lundi 7 mars, 9h) dans laquelle il dénonce la manipulation de l'information au sujet de la Libye. Il a voulu justifier aussi, d'une manière choquante, l'action qu'il mène en la comparant à l'action d'Israël à Gaza contre «les groupes armés extrémistes islamistes». Nouvelle preuve de la décadence du nationalisme autoritaire. Mais il ne dit mot des aspirations démocratiques du peuple libyen et donc du fonds de la crise actuelle. Saura-t-il tourner lui-même pour le bonheur de son peuple, une page de l'histoire de la Libye, la sienne.
* Professeur à l'université d'Alger
Article également paru dans
Le Quotidien d'Oran


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